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Chomel a pareillement essayé do dépasser le cercle delà lésion. Ce maître, dont les déterminations pratiques valaient mieux que les affirmations scientifiques, sentait instinctivement que le diagnostic exclusivement anatomique, tout attaché à la lésion et à sa nature, était la négation de toute vraie science des maladies. « Lorsqu’on embrasse, écrivait-il, la question du diagnostic dans toutes les parties qui la constituent, on voit combien était incomplète et étroite l’opinion de quelques médecins de l’école anatomo-pathologique, pour lesquels le diagnostic des maladies était tout entier dans la lésion matérielle des parties, de telle sorte que pour eux tout consistait à déterminer quel était l'organe affecté et de quelle manière il était affecté.
de l'unité et de la phénoménai.ité dans les maladies. $61 Les anciens étaient plus excusables, quand, étrangers qu’ils étaientauxconnaissances fournies par l’ouverture des cadavres, ils ne voyaient dans les maladies que les troubles apparents des fonctions, qu’ils observaient du reste avec une admirable sagacité. »
Les anciens ne se réduisaient pas, comme le prétend Chomel, à l’observation des seuls troubles apparents des fonctions : loin de se tenir à la surface, ils s’efforçaient de pénétrer au cœur même de la maladie, à l’aide de principes ou d’inspirations dont Chomel méconnut toujours la féconde action. Non, l’étude phénoménale destroublesapparents généraux ou locaux, associée ou non à l’étude directe de la lésion, ne saurait livrer les réalités du fait morbide, quoique l’éminent professeur aflirme que, réunies, ces études constituent un diagnostic complet. « La connaissance complète de la maladie, dit Chomel, comprend nécessairement, d’une part, le siège et la nature de la lésion, son étendue, son degré d’intensité; et d’autre part, les phénomènes symptomatiques, locaux et généraux qui l’accompagnent, leur forme aiguë ou chronique, la présence ou l’absence de réaction fébrile, l’énergie de celte réaction, la période à laquelle la maladie est parvenue, le type particulier qu’elle affecte, etc. » Langage sage en apparence, sans valeur sérieuse au fond, traduction banale d’un phénoménalisme impuissant. L’appoint de l’étude des phénomènes symptomatiques assure-t-il, à l’étude de la lésion, la base qui lui manque? Élargit-il réellement le diagnostic anatomique? Local ou génétal, que peut apprendre â lui seul un symptôme, c’est-à-dire une apparence, un phénomène? Peut-il, lorsqu’on le considère isolément, dégagé de toute dépendance, de toute cause, fournir une connaissance réelle, fondée sur la raison des choses et éclairant l’esprit ? Mais allons plus loin , et montrons que Chomel, qui croit, en invoquant les phénomènes symptomatiques, dépasser le diagnostic organique, y est ramené malgré lui.
Chomel définit le symptôme (et tout phénomène symptomatique, quel qu’il soit, est compris sous ce mot, comme le particulier dans le général), tout changement appréciable aux sens, survenu dans quelque organe ou dans quelque fonction, et lié à l’état de maladie. Par cela même, s’attacher aux symptômes, c’est s’attacher à l’examen des altérations de structure ou des troubles fonctionnels. Or, telle est aussi l’œuvre du diagnostic anatomo-pathologique : elle est de même ordre, et une énumération plus ou moins longue des modes fonctionnels pathologiques ne la modifie pas quant au fond. Les nécessités logiques que nous relevons en ce moment remontent encore plus haut, et jusqu’à la notion enseignée sur la maladie elle-môme. Le symptôme, en effet, tient à la maladie, en procède, et ne peut rien donner de plus qu’elle. Or, si la maladie est une lésion ou un trouble fonctionnel, le symptôme en découle comme l’effet de la cause. Dès lors étudier la cause, c’est-à-dire la lésion ou le trouble, n’est-ce pas l’étude capitale et qui contient les autres? Étudier le symptôme, c’est étudier la lésion ou le trouble d’organe dans son effet. Les phénomènes symptomatiques, locaux ou généraux, sont donc nécessairement subordonnés à l’état primitif dont ils sont l’expression plus ou moins indirecte et éloignée ; et cet état c’est toujours lésion d’organe ou trouble de fonction. Ils peuvent servir à percevoir, à juger cet état, comme le veut M. Bouillaud ; mais ils ne sauraient apporter dans le diagnostic un élément nouveau et indépendant. Le diagnostic de l’école organicienne, même la plus effacée, ne saurait donc, quoi qu’on en ait, franchir l’analomisme, dépasser l’organe altéré dans sa texture ou dans ses fonctions.