XVI
Sous des formes plus graves et plus spécieuses, M. Louis se range à un sensualisme tout aussi absolu. « La science, dit-il, j’entends la vraie science, n’est que le résumé des faits particuliers. » Ailleurs, il écrit « avoir toujours eu présente à l’esprit cette pensée de l’auteur d’ Émile : » Je sais que la vérité est dans les choses et non dans mon esprit qui les juge, et que moins je mets du mien dans les jugements que j’en porte, plus je suis sûr d’approcher de la vérilé. » 11 n’est peut-être pas, depuis un demi siècle, un écrivain, un observateur de l’école de Paris qui n’ait souscrit à d’aussi funestes propositions. Ob-
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server les faits, Icsclasser suivant leurs analogies phénoménales, les compter, prétendre les élever par là au rang de faits generaux, de faits principes , de lois, telle a été toute la philosophie médicale de notre temps. On a cru de la sorte atteindre à rétablissement d’une science exacte , positive, et ces derniers mots ont servi de ralliement à une inspiration épuisée déjà. Quelquesuns s’imaginent encore, et beaucoup disent que si l’on n’a pas obtenu l’édification désirée, c’est que la masse des faits n’est pas suffisante , et que, par suite, la comparaison en demeure trompeuse ou improductive. Par conséquent, il n’y a toujours suivant ceux-là, qu’à amasser des faits, qu’à en poursuivre la conquête en perfectionnant tous les moyens d’analyse, en créant de nouveaux procédés d’investigation ; puis on reviendra à comparer, à classer, jusqu’à ce que la comparaison paraissant complète et la classification parfaite, on ail dégagé de ses limbes ki science qui réside dans les phénomènes.
(Jue d’aveuglements dans ces assertions! En quelle nuit profonde se passent ces vaines attentes ! Le résumé des faits particuliers ajoute-t-il à ces faits un élément nouveau ? Résumés ou non, ne demeurent-ils pas particuliers, et est-il possible de concevoir une science du particulier? On aura beau accumuler les observations, les résumer et les comparer, pourrat-on en déduire avec une légitime assurance une de ces vérités générales sur lesquelles on peut asseoir un ensemble de connaissances? La célèbre phrase de Rousseau n’esl-elle pas un sophisme ruiné partout ailleurs que chez nous? Jamais la vérité ni la science n’ont été une perception de choses extérieures, une application des sens; toute vérité, comme toute science, sont une création; elles ne sont pas dans les choses; elles sont créées sur les choses par la seule force créatrice que possède l’homme, l’activité de son entendement. Le jugement est-il un acte de l’esprit, ou se trouve-t-il parmi les phénomènes sensibles, à la portée de notre main qui sent, de notre œil qui voit? El s’il est un acte de l’esprit, peut-il exister
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s.'ius que l’esprit y mette ilu sien? Il est le développement, la substance même de notre esprit, et l’on voudrait que celui-ci y demeuré! étranger !