‹ Principes de pathologie généraleChapitre 126 sur 180 · CLV · texte numérisé non relu

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La première des connaissances dans la maladie est donc celle de l’unité, de l’affection, de l’état affectif et générateur, du moi pathologique, de L’état général, suivant une expression

lit l’unité et DE LA phénoménalité dans les maladies. IUS7 plus ordinaire ; c’est celle à laquelle marchent les grands praticiens; c’est elle seule qui a formé la médecine, l’a constituée en science, et lui a communiqué l’éclat dont elle a brillé au milieu de toutes les obscurités, de toutes les ignorances, de toutes les erreurs où se trouvait plongée l’antiquité. La médecine antique ne savait rien des états organopathiqucs; son diagnostic se heurtait à chaque lésion, ne savait pénétrer au sein île nos tissus, ni interroger, même grossièrement, l’organe en souffrance. Ce diagnostic, informe sous tous ces rapports, ne percevait guère que les qualités sensibles de l’habitude du corps et de quelques excrétions, et ne résumait que les symptômes les plus généraux ou les plus saillants; mais il cherchait l’unité, il s’attachait à l’alTection, et ainsi il atteignait à des jugements élevés sur la maladie et conduisait à la détermination des principales indications thérapeutiques; c’est la méthode diagnostique qui, sous le nom de prognose, est enseignée dans les écrits hippocratiques. Nous laisserons, sur ce sujet, la parole à \' Introduction generale de la traduction des œuvres hippocratiques.

« La prognose d’Hippocrate, dit M. Littré, domine toute la science; elle en est le point culminant, elle fournit la règle du praticien; il n’est rien qu’elle n’atteigne et qu’elle n’embrasse; il faut donc bien en concevoir le sens et la portée; c’est pour ainsi dire la clef de la médecine hippocratique...

» Maintenant quelle est l’idée dernière de cette doctrine? C’est que la maladie, indépendamment de l’organe quelle affecte et de la forme qu’elle revêt, est quelque chose qui a sa marche, son développement, sa terminaison. Dans ce système, ce que les maladies ont de commun est plus important ;'i considérer que ce qu’elles ont de particulier; et ce sont ces portions communes qu’il faut étudier et qui constituent le fondement de la prognose. On peut encore l’exposer autrement : la prognose est, si je puis m’exprimer ainsi, le diagnostic de l’étal général, diagnostic dans lequel le médeciu ne tient qu’un

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l'KIKCIPES DE l'A TUOLOGIE OEXEKALC.

compte très secondaire de l’organe malade, ou, pour me servir du langage d’Hippocrate, du nom de la maladie. Dans la prognose, ce que nous appelons diagnostic et ce que nous appelons pronostic se trouvent confondus et réunis; et cette réunion provient de ce que ie médecin de l’école de Cos, attaché surtout à reconnaître l’état général du malade, diagnostique, il est vrai, une certaine condition actuelle, mais prévoit en même temps, d’après les règles de son art, une certaine marche du mal, et même en apprécie, dans le passé, quelques circonstances : ce qui est la détinition qu’llippocrale a donnée de la prognose. Remarquez que cette définition implique l’admission d’une doctrine profonde : c’est que, dans chaque maladie, le travail phlogislique est un, et passé, depuis le début jusqu’à la terminaison, par un développement où toutes les phases tiennent l’une à l’autre. De sorte que l’école de Cos, maîtresse de l’idée de l’unité, ou, en d’autres termes, du développement de la maladie, et peu instruite sur les particularités, c’est-à-dire sur le siège, sur la condition anatomique, sur l’étendue de chaque affection, se tourna tout entière vers la recherche des communautés des maladies; c’est le résultat de cette élude qu’llippocrale a consigné dans le beau livre qui est intitulé le Pronostic.

» Ainsi, la prognose est la source de toutes les véritables lumières pour l’ancien médecin ; elle est, à cette époque, la philosophie de la science; sans elle il n’y a rien qu’empirisme et pratique aveugle. Effacez la prognose telle que l’école de Cos l’a conçue et établie, cffacez-la, dis-je, à une époque où l’anatomie a fait si peu de progrès, où l’élude des fonctions est dans l’enfance, où l’anatomie pathologique n’existe pas, où le diagnostic différentiel est privé de ses éléments les plus précieux, quelles lumières restera-t-il à la médecine? Où sera le lien qui l’empêchera de se perdre dans le dédale de faits particuliers sans connexion, et de languir dans l’éternelle enfance où reste tout ce qui n’étant pas l’objet d’un travail scientifique

DE l’unité ET DE LA PHÉNOMÉNALITÉ DANS LES MALADIES. 309 et d’une méthode, tombe nécessairement entre les mains des empiriques et ne marche plus qu’au hasard? La prognose est la première construction scientifique que nous connaissions de la médecine. A ce litre, elle mérite notre attention, et elle le mérite encore parce qu’elle n’est point fondée sur des vues rationnelles et hypothétiques, mais parce qu’elle part d’observations et d’expériences réelles. Les faits de mutation des qualités des humeurs durant le cours des maladies, les indications des signes qui annoncent le progrès du mal ou une terminaison favorable, l’élude des évacuations et des mouvements critiques ou non, tout cela constitue un ensemble qui a été un objet d’étude et de théorie pour l’école de Cos.

» Le sens scientifique des Grecs se manifesta, là comme ailleurs, avec une grande sûreté et une grande supériorité. Le problème à eux posé fut : de concevoir qu’il n’y avait pas seulement des faits de détail, ce qui les sauvait de l’empirisme, et de trouver un système général, ce qui faisait de la médecine une science. Sans entrer dans un examen des caractères propres aux différentes maladies, sans essayer de les réunir dans un cadre et de les classer, sans y songer même, l’école de Cos saisit une idée féconde qui résumait toute chose, et dans une abstraction qui ne manque ni de portée, ni de grandeur, elle donne au médecin une doctrine qui le guide à la fois dans les recherches scientifiques et dans la pratique de l’art. Suivant elle (et c’est l’expérience, non l’hypothèse, qui fournit ces données), le corps humain présente, durant le cours des maladies, une série de phénomènes qui, sans qu’il soit besoin de les rattacher plus particulièrement à telle ou telle affection, ont une signification propre, présagent ce qui va arriver, indiquent l’issue probable de la lutte, les efforts que tentera la nature, les voies par où elle se déchargera, et les secours auxquels l’art peut et doit recourir. Dans ce point de vue où la maladie est considérée comme quelque chose de général et

d’indéterminé, la connaissance d’une maladie particulière n’est

même pas très nécessaire, et remarquez que, dans le fait, cette connaissance était très bornée. La prognose étudie l’expression fidèle par laquelle l’économie trahit le dérangement qu’elle éprouve, et c’est cette expression qu’il importe de saisir. Faire prévaloir l’observation de tout l’organisme sur l’observation d’un organe, l’étude des symptômes généraux sur l’étude des symptômes locaux, l’idée des communautés des maladies sur l’idée de leurs particularités, telle est la médecine de l’école de Cos et d’Hippocrate. »

Cette lumineuse interprétation de l’idée hippocratique ne nous livre pas seulement les conditions d’un noble passé, elle nous livre les nécessaires et éternelles conditions de notre science. Les principes qui servent à fonder les choses en soutiennent aussi le développement. Aujourd’hui, tout autant qu’il y a deux mille ans, le dogme de l’unité est seul propre à constituer la science de la vie et des maladies. Faire prévaloir l’observation de tout l’organisme sur l’observation d’un organe, est encore la marque de toute bonne médecine. Les progrès de l’anatomie et de la physiologie, l’anatomie pathologique et le diagnostic différentiel ne sauraient en dispenser. Ces connaissances, si elles ne dépassent pas l’élude matérielle des faits, si elles se réduisent à une sorte d’inventaire, à un état plus ou moins exact des lieux affectés, ne peuvent fournir une base certaine où la médecine, assise sur des vérités premières et assurées, s’élève et résiste à l’assaut des hypothèses et des assertions arbitraires. Sans l’unité affective, règle de toute phénoménalité dans l’homme souffrant, où est, répéterai-je avec M. Littré, le lien qui empêchera la science de se perdre dans le dédale de faits sans connexion, de languir dans l’éternelle enfance où reste tout ce qui n’est pas l’objet d’un travail scientifique, de tomber entre les mains des empiriques et de ne marcher qu’au hasard? Nous n’avons qu’à jeter les yeux à notre entour pourvoir que tel est le sort de notre science lorsqu'elle est uniquement livrée aux phénomènes et aux faits par-

liculiers. Tout travail scientifique doit s’opérer sous l’action continue des notions de cause et d’unité. Plus ces notions exerceront une influence prédominante, pénétreront dans l’intimité et le détail des faits, plus le travail s'affermira, grandira, se rapprochera de l’idéal scientifique et des certitudes inébranlables.

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