‹ Principes de pathologie généraleChapitre 131 sur 180 · S CLXI · texte numérisé non relu

S CLXI

C’esl dans la vie, en effet, dans ses modalités anomales et troublées, et là seulement qu’il faut chercher l'élément morbide. Rien n’appartient essentiellement à la maladie qui ne lui appartienne d’abord. Nulle école n’a mieux compris ce suprême enchaînement des divers faits vitaux que l’école de Montpellier. Deux de ses principaux représentants, Barthez etFréd. Bérard ont déterminé avec la plus philosophique précision le sens véritable et la portée de l’élément morbide : le premier posant les principes avec sa concision accoutumée; le second les développant avec une abondance parfois confuse, mais de laquelle jaillissent souvent les plus lumineux aperçus.

« Les éléments, dit l’illustre chancelier, sont les affections du principe vital constitutives de la maladie » ; ou sous une forme plus sévère et dégagée d’une ontologie hypothétique, « l’élément morbide est tout acte constitutif de la maladie » ; ou encore, comme il le dit dans la préface du Traité des maladies goutteuses , « les éléments d’une maladie sont les affections essentielles dont elle est le produit. » 11 faut méditer ces paroles afin de n’en pas altérer le sens. Elles ne disent pas ce que leur fait signifier M. le professeur Monneret, quand il expose en ces termes la doctrine de Barthez : « Barthez veut qu’on admette autant d’éléments qu’il y a d’actes dans les maladies. Cette idée, qui mènerait un peu loin si elle était acceptée sans réserve, ne manque pas d’exactitude et repose sur des notions physiologiques vraies qui doivent encore prédominer dans la doctrine des éléments. » Ce jugement indécis qui n’accepte pas sans réserve une idée qu’il qualifie cependant d’exacte et de vraie, ce jugement méconnaît la pensée réelle de Barthez. Celui-ci n’a pas voulu d’autant d’éléments qu’il y a d’actes dans ies maladies ; c’eût été s’engager du côté où est allé M. Monneret, et englober sans distinction sous le nom d’élément, symptômes, troubles fonctionnels,

DE l.’l'MTÉ ET DE LA PHÉNOMÉNALITÉ DANS LES MALADIES. 38!» lésions des solides et des liquides. Bai lliez a dit les actes constitutifs des maladies, et ce mot restreint et précise le sens du mot acte. Sans doute, ces actes constitutifs, ces affections essentielles ne sont pas abstraits de la manifestation réactive par laquelle ils s’expriment. L'élément dont nous entendons parler est pratique, réalisé, toujours observable, identifié à la nature qui souffre et réagit à la fois, quelle que soit en elle la proportion relative de la souffrance et de la réaction. Mais quoique ainsi projetés dans une évolution visible, ces affections et ce s actes ne sont pas indifféremment toutes les manifestations sous lesquelles apparait un moment cette évolution, ni tous les phénomènes qui s’y relient. C’est plus que cela; ce sont les actes primordiaux et nécessaires de l’évolution, et sans lesquels celle-ci ne saurait être. Les autres manifestations sont plus ou moins accidentelles, temporaires et accessoires; elles sont une conséquence directe ou éloignée de l'acte constitutif, mais elles ne lui sont pas essentielles, ne traduisent pas la constitution même de la maladie, n’appartienonl pas à l’unité affective simple ou composée qui régit le tout. Telle est la vraie pensée de Barthez. Fréd. Bérard s’efforçait déjà de la rétablir dans sa pureté souvent altérée : « 11 (Barthez) u’entendait point par éléments tous les symptômes des maladies, comme on le croirait d’abord en étudiant superficiellement sa doctrine. Tous les symptômes qui tiennent à l’effet immédiat de la cause de la maladie, tous ceux si nombreux qui ne sont que le résultat de la sympathie, n’étaient point éléments pour lui. 11 ne désignait par ce mot que ceux qui se liaient à la synergie, qui se rattachaient à une modification active de l’organisme, qui concouraient à la formation de la maladie, et dont l’ensemble constituait sa nature. Pour bien saisir cette différence, il faut connaître sa distinction fondamentale de la synergie et de la sympathie, à laquelle il donnait la plus grande importance, soil en physiologie, soit en pathologie. »

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