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Telle est la notion vraie et l'enchaînement hiérarchique des éléments morbides; avec eux, on constitue réellement la maladie, parce qu'ils sont de même provenance et de même nature qu’elle.
Toutefois on ne saisit pas la question tout entière en se bornant à considérer la maladie comme formée par un groupe d’éléments morbides, quelles que soient d'ailleurs les distinctions d’importance et la subordination que l’on essaye d’établir entre les divers éléments. Comment s’opère celte association d’éléments et quelles en sont les conditions? Comment doit-on comprendre la constitution intérieure d’une maladie composée d’éléments multiples? Problèmes de pathologie générale que les auteurs n’abordent pas, ou qu’ils effleurent à peine, et présentent alors sous de fausses clartés.
La pensée commune est qu’une maladie composée de plusieurs éléments est semblable à un corps composé où les éléments simples et composants seraient unis plus ou moins étroitement les uns aux autres, tout en conservant leur individualité propre. Fréd. Bérard écrit, comme on l’a vu plus haut, que, dans une maladie composée de deux ordres d’éléments, il n’y en a pas une à proprement parler, mais qu’il y en a deux, et que celles-ci sont les éléments, les parties constituantes de la maladie composée. M. Monneret dit que la maladie est composée quand plusieurs éléments primaires s’y ajoutent et forment un ensemble morbide complexe. Le mécanicisme et la juxtaposition sont le fond de ces conceptions; celles-ci n’atteignent même pas aux notions élevées que la chimie enseigne sur la composition des corps : le corps composé est un corps vraiment nouveau et spécial, et tant qu’il subsiste, il représente une sorte d’unité 'dont les éléments composants n’auraient pu donner entièrement l’idée. Non, on ne peut dire sans erreur que, dans une maladie composée, il y ait réellement deux maladies, car, s’il en était ainsi, la maladie ne serait plus composée; il y aurait en quelque sorte juxtaposition de maladies demeurant distinctes quoique voisines et unies, ne constituant pas un tout harmonique quoique complexe, ne traduisant pas, à travers la multiplicité des symptômes, une unité fondamentale ; et néanmoins la maladie composée ou
PRINCIPES t>E PATHOLOGIE GÉNÉRALE.
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non (et la plupart, sinon toutes, sont composées) n’cxisle <|ue par cette unité nécessaire. Toutes, la plus éminemment complexe comme la plus simple, reconnaissent celle loi primordiale.
Pour acquérir un sentiment juste de la maladie composée., il faut remonter encore et toujours à la notion même de la vie, où tout est représentation animée et convergente, géi aération continue, unité partout présente et souveraine. Or, la vie, sous l'action d’inlluences diverses, peut concevoir simultanément en elle des modes affectifs variés. Par celte conception même, elle enfante un mode composé, qui tient des modes affectifs simples spontanément conçus, mais qui n’en est pas moins un mode morbide nouveau, avant son allure propre, ses symptômes à la fois divers et spéciaux, sa physionomie une quoique composée, et non autant de physionomies que d’éléments ou de traits constituants; ou encore, la vie ayant conçu et manifesté un inode affectif déterminé, conçoit, dans cet état déjà pathologique, un nouveau mode morbide. Ce dernier fait dès lors partie intégrante de la vie morbide qui préexistait ; celle-ci se transforme, et l’évolution pathologique s’offre sous des caractères nouveaux. Dans ces cas aussi, il n’y a pas de mode afl'eclif surajoute, d’élément superposé, de maladies conjointes; il n’v en a toujours qu’une sous plusieurs éléments. Le clinicien doit bien savoir que la décomposition analytique qu’il opère en présence d’une maladie est une œuvre d’autant plus artificielle qu’il veut la faire absolue, et qu’ici surtout l analvse doit demeurer soumise aux réalités supérieures et synthétiques de l'unité vitale.
Affranchie de la synthèse, l’analyse, en effet, ne peut que s’égarer dans l’élude des éléments morbides. Ce guide ne lui est pas seulement nécessaire pour déterminer la nature de l'élément, mais encore pour discerner, dans la constitution d’un tout pathologique, quel est l’élément prédominant, celui <{ ni imprime à la maladie ses caractères saillants, celui que
DE L L'MTÊ ET DE LA l'IlË.XOMKXALIT Ê DA.Ns I.KS MALADIES. Hv>7
le praticien devra d'abord avoir en vue dans ses décisions lhérapeulii[ues. La loi ordinaire que la connaissance synthétique des conditions vitales indique, et que l’observation démontre, est (pie l’élément prédominant est l’élément affectif le plus général, celui qui, dans les maladies aiguës, se traduit par les synergies les plus étendues, par le soulèvement réactionnel de toutes les fonctions communes de l’être, celui qui est le moins isolé dans la vie universelle, le moins localisé en un mot. Ainsi, par exemple, dans les plilegmasies qui s’associent à un état fébrile déterminé, intermittent ou autre, c’est celui-ci qui sera l’élément majeur, qui gouvernera le centre phlegmasique, qui indiquera le traitement; vaincu, sa guérison entraînera la guérison de la maladie tout entière. Dans les maladies diathésiques, l’élément le plus étroitement uni à la constitution même du malade, h ses dispositions propres héréditaires ou acquises, à sa vie idiosyncrasique, à ses habitudes hygiéniques particulières ou invétérées, sera l’élément dominant, celui dont h persistance soutiendra les autres, qui se subordonnera les affections plus superficiellement empreintes dans la vie commune. Si, par exemple, la scrofule et le rhumatisme émettent et composent leurs manifestations sur un même individu, c’est la scrofule qui persistera, qui soutiendra l’affection rhumatismale, et c’est en l’amendant qu’on guérira le rhumatisme.
Celte loi souffre des exceptions sans doute, mais elles sont peut-être plus apparentes que réelles, et tiennent le plus souvent à une appréciation imparfaite de la vraie nature des éléments constituants, et de la profondeur de leur attache dans l’économie vivante. Tel élément qui d’habitude est superficiel et passager, peut, dans un cas donhé, se montrer durable, opiniâtre, pénétrer dans l’intimité même de la vie qu’il affecte.