‹ Principes de pathologie généraleChapitre 14 sur 180 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

Que signilient donc ces locutions de faits générait, r, faits principes, auxquels on est censé arriver par de longues comparaisons de phénomènes? Quand on ne croit qu’aux sens et à l’expérience, ces associalions de termes sont contradictoires. Un fait, à savoir quelque chose de nécessairement contingent, qualifié en lui-même de général et de principe, c’est-à-dire de ce qui lui est directement contraire! Autant vaudrait qualifier de substance le phénomène, de cause l'effet, de simple le composé. Ces locutions, si en honneur aujourd’hui, témoignent sans doute du désir, du besoin même de la possession de vérités générales et de principes premiers; mais en bonne logique et dans les données du sensualisme, elles expriment une impossibilité. Un axiome de la scolastique l’avait déjà dit : le sens ne connaît que l’individu, et l'intelligence seule l'universel ; le sens voit le triangle, l’esprit seul la triangulilé. Qu’importe le nombre des observations? On n’en déduira jamais une généralité véritable, c’est-à-dire une nécessité, une universalité.

Mais l’induction, dira-l-on , ne suffit-elle pas à tirer d’une succession de phénomènes la loi probable qui les régit? C’est la méthode que formulait Laplace en ces termes : t La méthode la plus sûre qui puisse nous guider dans la recherche de la vérité, consiste à s’élever par induction des phénomènes aux lois, et des lois aux forces. » C’est aussi la philosophie de Barthez, et les médecins de Montpellier y sont encore attachés : « La méthode qui nous a servi, écrit M. le professeur Jaumes,

est la méthode par induction L’induction est une manière

de raisonner consistant à tirer de plusieurs cas particuliers une conclusion générale. Son caractère le plus essentiel, en effet,

est d’élever notre esprit de la connaissance des phénomènes è celle des lois, des principes qui les contiennent virtuellement. » (Montpellier médical.) Les faits, les phénomènes d’abord, puis leur rapprochement d’après les analogies extérieures, et enfin une opération qui en extrait la cause, la force, la loi : superficielle conception , débile méthode , laquelle , malgré toutes les illusions répandues à ce sujet, n’a jamais conduit franchement à une notion synthétique, è la détermination d’une force et d’une loi ! C’est imaginer une façon mécanique de produire les vérités, tout artificielle et absolument étrangère à la nature de notre esprit, dans lequel rien n’est mécanique, mais où tout est conception, génération vive ou obscure, activité permanente et créatrice. Le caractère essentiel d’une pareille méthode ne serait pas d’élever notre esprit à la connaissance des principes, mais de l’éloulTer au milieu des faits et des comparaisons, loin de toute inspiration libre et vivifiante.

Mon, ce mot induction n’apporte pas au sensualisme la force génératrice qui lui manque. Ou l’induction signifie application de la notion de cause et de force, fournie non par les faits, mais par l’activité propre de notre intelligence, et alors l’induction provenant non des phénomènes mais de nous , ce ne sont plus les phénomènes qui conduisent à la loi , à la notion du fait général , mais nous-mème , notre spontanéité innée; ou, au contraire, l’induction exprime les produits directs de l’expérience, le résultat qui découle uniquement des phénomènes , et alors elle demeure muette pour livrer l’idée de loi, de cause, de force. J’entends parler ici du mot loi employé dans son sens véritable, et sans ces restrictions qui vont directement contre la signification réelle du mot; caria loi implique l’absolu; elle est, dit Montesquieu, le rapport nécessaire qui dérive de la nature des choses. Phénomènes et induction, pour conduire à une connaissance réelle, ont donc besoin d’être soutenus et vivifiés par l'invariable, par les idées nécessaires qui sont le fondement de la raison hu-

iiiainc. 11 faut toujours revenir à cette condition suprême, comme à la seule base sur laquelle on puisse édifier.

La science n’est donc pas un résumé des faits particuliers; elle n’est pas non plus un produit, une conclusion tirée par induction de ces mêmes faits. La science, c’est une unité active se déroulant en un ensemble défaits ; ou encore, une cause considérée dans la série et dans l’enchaînement de ses effets; une force sc réalisant en un ensemble de phénomènes coordonnés par elle ; c’est un immuable et un absolu se développant en un inonde mobile et relatif. L’unité, lu cause, la force, l'immuable, l’absolu, sont la part active et procréatrice, la part de l’entendement ; l’ensemble des faits, l'enchaînement visible des effets et des phénomènes, le mobile et le relatif sont la part, non d’une expérience brute, ni de l’unique exercice des sens, mais de celte expérience dirigée, instruite, qui seule est acceptable en science.

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