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Tel est en effet l’esprit, et voici d’ailleurs le sommaire de l’enseignement de Chomel sur la doctrine des crises. L’éminent

professeur énumère d’abord les divers phénomènes critiques, puis, se demandant si ces phénomènes sont fréquents ou rares dans les maladies, il avance que dans l’immense majorité des cas il a vu les maladies aiguës guérir sans qu’aucun phrno mène remarquable en ait signalé la solution.

La valeur de cette assertion repose tout entière sur les termes, phénomène remarquable. Ces mots, pour Chomel, signifient quelque chose d’insolite, d’exceptionnel, t Une moiteur douce, dit-il, une urine plus abondante ou plus chargée, quelques évacuations alvines ne peuvent pas êtFe, à notre sens, considérées comme des phénomènes critiques. Nous ne les regardons comme tels que dans les cas où ils appellent l'attention par quelque chose d’insolite dans leur nature ou dans leur intensité, par quelque chose qui les distingue des symptômes ordinaires de ces maladies. Or, ce n’est que dans des cas exceptionnels que de tels phénomènes se sont offerts à notre observation, et le plus souvent, au contraire, quel qu’ait été le traitement, les maladies nous ont paru se juger, en mal comme en bien, sans phénomènes critiques de quelque importance. »

Pourquoi ces distinctions et qui les autorise? Pourquoi n’admettre comme critiques que les phénomènes insolites? Le gens des mots phénomènes critiques n’est-il pqs soumis au sens du mot crise ? Or, Chomel reconnaît lui-même que crise veut simplement dire jugement : ce qui juge est donc critique. Pourquoi dévier de ce sens primitif et ne voir de crise que là où se manifeste un appareil extraordinaire, de symptômes? C’est aller directement contre les lois élémentaires de la nature vivante. Pour juger les maladies, pour en accomplir la solution régulière et normale, la vie n’a habituellement nul besoin de soulever un ensemble d’actes irréguliers, anomaux quant à leur intensité et quant à leurs caractères divers. En général, l’ordinaire lui suffît. Elle ne prépare l’insolite que sous des’ impressions ou sous des empêchements particuliers et contre nature. Pourquoi, dès lors, ne regarder comme critique que

ce qui l’est exceptionnellement et même le moins sûrement; et pourquoi ne pas considérer comme critiques les phénomènes qui le sont d’habitude, ceux par lesquels s’annonce et s’opère la solution? Ces distinctions arbitraires proviennent d’un manque absolu de doctrine. Les principes faisant défaut, on s’attache aux apparences phénoménales ; on veut trouver dans celles-ci des caractères tranchés qui autorisent le jugement sur le fond, et motiver, sur la sensation, des séparations qui demeurent étrangères aux réalités des choses.

Quant à savoir si les phénomènes critiques sont cause ou effet du rétablissement, Chomel reste dans le doute ou accepte, selon les cas, l'une ou l’autre opinion. « En examinant avee impartialité, dit-il, toutes les circonstances favorables à chacune de ces deux opinions opposées, on voit combien il est difficile, quand on ne se décide pas légèrement d’adopter l’une et de rejeter l’autre.... L’insuffisance de chacune de ces théories conduira peut-être à les concilier, bien qu’elles soient opposées l’une à l’autre. Si l’on examine combien la nature est variée dans ses moyens, et combien il est rare qu’elle s'astreigne à une marche parfaitement uniforme, on sera conduit à penser que les mêmes phénomènes pourraient être tantôt l’ciret et tantôt la cause du rétablissement des fonctions. Il n'est même pas impossible que ces phénomènes qui surviennent au déclin des maladies n’aient encore avec ceux qui les précèdent et les suivent d’autres rapports qui nous échappent. Nous devons nous garder de tirer prématurément des conclusions générales, comme aussi d’assigner des bornes à la puissance de la nature. »

La pathologie générale de Chomel a le plus souvent servi de modèle aux autres auteurs, et ceux-ci acceptent fidèlement les doutes du maître, c Pour nous résumer, disent MM. Hardy et Béhier, nous pensons donc que la valeur des phénomènes critiques, considérés comme la cause de l’amélioration dans les maladies, ne nous paraît pas toujours bien établie; dans

quelques cas, ils paraissent véritablement précéder le mieux ; dans d’autres, ils paraissent n’en être qu’une conséquence; dans l’état actuel de la science, le doute seul nous paraît permis sur cette grande question. »

Les phénomènes critiques sont donc tantôt cause et tantôt effet. Des phénomènes cause, voilà toujours où le sensualisme amène le langage et la philosophie de notre science ! Quant à dépasser le phénomène et à demander aux forces vivantes, à la vie, la raison du phénomène, la cause et à la fois l’effet, l’organicisme n’y saurait penser. Cette tentative lui semblerait en dehors du bon sens et d’une science exacte et positive. 11 faut être sage avant tout, et éviter les hypothèses même brillantes; soit : mais la sagesse et l’horreur des hypothèses consistent-elles à poursuivre des ombres et à fuir les réalités?

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