‹ Principes de pathologie généraleChapitre 127 sur 180 · CLVI · texte numérisé non relu

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Toutefois la science n’a plus à en rester au diagnostic hippocratique. Si celui-ci dirigeait, vers la maladie, une vue droite et synthétique, cette vue flottait bientôt en des perspectives éloignées et confuses, faute de jiouvoir s’arrêter aux particularités de la maladie. Le diagnostic de la médecine antique était fatalement condamné, sinon à se perdre, du moins à s’amoindrir dans la perception vague d’une unité dont il ne saisissait pas nettement la détermination multiple et phénoménale, dont il rie discernait que la manifestation la plus générale, et par cela même indécise. Aujourd’hui, la connaissance isolée de la prognose, de l’état général ou affectif, de l’unité, ne suffit plus. Il faut l’affermir et la compléter en y joignant la connaissance approfondie de la pluralité morbide, de tous les symptômes qui surgissent sur le trouble des fonctions, de toutes les altérations des solides cl des liquides, tour à tour conditions et effets de l’activité morbide.

Ici éclatent les progrès de la science moderne, fjue désignés elle a amassés et contrôlés pour atteindre à la perception des moindres désordres fonctionnels, des moindres lésions de structure ! La plus savante analyse a fouillé, précisé, classé tous les désordres de la matière organique. L’analyse a même été d’autant plus avant dans ce sens, qu’elle s’était proposé cette recherche du fait sensible pour but unique, et que les découvertes qu’elle opérait ou entrevoyait, devaient, dans sa pensée, servir de fondement à une rénovation entière de l’édifice scientifique. Aussi que d’ardeur et quelle moisson ! L’esprit

l'IUMCli'ES DE PATHOLOGIE GENERALE.

d’erreur <|ui a entraîné nos générations aura eu ainsi son utilité indirecte dans l’avenir, à côté de son influence destructive et funeste dans le présent. On a perdu au travail organicien, le sens général des actes morbides, l’unité, lumière et vie des phénomènes vitaux ; et l’activité égarée de ce temps ne nous a livré que matériaux épars, qu’élémenls muets des choses. Mais que notre génération retrouve l’esprit des réalités, et qu’elle en anime le mobile milieu des apparences ; qu’elic marche vers l’immuable, sans craindre de perdre la possession des éléments variables, des phénomènes ; qu’elle sache que ceux-ci lui sont pour toujours acquis, et qu’ils se multiplieront quand même, par un labeur auquel ne manqueront ni les bras, ni les soins ; qu’elle s’adonne à conquérir l’intelligence des notions souveraines; qu’elle s’inspire à la méditation de la conception grecque, et l’applique aux résultats acquis de l’analyse phénoménale, et une époque nouvelle et glorieuse nous sera donnée ! On ne sera plus devant une unité trop souvent confuse et incertaine, se mêlant peu aux détails de la maladie, perçue synthétiquement, mais non étudiée dans la série des phénomènes qu’elle entraîne : on atteindra à une unité d’un dessein plus arrêté, poursuivie dans le développement de la pluralité qui lui appartient, et se réalisant, d’après une marche réglée, sous les conditions d’activité qui lui sont inhérentes. La connaissance du diagnostic général et celle du diagnostic local s’enlr’aideront. Celui-ci trouvera sa signification dans le premier, tout en le complétant, en le déterminant avec une précision inconnue aux autres âges de la médecine. Ce sera toujours la prognose, l’unité, que l’on cherchera dans les phénomènes isolés ; dès lors, plus ceux-ci seront en nombre et pénétrés à fond, et mieux on discernera, dans ses caractères divers, l’unité qu’ils recèlent. La médecine, à ce jour, jouira de toute sa certitude, et, par conséquent, de toute sa puissance.

Combien la science actuelle en sera régénérée ! On ne preu-

DE L’UNITÉ ET DE LA PHÉNOMÉNALITÉ DANS LES MALADIES. 873 lira plus une sémiotique inanimée et les méthodes diverses du diagnostic local pour de la pathologie générale; un examen d’ensemble, une récapitulation, un résumé de la phénoménalité dans les maladies, ne seront plus offerts comme une connaissance générale des maladies, ni tenus pour la philosophie même de la science. La pathologie générale sera replacée sur son terrain, celui des rapports de l’unité et de la phénoménalité dans la maladie, l’une se subordonnant l’autre, tout en se développant par celle-là même.

§ CLVn.

Iloftrinr élément* morbide*.

L’unité primordiale et souveraine, les symptômes divers et soumis, sont les deux extrêmes des manifestations pathologiques ; entre eux il y a des intermédiaires, des degrés, par lesquels l’unité descend aux symptômes. La maladie est certainement un tout qu'institue et gouverne une unité adéquate ; mais, dans ce tout constitué, il y a des parties constituantes; ces parties constituantes ne sauraient être de purs symptômes, de simples phénomènes; ceux-ci les traduisent comme ils traduisent les maladies; ils ne composent pas plus les unes que les autres. Ces parts effectives du tout pathologique doivent participer des réalités mêmes de la maladie; ce sont les éléments de la maladie ou éléments morbides.

Saisir les éléments morbides : ces mots retracent la première œuvre que doit opérer l’analyse médicale dans l’élude d’une maladie. Cette œuvre découle directement des notions essentielles qui dirigent l’analyse; elle va où la pousse une synthèse toute-puissante. La doctrine des éléments morbides est un aspect, une reproduction de la doctrine générale île la vie et de la maladie; aussi pourrions-nous, sur ce sujet, en référer aux enseignements qui précédent. Cependant l’importance

accordée à l’élude doclrinale des éléments morbides est telle, que nous croyons devoir sonder encore, sur ce point, les affirmations systématiques, et placer en regard celles qui les condamnent. Nous rencontrerons, sur celte voie, les mêmes erreurs et les mêmes vérités qui nous sont devenues familières; c’est l’inévitable destin d’un examen prolongé des questions de doctrine, mais c’est aussi le moyen d’enlever à l’erreur les masques changeants dont elle se couvre, et de réunir comme en un foyer toutes les lumières convergentes du vrai.

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