CLVII
Les systématiques, qui soumettent la notion de maladie à une hypothèse, comme celle des quatre humeurs de Galien, du strictum et du laxtnn de Tliémison, de la sthénie ou de l’asthénie de Brown, de l’irritation et de l’abirritation de Broussais, n’admettent d’autres éléments des maladies que ceux qui découlent de leur système préconçu. Les éléments morbides se rapportent à la prédominance ou à la combinaison de l’une ou de plusieurs des quatre humeurs fondamentales, le sang, la bile, l’atrabile et la pituite; à la prédominance ou à l’affaiblissement de l’une des deux propriétés vitales dans les conceptions dichotomiques. Ces éléments d’une physiologie imaginaire ont, dans les âges passés, exercé en médecine un empire absolu. 11 était réservé à notre temps de les dissiper sans retour pour y substituer les assertions d’un sensualisme déterminé, ennemi formel de tout ce que les sens n’atteignent pas. Ce sont ces assertions qu’il importe aujourd’hui d’interroger, et non les constructions ruinées du physiologisme. Quels sont les éléments morbides d’après les opinions organiciennes régnantes? C’est la seule question qui nous oflre quelque intérêt critique. Nous allons voir les enseignements varier suivant les extrémités logiques auxquelles on atteint sur le terrain de la médecine dite exacte.
DE LÏ'JilTÊ ET DE LA PHÉNOMÉNALITÉ DANS LES MALADIES. 375
Pour les raisonneurs hardis qui ne reconnaissent que des lésions ou états organopathiques, et qui demandent aux timides où se palpe et se voit la dérisoire unité qui relie ces diverses lésions ou états en une prétendue maladie, et qui, ne recevant aucune réponse ferme et valable, nient la maladie, pour ceux-là, il n’y a pas d’éléments des maladies. Ces lésions, ces états sont, chacun et à la fois, l’élément et la maladie. Un malade est affecté d’autant de maladies qu’il porte en lui d’états organopathiques. La maladie composée de plusieurs éléments n’existant pas, l’élément morbide disparait de la scène ; il n’y a plus à se demander quel il est, et comment il constitue la maladie.