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Cependant on presse cette école anatomo-pathologique. Quoi ! rien au delà de la lésion matérielle, de la circonscription anatomique de la maladie ! Comment, toute la médecine, le jugement entier des maladies est dans cet examen ! Là est la source des indications thérapeutiques ! Le siège et la nature des altérations des solides et des liquides est la seule chose qu’il y ait à connaître dans les maladies soit locales, soit générales ! Les organiciens résolus ne craignent pas de répondre affirmativement. D’autres, émus de ces reproches, soupçonnant vaguement qu'il est quelque chose par delà ce qu’ils voient, s’efforcent de faire entrer dans le diagnostic l 'état vital ; état, ils veulent bien le reconnaître, d’où procèdent parfois les symptômes et les lésions. .Mais les principes de l’organopathisme enchaînent ceux qui les acceptent. On peut l’affirmer d’avance, ces médecins qui voudraient associer les
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contraires, échouent et retombent dans l’horizon de la lésion pure, alors qu’ils prétendent en sortir. Ce point mérite d’être éclairci.
Écoutons d’abord M. le professeur Bouillaud qui semble tenir beaucoup à échapper à l’anatomisme, au moment même où il vient de le confesser nettement. « Quelques médecins, dit-il, ont reproché à l’école dite organique de ne faire consister le diagnostic que dans la détermination des lésions anatomiques; de ne faire en un mot que du diagnostic anatomique et non du diagnostic médical. Ce reproche serait effectivement fondé si l’on se contentait toujours de reconnaître et de déterminer les lésions matérielles ou anatomiques, sans remonter jamais à la lésion vitale ou physiologique, à la maladie enfin dont certaines lésions matérielles constituent les caractères anatomiques. Mais il n’en est pas ainsi dans l’école à laquelle nous appartenons. Dans cette école en effet, toutes les fois que les altérations matérielles ne sont pas le résultat de causes purement physiques et mécaniques, et qu’elles sont au contraire des conséquences d’un état vital anormal, c’est la détermination de cet état vital anormal que le diagnostic se propose pour objet essentiel, et les lésions anatomiques ligurent uniquement alors au nombre des caractères ou des éléments qui servent de données au diagnostic médical. C’est ainsi, par exemple, que dans la maladie connue sous le nom de pneumonie, le diagnostic ne consiste pas assurément à reconnaître uniquement l’état anatomique du poumon, aux diverses périodes de la maladie (engouement, hépatisation), mais à reconnaître la nature inflammatoire de la pneumonie. Mille exemples pareils au précédent pourraient être cités à l’appui de la proposition que nous avons émise tout à l’heure.
» Les signes physiques proprement dits ne suffiraient pas toujours pour nous faire reconnaître l’état vital sous l’intluence duquel les organes ont éprouvé des altérations plus ou moins graves. 11 faut en appeler alors aux signes vitaux. C’est
DE 1,'UNITÉ ET DE LA PHÉNOMÉNALITÉ DANS LES MALADIES. 359 ainsi que la douleur de côté, la toux, l’expectoration, la dyspnée, la fièvre, etc., sont les véritables signes A l’aide desquels on reconnaît l’état vital anormal auquel on donne le nom de pneumonie; tandis que le râle crépitant, l’absence de la respiration vésiculaire, etc., lu matité, le souille bronchique, la bronchophonie, etc., nous apprennent seulement l’état anatomique ou physique des parties enflammées.
» Les signes au moyen desquels se révèlent à nous certaines altérations matérielles produites par diverses actions vitales anormales sont très souvent d’ailleurs les principaux éléments du diagnostic de ces actions anormales. En effet, lorsque les organes sont profondément situés, si l’on faisait abstraction complète des signes physiques, il serait absolument impossible de diagnostiquer avec quelque certitude les actions vitales anormales dont ils peuvent être le siège. »
Voilà une longue protestation en faveur du diagnostic de l’état vital anormal. Mais si le mot y est, la réalité manque. Que signifie, eu effet, cet appel à l’état vital? Rien de plus que ce que l’honorable professeur exprimait plus simplement en disant que le siège du mal n’était pas tout, qu’il fallait aussi reconnaître la nature de ce mal, la nature de la lésion des solides ou liquides de l’économie. Y a-t-il rien en cela qui nous fasse sortir de l’état local et nous conduise au delà d’un strict anatomisme? N’est-il pas, au contraire, remarquable de voir combien, dans cet exposé, tout converge vers la lésion, combien tout s’y absorbe? Lorsque les signes physiques ne suffisent pas à dévoiler directement l'état local, on prend alors une sorte de voie détournée et l’on y arrive par cet autre ordre de signes que l’auteur appel signes vitaux. Si l’on pouvait voir la maladie sans intermédiaire, les signes vitaux seraient inutiles et la nature du mal se jugerait sur place. 11 est si vrai que les signes vitaux ne sont que des signes indirects de la nature de la lésion et ne servent qu’à juger celle-ci, qu’il J a, ajoute l’auteur, un rapport mathématique entre les symptômes
physiques et vitaux et le siège et la nature du mal ; rapport de cause à effet et d’effet à cause, et sans lequel le diagnostic serait sapé par sa base. On juge donc les signes vitaux par la lésion à laquelle ils se rapportent, et la lésion par les signes vitaux qu’elle détermine; il y a équation entre ces termes; ce sont des équivalents que l’on ne saurait séparer dans les théorèmes de l’organicisme.
La détermination de l’état vital anormal que le diagnostic physiologique croit pouvoir se proposer pour objet essentiel rentre par conséquent dans la détermination de la prétendue nature de la lésion, que cette nature s’apprécie directement ou indirectement. Elle se jugera directement pour un phlegmon extérieur que l’on verra et louchera; indirectement pour une pneumonie que les parois thoraciques nous cachent. Mais dans l’un et l’autre cas, le classement de la lésion, le genre de la maladie seront déterminés par la seule nature de la lésion. L’étude du trouble fonctionnel joue le même rôle dans les maladies sans lésion. Tout demeure donc dans le diagnostic anatomique; la pensée organiciennc ne saurait le franchir.