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Concevoir comme une la maladie composée n'est pas une subtilité scolastique, important peu dans l’élude générale et pratique des maladies; c’est une distinction qui en commande d’autres dont on ne saurait contester l’utilité. Ce dogme de l’unité de la maladie composée permet seul, en effet, de séparer la maladie composée de la maladie compliquée. Dans tout autre milieu d’idées, cette distinction échappe fatalement : composée ou compliquée, la maladie y reste pareillement une agglomération d'éléments que rien d’essentiel ne différencie; nous n’en donnerons d’autre preuve que les tentatives mêmes de distinction faites par les pathologistes.

Ainsi, M. le professeur Monneret appelle une maladie composée, quand plusieurs éléments primaires s’y ajoutent et forment ensemble une maladie complexe. « Les maladies compliquées, dit-il ensuite, diffèrent des composées en ce que l’acte, la lésiou d’acte ou de structure qui compliquent l’affection principale n’ont pas de corrélation absolument nécessaire avec l’élément primaire et constituant; il faut avouer toutefois que la séparation entre ces maladies n’est pas facile à établir. » Ce dernier aveu pourrait être plus complet, et reconnaître que la séparation entre ces maladies n’est pas seulement difficile, mais impossible. Où se trouve, en effet, la corrélation nécessaire entre les éléments primaires qui constituent une maladie composée'? Cette corrélation n’existc-t-elle pas, au contraire, dans nombre de maladies compliquées? Soit, en premier lieu, une phlegmasie liée à un état fébrile intermittent, comme est la pneumonie dite intermittente, laquelle n’est pas rare dans les pays où régnent endémiquemeut les fièvres d’accès : n’est-ce pas un type de maladie composée, quoique les éléments primaires qui la constituent ne présentent entre eux aucune corrélation nécessaire, et qu’en d’autres

contrées on n’observe pas ces associations morbides? Soit, d’un autre côté, un hydro-pneumothorax survenant dans le cours d’une tuberculisation pulmonaire : n’est-ce pas là une vraie complication, malgré l’étroite dépendance de ce fait morbide avec l’affection principale? Le sens pratique vient ici heurter l’enseignement dogmatique, et ajouter de nouvelles incertitudes à l’incertitude même de cet enseignement. M. le professeur Monneret le reconnaît, car, après avoir avoué que la séparation n’est pas facile entre les maladies composées et les compliquées, il ajoute : t La pleurésie tuberculeuse renferme deux éléments : 1° la formation d’un produit hétérologue ; 2° une hydropisie ou une phiegmasie adhésive. On peut, dans ce cas, dire que la maladie est composée ; cependant on pourrait aussi regarder la pleurésie comme la complication des tubercules. » Que sais-je? semble dire l’auteur. Que croire? demanderont bien des lecteurs.

Ces confusions se dissipent et les laits s’éclairent, dans l’ordre des vraies notions médicales. En regard de la maladie composée, mais toujours une, nous placerons la maladie compliquée, c’est-à-dire une maladie dans le cours de laquelle survient un élément ou état affectif , distinct ou indépendant de l'état affectif principal qui régit la maladie , états affectifs juxtaposés , mais exerçant les uns sur les autres une mutuelle influence , s'entraidant ou se contrariant selon les cas. Ici il y a vraiment deux ou plusieurs maladies, suivant la parole que Frédéric Bérard appliquait à tort à la maladie composée. Les relations de ces maladies entre elles fourniraient au besoin de légitimes divisions dans l’étude des maladies compliquées.

On pourrait en effet reconnaître deux ordres principaux de complications : en premier lieu, les complications qui se rattachent à l’évolution même de la maladie première, et qui se présentent comme accidents particuliers attachés parfois à cette évolution : perforation pulmonaire dans le cours de la phthisie, intestinale dans la fièvre typhoïde, dans les dégénérations

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cancéreuses de l'intestin, etc.; en second lieu viendraient les complications dues à des maladies entièrement indépendantes en elles-mêmes de la maladie préexistante, ou se déclarant simultanément et se modifiant les unes par les autres, telles seraient des fièvres éruptives éclatant en même temps, ou l’une survenant avant que l’autre eût .accompli son évolution. Toutes ces distinctions hors desquelles il n’est pas de nosologie possible, se déroulent sans ellbrl ni arbitraire dés qu'on les demande, non à des sens impuissants à les trouver, mais à cette pathologie générale qu’assure dans sa marche l’évidence des vérités premières.

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êious avons dit quel était l’élément, et de quelle nature était l’association des éléments dans la maladie. 11 nous reste à indiquer comment on découvre l’élément, à travers les actes mobiles et changeants par lesquels se traduit la maladie. Cette dernière recherche comporte toute l’application de l’analyse à la médecine pratique ; elle embrasse la clinique entière et ses méthodes essentielles. On ne saurait donc en trop multiplier les voies, en étendre trop la portée.

Aussi pensons- nous que l'on doit procéder à l’analyse des éléments morbides par tous les modes d’interrogation que la science suggère dans l’observation de l’honune soutirant. Tout peut concourir à la détermination de l’élément, les moyens directs comme les indirects. Il laut souvent parcourir à cet effet la série entière des investigations pathologiques, et puiser dans l’universalité des circonstances afférentes de près ou de loin à l’état morbide. Tel est le précepte général. Fréd. Bérard Ta mis dogmatiquement en œuvre: il a tracé un plan complet de recherche des éléments morbides; nous nous en inspirerons dans un rapide exposé.

Pour déterminer l'élément, un interrogera d’abord les s\m-

DE L’UNITÉ ET DE LA PHÉNOMÉNALITÉ DANS LES MALADIES. /|0J ptômes, formes visibles de l’état morbide. C’est l’œuvre que Fréd. Liérard appelle analyse des maladies par les symptômes, ou analyse nosographique. Celte analyse prime toute autre; mais il faut craindre de lui attribuer une importance exclusive et aveugle. On tomberait souvent en de dangereuses illusions, si l’on attachait toujours aux mêmes symptômes la même signification, ou si l’on ne savait reconnaître des états morbides analogues sous des formes symptomatiques différentes. « Four éviter, dit Fréd. Bérard, cette source fréquente d’illusions, il faut moins s'attacher à tel symptôme isolé qu’à leur concours et à leur ensemble, moins à leur prédominance qu’à leur continuité et à leur persistance, moins à leur liaison simultanée qu’à leur succession progressive, moins à leur forme extérieure qu’à leur connexion de nature et à leur rapport avec l’indication. #

En second lieu, on envisagera les occasions ou conditions morbides fournies par le monde extérieur, les communes et les particulières, les spécifiques et les contagieuses, celles qui tiennent au genre de vie de l’individu : c’est là, selon Fréd. Bérard, l 'analyse des maladies par les causes. Nous avons montré dans notre chapitre de l’étiologie quelles ressources elle offrait pour la connaissance des maladies. Nous avons précisé le rôle que jouait l’occasion morbide dans le développement de la cause morbifique, rôle important, mais accessoire; la spontanéité vivante demeurant le vrai principe de tous les actes morbides.

En troisième lieu, Fréd. Bérard place l’analyse des maladies par le traitement. L’essai thérapeutique est, en effet, d’un précieux secours pour qui sait l’employer avec habileté et discernement. La nature d’une maladie se révélera à la manière dont la maladie répondra à telle ou telle sollicitation thérapeutique; puissant moyen d’analyse, mais dont les forts seuls peuvent user, inutile et dangereux dans la main des faibles.

En quatrième lieu vient l 'analyse des maladies par l’ana-

tomie pathologique. « L’analomie pathologique, dit Fréd. Bérard, en s’associant à l’histoire des maladies, détruit ou justifie les calculs et les conjectures de celle-ci, et leur donne une certitude qu’elle n’aurait pas acquise sans elle, et qu’elle fait servir ensuite à ses observations ultérieures durant le vivant même des malades. Par elle le médecin, rattachant les symptômes aux lésions organiques, voit celles-ci par avance et de très bonne heure, et peut établir quelquefois à temps les moyens propres à les arrêter dans leur marche funeste. » Mais l’anatomie pathologique ne porte ses fruits que mise à sa vraie place, et considérée non comme révélant la cause et la nature de la maladie, mais comme traduisant un des effets caractéristiques de cette cause, et qui peuvent le mieux permettre de remonter jusqu’à elle. L’anatomo-pathologie concourt pour une part importante à la connaissance de la maladie, elle ne la livre pas tout entière. Il ne faut donc pas la faire prévaloir au détriment des autres points de la science des maladies. * 11 faut, dit encore Fréd. Bérard, éclairer les notions d’anatomie pathologique par l’examen des causes, du traitement et de tous les moyens d’investigation; il faut étudier la chose dans son ensemble, telle qu’elle est, et non dans un état absolu et d’exclusion, qui n’existe (jue dans l’imagination des systématiques, et qui est désavoué par la nature vivante, par l’observation des choses et par les besoins légitimes de la science. » Fréd. Bérard signale enfin deux autres voies plus rapprochées que distinctes, d’analyse générale des maladies, l 'analyse par la théorie pathologique et Y analyse par la théorie physiologique. Les résultats ne sont pas aussi évidents ici, et l’histoire des maladies n’a pas à attendre de ces modes analytiques des éclaircissements manifestes. Il n’est pourtant pas permis à qui aime tous les progrès, même ceux qui ne se traduisent pas en services pratiques immédiats, de ne pas prêter une curieuse attention à ces explications pathogéniques plus ou moins probables ou aventureuses.

L’analyse des maladies par la théorie pathologique est celle qui tend à fixer t le phénomène primitif de la maladie, et l’enchaînement qui lie à celui-ci tous les phénomènes secondaires, ainsi que l’action définitive des causes qui ont amené la maladie et celle des médicaments propres à la détruire ». La théorie pathologique se rapproche donc de ce que l’on appelle aujourd’hui le mécanisme des causes morbifiques, de la détermination du phénomène ou mieux du dérangement initial et producteur. Toutefois Fréd. Bérard ne pose pas la théorie pathologique comme contenant la notion dernière de la maladie, et il évite ainsi les erreurs systématiques de l'organicisme. Lorsqu’il travaille à remonter la chaîne des phénomènes et des effets morbides, c’est afin de saisir les conditions sensibles de leur succession ou de leur coexistence sous l’action supérieure des causes morbifiques. Une pareille étude commande, du reste, une extrême réserve; elle a plus enfanté d’erreurs que d’utiles vérités, et malgré les ressources de l’analyse moderne, elle ne semble pas près d’acquérir une marche assurée et de conduire la science loin de l’arbitraire et de l’hypothèse.

L’analyse des maladies par la théorie physiologique naissait à peine quand Fréd. Bérard écrivait. Depuis et surtout de nos jours, cette analyse est poursuivie avec ardeur. On y fait concourir l'étude des fonctions normales, on cherche à reproduire la maladie ou ses actes principaux par une expérimentation déliée et savante. On voudrait ainsi surprendre le processus pathologique, et saisir en le créant de toutes pièces, ou en le suscitant plus ou moins directement, ce sphinx de la maladie, le fait visible, initial et producteur. Nous ne voudrions décourager aucun effort; nous ne pouvons cependant ne pas exprimer nos craintes, notre certitude même de l’insuccès définitif. On donne en effet pour but à ce travail, ce que celui-ci ne saurait atteindre, la découverte de la nature de la maladie. Cette nature, nous l’avons démontré, n’est pas dans le mode de pro*

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duclion sensible des phénomènes morbides, mais dans la cause vitale qui les soulève. En outre, si ingénieuse que soit une expérimentation, elle ne réalisera jamais les conditions mobiles, complexes et convergentes qui conduisent à la génération pathogénique. Imaginer qu’on peut artificiellement provoquer les impressions lentes on subites sous lesquelles l’économie vivante conçoit une évolution pathologique, c’est aller fatalement à l’erreur. On en jugera en interrogeant avec quelque sévérité les théories qui sont issues de la plupart de ces expérimentations.

« Formée, dit à ce sujet Fréd. Bérard, au milieu des amphithéâtres d’anatomie et dans l’ctude des vivisections, la physiologie n’a jamais presque été au delà de ce qu’elle a observé par ces voies infidèles ; elle connaît la vie, non telle qu’elle est, mais telle qu’elle l’a faite dans des animaux mourants et dans les tortures qu’elle a imaginées pour arracher impatiemment une vérité mutilée comme les animaux qui la fournissent, et qu’elle pourrait souvent apprendre par d’autres voies plus sûrement et avec un appareil moins fastueux. » Ces paroles sont demeurées vraies; aussi les applications les moins insuffisantes de la physiologie expérimentale sont celles qui, laissant la maladie dans ses inaccessibles profondeurs, ne s’adressent qu’à un symptôme isolé, qu’à un fait particulier de l’ensemble pathologique, pour en indiquer l’origine et la dépendance organiques. Dans ces limites, l’analyse des maladies par la théorie physiologique est légitime. Qu’il y a loin de là à révéler le comment et le pourquoi de la maladie elle-même !

Telles sont les voies d’observation qui conduisent à la détermination pratique de l’élément morbide. Pour atteindre à ce but, il ne faut pas seulement appliquer à l’observation des faits des sens plus ou moins exercés, il faut y attacher les forces propres de l’entendement, et concevoir les phénomènes dans l’idée innée de cause, d’unité, d’activité; de celte sorte, on percevra dans les faits pathologiques l’élément réel, l'affection

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essentielle de l’économie vivante, et non une pure lésion d'organe on un trouble fonctionnel.

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