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Tout mode morbide offre dans son développement deux éléments essentiels : l’affection et la réaction. Ces distinctions, trop souventméconnues, incompatibles d’ailleurs avec la notion organicienne de la maladie, sont fondamentales et seules conduisent
à une idée nette du rôle de la nature médicatrice, et de sa part dans la constitution de la maladie. L’affection et la maladie ne sont pas synonymes et désignant chacune des lésions et des trouides fonctionnels, comme le veut Chomel. Non, l’affection n’est pas plus la maladie que ne l’est à son tour la réaction. Ces deux faits constituants ne sauraient s’isoler en face de la réalité morbide, sans que cette réalité s’évanouisse. En effet, voir la maladie uniquement dans l’affection, c’est n'envisager la maladie que dans la cause morbifique, dans l’impression produite sur l’unité vitale, impression arbitrairement isolée des actes qui la suivent ; c'est abstraire la maladie du consensus vital, des synergies qui enveloppent l’affection ; c’est ne voir que l’offense et méconnaître la fin à laquelle tend aussitôt la vie offensée, mais non détruite, ni enlevée à ses efforts conservateurs, à son inséparable activité. Le mal n’a pas une existence indépendante ; il n’est en rien un être particulier ; il n’existe que comme mode vital, et le mode n’étouffe pas l'essence. Conjointe et nécessaire au mode, subsiste toujours l’essence, c’est-à-dire la vie avec ses lois générales, vita sam superstes, qui résiste ou se soulève contre l’atteinte qui l’affecte.
Par contre, affirmer toute la maladie par la réaction, c’est ne voir que l’effort de la nature et le séparer, de la cause qui le détermine, c’est du moins sous-entendre cette cause, négliger son étude, diminuer l’importance qui lui est due. C’est aller en outre contre l’ordre et la succession des impressions et actes pathologiques, mettre ce qui suit avant ce qui précède, les conséquences avant le fait qui les régit, c’est intervertir la logique qui gouverne les développements morbides. 11 faut donc concevoir aussi bien l'affection que la réaction pour avoir de la maladie une idée vraie et complète ; il faut marier en son esprit ces deux éléments, les attacher simultanément l’un à l’autre par des liens qui s’appellent et ne puissent se rompre, les confondre en une même vue, en un ensemble indécomposable. De la sorte, en concevant comme distincts et à la fois
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comme invinciblement unis ces éléments de la maladie, l’esprit reproduit en lui-même les opérations de la nature, les combinaisons vivantes dont la convergence suscite le fait morbide en son entier.
Sous l’empire de ces notions on perçoit sans peine et dans sa vérité le dogme de la force médicatrice. Celle-ci, en effet, appartient bien à la maladie, mais non à tous les éléments qui la composent. Elle relève seulement des éléments de réaction, de ce qui est résistance ou soulèvement vital contre les éléments affectifs. Elle n’appartient pas à l'affection ; elle ne s’y unit que pour lui être directement opposée ; elle est la réaction vivante contre l’impression affective, contre la cause morbifique. La force médicatrice est dans l’intimité de la maladie, dans les nécessités qui l’accompagnent, comme l’est la réaction, part constituante de l’état morbide ; rien de plus, rien de moins.
Ces premières considérations fixent le rôle de la force médicatrice, sans le diminuer ni l’exagérer ; elles marquent d’avance l’erreur où ont été conduits beaucoup d’hippocratistes célèbres qui n’ont vu que réaction dans la maladie, comme si la réaction était toujours prédominante, comme si l'afTection, toujours vaincue et annihilée par la réaction, n’occupait jamais que le second plan de la maladie et se perdait dans les accessoires de la scène. Ces erreurs en ont appelé d’autres qui, pendant longtemps, ont altéré dans notre science la réalité simple des choses. L'idcc préconçue de soumettre toute la maladie 4 la seule réaction, de ne concevoir pour cause et règle des mouvements pathologiques que l’impulsion vitale destinée à réduire le mal, a peu à peu dénaturé dans les esprits la notion de l’affection, de la cause morbifique, du mal souffert par l’organisme. On n’a plus vu l’affection dans la vie où elle est cependant tout entière; on l’a séparée des actes vitaux pour la matérialiser, pour en faire une matière hétérogène, destinée à l’élimination ou à l'assimilation, après coclion préalable. Au lieu de considérer l’affection comme une impression hostile
subie par la vie, el conlre laquelle la vie résiste ou se soulève, suivant des lois déterminées, on l’a grossièrement envisagée comme un amas étranger, introduit par accident dans nos humeurs et dans nos organes, et que les mouvements s’occupent à travailler, à modifier, à mûrir, à adoucir, à transformer, dans le but de neutraliser ou de le chasser des demeures organiques et humorales où il a pénétré. Ainsi s’est produit ce mélange singulier de conceptions mécaniques el chimiques d’un côté, et de forces vitales et médicatrices de l’autre, lequel a de plus en plus corrompu la pureté des dogmes hippocratiques; ainsi s’est établie la longue suite des théories galéniques dont nous n’avons pas encore secoué tout le fardeau. Discerner l’affection au sein de la vie, concevoir en même temps son commerce intime avec la réaction, fondre ces deux éléments dans l’unité morbide, est le premier pas à faire pour délivrer la pathologie de ces hypothèses qui la minent.