‹ Principes de pathologie généraleChapitre 132 sur 180 · CLXII · texte numérisé non relu

CLXII

Fréd. Bérard, cependant, ne fut pas toujours d’une équité parfaite envers son chef d’école. Il l’accuse bientôt de ce dont il le défend d’abord. Barthez ne lui parait plus avoir donné un caractère assez positif à l’élément, en le définissantun des actes constitutifs de la maladie, ni avoir assez nettement distingué les cas où ces actes sont liés à la maladie comme symptôme, de ceux où ils en forment une des parties essentielles. Fréd. Bérard prétend asseoir la doctrine des éléments sur des bases plus solides et mieux déterminées.

1 11 nous sera facile maintenant, dit- il, d’expliquer ce que nous entendons par affection simple et essentielle, ou par élément des maladies. Nous entendons par une affection essentielle et élémentaire, la maladie elle-même ; car les formes symptomatiques ne constituent pas la maladie, comme nous l’avons prouvé.

» Une maladie donnée peut présenter deux ordres de causes, de symptômes, exiger deux sortes de méthodes curatives, etc. Dans ces cas, nous disons que la maladie n’est pas simple, mais qu’elle est composée; qu’il n’y en a pas une à proprement parler, mais qu’il y en a deux. Celles-ci sont les éléments, les parties constituantes de la maladie composée. Pour la traiter d'une manière rationnelle et avec succès, il faut l’attaquer dans ces deux éléments ou dans ces deux sources d’indication, selon les rapports de succession, de prédominance, etc., qu’ils entretiennent entre eux.

» Comme il importe beaucoup de distinguer l'affection essentielle de l’affection symptomatique, nous allons nous arrêter quelques instants à établir cette distinction.

» Lesymptômeestreffetdelamaladie.ilprocèded’elle, marche et finit avec elle ; souvent même il ne parait durant son cours que comme un accident passager : ainsi le vomissement spontané qui-

DE L’UNITÉ ET DE LA PHÉNOMÉNALITÉ DANS LES MALADIES. 391 a lieu dans l’étal gastrique est un des symptômes de cet état. Le symptôme n’est pas lié à la cause de la maladie, à sa marche et à sa durée, et il ne peut pas être l'objet direct du traitement.

« L’affection essentielle est la maladie elle-même, elle est liée à ses causes, constitue sa nature et partage toutes ses révolutions; elle dépend d’une disposition profonde, intérieure et primitive de l’organisme; elle est le sujet du traitement direct; si on la fait disparaître, la maladie et les symptômes qui l’expriment disparaissent aussi; elle est, en un mot, le premier mobile, le ressort, le principe ou la cause. Il y a donc entre l’affection essentielle et le symptôme, la même différence qu’entre le symptôme et l’effet, et ce point de doctrine médicale partage tous les principes, toutes les difficultés et tous les moyens de ce genre de distinction. »

Cette belle page de doctrine médicale attribue à l’élément deux caractères principaux : 1“ il est une affection simple et essentielle de la force vitale; il est dans la maladie ce que nous appelonsuneunité affective; 2° il est l’objet du traitement direct, du traitement qui s’adresse à l’essence morbide elle-même; tout véritable élément est indicateur et il fournit l’indication la plus élevée, celle à laquelle le praticien doit s’adresser d’abord.

Ces caractères distinctifs établis par Fréd. Bérard sont-ils nouveaux et déterminent-ils mieux et autrement l’élément que ne l’avait fait Barthez? Nous ne le pensons pas. Quand Barthez aurait seulement dit que les éléments d’une maladie sont les affections essentielles dont elle est le produit, il aurait donné de l’élément une idée positive et complète; car celle-là emporte les autres. Pourquoi, en effet, l’élément est-il indiquant, sinon parce qu’il est une affection essentielle, un acte constitutif de la maladie? Ces deux conditions se supposent mutuellement. Toutefois Barthez ne s’en esf pas tenu là : il a très expressément donné à l’élément morbide ce rôle d’indicateur que Fréd. Bérard croyait lui attribuer le premier; témoin ce passage de la préface du Traité des maladies goutteuses : « Les

méthodes analytiques de traitement d’une maladie sont celles où, après l’avoir décomposée dans les affections essentielles dont elle est le produit, ou dans les maladies plus simples qui s’v compliquent, on attaque directement ces éléments de la maladie par des moyens proportionnés à leurs rapports de force et d’influence.

» Ces méthodes sont d’autant plus indiquées qu’il existe une plus grande complication des éléments d’une maladie.

» Dans la méthode analytique qui est propre à chaque complication, il faut faire dominer le traitement qui convient à chacune des affections ou maladies composantes, à proportion de ce qu’elle a plus d’importance respective. Celle importance doit être estimée, suivant qu’elle est plus urgente ou d’un danger plus pressant, et suivant son influence sur les autres affections ou maladies combinées. »

L’indication n’est -elle pas ici rattachée formellement par Barthez aux affections élémentaires et à leur prédominance relative, et n’est-elle pas le seul but de celte décomposition analytique de la maladie, non en phénomènes et en lésions, mais en actes constitutifs, en éléments? Fréd. Bérard n’a donc pas réformé la doctrine de Barthez ; il l’a développée, poursuivie dans l’application, et ce lui est déjà un éminent mérite. 11 n’a cru devoir en ambitionner un autre que pour éviter la pente ontologique de l’école, et échapper à cette affirmation de principe citai que son instinct philosophique redoutait; il lui fallait dès lors trouver à l’élément un caractère indépendant de toute vue doctrinale, et celui de l’indication lui parut, dans ce sens, le plus net et le plus pratique. Ce fut un moment de faiblesse, faiblesse apparente plus que réelle. Ce ferme esprit ne pouvait, au fond, méconnaître que la doctrine de l’élément morbide, soustraite à 4a doctrine générale de l’être et de la maladie, manquait de son appui légitime et tombait dans le domaine du pur empirisme. Or, malgré toutes les réserves et tout l’appareil méthodique, l’empirisme ne sera jamais cerli-

DE l.’l.NlTÉ ET 1)F. LA PHÉNOMÉNALITÉ DA AS LES MALADIES.

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