S XVIII
Deux mots résument toute la capitale question des méthodes que nous venons d’agiter : analyse et synthèse. Nous les écrivons ici dans l’ordre que prétend établir entre eux l’école philosophique qui a asservi la médecine actuelle; l'analyse première et souveraine. Dès lors, en effet, qu’on proclame les sens et l’expérience pour les vrais guides qui conduisent à la science, on en reconnaît l’opération , c’est-à-dire l’analyse, comme la grande méthode scientifique. Elle devient non-seulement une méthode indépendante et qui existe par soi, mais la méthode qui ramène lotit à elle et dont tout doit dériver. Cependant nos médecins modernes semblent 11e pas repousser absolument la synthèse et l’admettre comme fin dernière, comme couronnement de l’ensemble analytique. Mais, qu'on y prête attention, ils ôtent ainsi à la synthèse son sens réel et philosophique; ils en font une sorte de résumé des résultats analy tiques, une
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conclusion abrégée du rapprochement et de la comparaison des fails. De la sorte, l’analyse reste toujours maîtresse de la science et la méthode par excellence. La synthèse ne conduit à rien, n’apprend à rien connaître par elle-même; elle suit docilement l’analyse, réunit en un faisceau plus serré, et exprime sous des formules abrégées toutes les connaissances isolées découvertes par celle-ci. Telle est la synthèse pour le sensualisme, telles les vérités synthétiques. La signification et le rôle véritables en sont cependant bien différents.
La synthèse est cette méthode qui va chercher dans le monde intérieur, étranger aux sens, l'immuable et le nécessaire, l’idée innée, les vérités premières, les principes évidents, pour concevoir par eux et en eux le monde extérieur perçu par la sensation, habité par les phénomènes mobiles et changeants, images isolées entre elles, ou sans autre lien qu’une succession que l’idée de cause ne féconde pas, puisque la notion de cause est étrangère à ce monde des apparences. Telle est la synthèse, méthode pure du spiritualisme, appuyée sur le sein de l’absolu et de là embrassant le multiple et le fini, les formes bornées qui nous entourent. Elle seule nous livre sur le fini et le sensible la connaissance vraie, celle qui s’adresse à notre raison, à notre esprit, la connaissance spiritualiste en un mot. line vérité synthétique n’est donc pas un résumé, une condensation de fails analytiques, mais une vérité puisant dans l’invariable une force expansive que développe une analyse tout imprégnée du souffle qui la pousse et l’anime. Toutefois, si l’analyse ne s’attache plus la synthèse comme un instrument soumis, elle lui est un aide nécessaire pour que la synthèse s’applique, s’étende et constitue la science dans ses développements légitimes. Nous l’avons déjà démontré, si les sens et l’expérience ne peuvent fonder une science, leur secours est indispensable pour que l’intelligence fonde sur eux. L’analyse fournit à la synthèse une réalisation sans laquelle la synthèse demeurerait indéterminée, ne serait rien de formel en appli-
cation. Elle représenterait une idée à jamais générale, qui ne se spécialiserait pas en une science déterminée dans son objet.