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La physiologie des réaclions médicatrices s’offre à nous sous deux aspects distincts, quoique possédant des traits communs : en premier lieu, on considère la réaction dans les maladies aiguës ou réactives ; en second lieu, on l’envisage dans les maladies chroniques ou affectives.
Si l’on veut bien se reporter au rapide tableau que nous avons tracé de ces deux grands ordres de maladies, on se convaincra bientôt qu’on ne saurait poursuivre une étude physiologique de la réaction si on ne la commence sur les maladies réactives. La réaction déploie seulement là toutes ses ressources, manifeste l’ensemble de ses synergies régulières, développe ses opérations. Là, par contre, on peut réellement juger de ses imperfections accidentelles, de ses défaillances, de ses aberrations diverses, et les rattacher aux causes qu’elles reconnaissent.
Dans les maladies affectives, au contraire, la réaction dessine mal ses caractères ; elle s’v réduit à des tentatives tardives, avortées, non soutenues, à des ébranlements impuissants et qui ajoutent à la cause morbifique principale une cause nouvelle d’épuisement. Sans doute, quoique effacée et soumise à l'affection, cette réaction traduit encore la fin conservatrice de l’économie vivante ; elle est toujours de même provenance que les réaclions développées et efficaces. Toutefois, soumise à une observation isolée, la réaction propre aux maladies affectives resterait, dans son essence, enveloppée d’obscurités impénétrables ; elle serait comme un sujet de méditations stériles devant une mort fatale. On ne saisirait en elle que la vie qui se détruit, et non la vie qui lutte. Pour s’élever à des jugements plus vrais, il faut comparer ces réaclions tronquées aux réactions nettes et vives des maladies aiguës. Celte comparaison et les conceptions thérapeutiques
hhh PRINCIPES DE PATHOLOGIE GÉNÉRALE.
qui en découlent livrent la physionomie cachée de ces actes réactifs, et permettent' ainsi de compléter la physiologie générale de la force médicatrice.
Nous allons donc interroger la réaction médicatrice dans les maladies aiguës, et considérer non ses rapports nécessaires avec l’affection, ce que nous avons déjà fait, mais ses procédés organiques de soulèvement, son fonctionnement contre les causes morbifiques.
Voyons d’abord quels sont la manifestation régulière et l’appareil le plus efficace de la réaction médicatrice. Rappelons ici que la force médicatrice n’est autre que l’unité vitale considérée en sa finalité spéciale dans les maladies. L’unité vitale, dans ses conditions physiologiques, doit donc rester le type vivant, le modèle immuable de l’activité médicatrice. Il suit de là que plus la force médicatrice s’exercera par les mêmes éléments, par le même enchaînement et les mêmes proportions d’actes que la force conservatrice régulière, plus elle sera force médicatrice réelle et efficace ; plus elle conservera en elle le type ordonné et fondamental de la vie, et plus elle marchera sûrement à son but.
Or, quelle est la base physiologique de la force conservatrice normale, quelles sont les conditions essentielles de son libre exercice? Ces conditions consistent évidemment à ce que l’unité vitale se développe par la réalisation entière de la pluralité qui est en elle, par le concours et l’active convergence de tous les appareils et organes, de tous les tissus et humeurs, de toutes les modalités organiques et vitales , en une harmonieuse expansion toujours pleine de l’unité qui la produit. L’expression suprême de ce développement vital, la condition primordiale de toutes les fonctions, de tous les actes organiques, de tous les rapports qui surgissent
entre le monde vivant et le inonde inorganique, est la génération perpétuelle de la molécule vivante. La faculté générale de la nutrition est la faculté première et nécessaire de l’être organisé. La nutrition parfaite, c’est la conservation, c'est la (in organique assurée ; elle est la fonction sur laquelle reposent toutes les autres, et fait partie intégrante de chacune. En un mot, la nutriliou est la fonction vitale commune ; elle est la vie commune du tout vivant, pénètre et soutient toutes les vies organiques particulières. C’est donc par elle et en elle que la force médicatrice doit trouver toute sa puissance. A cette fonction vitale commune correspond une réaction pareille, une réaction qui doit aussi s’appeler vitale commune , type légitime de la force franchement médicatrice.
La réaction vitale commune a ses conditions inscrites d’avance dans les conditions mêmes de la vie commune. On observe, en effet, celte réaction, alors que l’unité vitale réagit sans se dissocier, soulève en un juste équilibre toute la substance vivante , c’est-à-dire tous les appareils organiques, toutes les facultés fondamentales par lesquels il est pourvu à la génération régulière de l’économie, au mouvement incessant de la nutrition générale.
La vie devient librement médicatrice lorsqu’elle s’emploie tout entière contre l’impression morbifique, lorsqu’elle maintient ses synergies et leur harmonie; aucune de ses facultés essentielles n’est alors déprimée ni excitée outre mesure, et de façon à troubler par un désordre particulier l’ensemble des actes réactifs ; elle garde dans le mode morbide qu’elle revêt temporairement les proportions régulières et les instincts de son activité normale. Dans ces cas, la réaction peut se montrer vive, énergique, excessive même ; elle demeure toujours légitime, ordonnée, assujettie à un ordre fixe ; on pourra présager ses actes successifs, sa durée ; elle aboutira à une crise, à une solution parfaite et définitive. Ces réactions se rappro-
àâÔ rniXCIPES DE PATHOLOCIE GÉNÉRALE.
client singulièrement de la fonction ; elles sont presque physiologiques, tant elles sont régulières, et vont nettement à leur but. La lièvre éphémère, les synoques simples, les formes communes des maladies fébriles aiguës nous en offrent le type. Ces maladies marchent d’elles-mêmes à la guérison, et l’art doit se garder de les troubler ; elles représentent l’ceuvre médicatrice dans toute sa pureté.
L’unité vitale commune et une réaction saine et médicatrire sont tellement solidaires et si étroitement unies en essence, que l’une permet de présager l’autre, que là oit le mode commun de la vie se montre puissant, apparait aussi, dans toute sa liberté, le mode vital médicateur.
Ainsi, chez les enfants dont l’organisme affermi a pris pleine possession de lui-même au sein du monde extérieur, l’unité, la force vitale commune est remarquablement active et vigoureuse ; les synergies nutritives acquièrent un élan créateur prédominant. Aussi les réactions de cet âge sont-elles essentiellement convergentes, harmoniques, communes ; elles peuvent parfois présenter une excessive vivacité, une allure précipitée ; rarement elles se montrent dissociées, incomplètes, ataxiques. Par cela les réactions de l’enfance et de l’adolescence sont promptes à s’éveiller, faciles à provoquer ; elles répondent sans peine aux sollicitations thérapeutiques. 11 faut que l’affection frappe aux sources mêmes d’une vie débilitée pour que toutes les forces réactives de ces jeunes organismes ne s’élèvent aussitôt contre elle, ardentes à ramener la vie commune à son libre exercice.
Chez le vieillard, au contraire, dont la fin vitale se poursuit en d’autres vies qui continuent et développent la sienne, dont l’activité nutritive, devenue sans but, s’affaiblit, dont l’unité
vitale est moins parfaite et s’approche de la dissociation, les réactions médicatrices sont lentes à se produire et débiles. Nullement générales et synergiques, elles semblent se décomposer en mouvements partiels, s’appuyer sur des organes ou appareils étrangers les uns aux autres ; suivant en cela le mode vital propre à la vieillesse dont les vies organiques particulières, bien moins enchaînées à la vie une et commune, tendent à l’isolement. Aussi les causes morbifiques poursuivent-elles, au sein des organes, une œuvre de destruction silencieuse, sans que la vie réagisse, sans que la fonction vitale commune s’affecte dans le tout vivant. L’économie inerte résiste aux sollicitations ; la ruine des fonctions particulières s'accomplit isolément, et la vie générale s’éteint tout & coup par la mort obscure d’un appareil ou d’un organe essentiel.
Des considérations analogues font comprendre pourquoi les réactions sont plus faciles et durables, et la force médicatrice plus puissante chez les sujels-d’une taille et d’un embonpoint médiocres. Les synergies delà vie commune ne s’épuisent pas chez eux en efforts nutritifs dépassant la mesure, et quand elles ont à réagir, elles se soulèvent aisément et supportent, sans fléchir, le surcroît d’action qui leur est imposé. 11 en est autrement lorsque, par un développement extrême, la matière organique réclame une immense élaboration, et fatigue sans relâche l’unité vitale qui la gouverne. Celle-ci succombe dès que la lâche augmente, dés qu’il faut agir d’une manière vive et persistante contre les causes morbifiques. La force vitale ne s’est pas accrue avec le substratum ; l’équilibre, qui déjà se maintenait avec peine entre les deux, se perd quand il exige de nouveaux efforts. La nature médicatrice s’use à mettre en un branle plus actif toute la masse organique ; elle s'affaisse sous le poids de ce travail; les mouvements vitaux languissent, les humeurs stagnent, les tissus s’engorgent, les fibres se stupéfient, les fondions s’alourdissent et s’embarrassent, les synergies se dissocient, toute surexcitation demeure impuissante,
l'immobilité et la mort s’emparent enfin de ces corps à dimensions eiagérées et dont le volume opprimait la vie.
Les rapports qui fondent en une intime et nécessaire union la force vitale commune et les réactions médicatrices se révèlent, en clinique, sous des manifestations plus étendues encore et plus variées. Chaque être, en effet, vit à sa manière, a son mode spécial de sensibilité et d’activité nutritive. L’âge, le tempérament, le sexe, la saison, les habitudes de vivre, modifient profondément la vie d'assimilation, lui créent des préférences, des nécessités particulières, passagères ou durables. Les synergies qui concourent à l’œuvre vitale commune n’ont pas, chez tous les individus, une harmonie uniforme ; elles varient de l’un à l’autre, et impriment ainsi à chacun un caractère propre. La force médicatrice doit se soumettre à ces conditions d’harmonie, à ces convenances avec la vie de l’individu. Si, entraîné par des influences fâcheuses, le mode réactif s’établit en dissonance avec la nature particulière de l’être, il soulèvera autour de lui des difficultés inattendues, et échouera devant elles. Il est essentiel que l’organisme réponde aux causes affectives en obéissant aux exigences de sa nature primitive ou acquise, et que la réaction qui s’élève contre l’afl'ection rappelle par son allure la vie commune sur laquelle elle s’appuie. De la sorte seulement elle sera régulièrement médicatrice, évoluera sans troubles, parcourra ses périodes, ne déviera ni ne faiblira avant d’avoir accompli son œuvre. Hippocrate exprimait ces faits dans l’aphorisme suivant : « Dans les maladies, ceux qui ont une affection en rapport avec leur nature, leur complexion, leur âge et la saison, courent moins de dangers que ceux chez qui aucun rapport de ce genre ne se rencontre. » Le clinicien doit être familier avec ces vérités ; elles lui feront éviter bien des erreurs. Tel symptôme, tel mode de réaction, tel ensemble synergique est bon ou mauvais suivant l’âge, le tempérament, la saison. 11 faut d’après la vie qui se défend apprécier la défense, et, si on le peut, la con-
(luire en conséquence. Il est peu de règles invariables ; il faut parfois ne s’alarmer de certaines choses et n’èlre rassuré contre elles que d’après l'individu qui les offre. Le jugement pronostique peut être sévère ou favorable sur les mêmes signes, lorsque la personne est différente. 11 faut démêler le mode de sentir de chaque malade pour juger sainement du mal que l'on observe et des indications qu’il présente.