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La crise, terme et dernier effort de la réaction médicatrice, est nécessairement en rapport direct avec cette même réaction. Ce rapport est tel que, dans l’ordre légitime, la crise représente exactement la réaction dont elle est l’aboutissant. A telle réaction, telle crise; l’une, connue, doit servir à présager l’autre, à moins que, par quelque cause incidente, le rapport naturel n’ait été troublé. Or, nous connaissons déjà les caractères des principales modalités réactives; nous pouvons en déduire le caractère des crises correspondantes.
Le type des réactions salutaires et légitimes est la réaction que nous avons appelée vitale commune ; à cette réaction répondra tout un ordre de crises que l’on pourra désigner sous le nom de crises communes. Ce sont des crises parfaites, ordonnées et prévues, par phénomènes plus ou moins sensibles, mais non insolites ni anomaux; la vie commune y concourt tout entière, et elles s’effectuent par les organes et appareils plus spécialement dévolus à cette vie.
Si les réactions s'éloignent de la force vitale commune, et prennent poursupporl la vie propre d'appareils ou d’organes spéciaux, les crises deviendront difficiles, imparfaites, à manifestations insolites, ou feront entièrement défaut. Ces caractères seront d’autant plus accusés que la réaction sera restée plus étrangère à la vie nutritive, aura moins appartenu à la vie commune, et davantage à la vie de relation. Si les réactions
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sont malignes ou ataxiques, les crises, pour être efficaces, devront déployer un appareil considérable d’action, susciter des mouvements profonds et insolites. La réaction, dans ces formes morbides, a besoin, pour devenir critique, de se transformer, de changer subitement son mode, de se porter tout entière, par exemple, sur un point, sur une région, sur un organe, et d’y opérer un travail morbide intense et nouveau; de façon que le mode, la nature primitive de la réaction soit comme déracinée violemment. Souvent les tentatives de crise pareille deviennent impuissantes ou n’atteignent pas le développement qui leur est nécessaire; la vie fléchit sans avoir pu neutraliser, par un travail suffisant, les impressions délétères qui l’ont affectée. Enfin, dans l’adynamie réelle, les crises manquent; la vie, presque dépourvue de forces radicales, se trouve incapable de soulever des mouvements décisifs, quels qu’ils soient, réactifs ou critiques; elle ne peut se ranimer qu’en recouvrant lentement les forces perdues, et revenir à l’action organique qu’en en ravivant le foyer refroidi.
Tels sont, d’une vue d’ensemble, les rapports généraux des crises et des réactions; nous allons les développer sur les points essentiels. Nous montrerons les modes divers que suivent les crises communes, les manifestations phénoménales qui leur sont propres, les appareils organiques par lesquels elles se déterminent. Cette étude nous fera saisir, une fois de plus, les dépendances mutuelles qui rattachent l’une à l’autre la vie et la maladie, l’action régulière et l’action accidentelle
Les crises qui succèdent aux réactions vitales communes reconnaissent, pour premier agent, les organesimmédialement rattachés aux opérations fondamentales de la vie nutritive, à savoir, les appareils des sécrétions essentielles, dépuratoires,
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préparées dans les dernières profondeurs de la matière vivante ; appareils à la fois centralisés et périphériques, en rapport avec la vie commune d’un côté, et de l’autre avec le monde extérieur, auquel aboutit le résultat physique de leurs fonctions. Ces grands appareils servent d’instrument aux opérations de la vie médicatrice commune, comme à celles de la vie conservatrice commune ; ils concourent, dans les crises légitimes, au rétablissement des mouvements naturels de Composition et de décomposition, comme, dans la santé» ils sont dévolus au maintien régulier de ces mêmes mouvements. Le thédtre de la vie commune demeure ainsi le même, quel que soit l’acte accidentel et morbide, ou normal et hygide, qui se rattache à cette vie. La crise elle-même n’appartient-ellc pas, en quelque sorte, à l’état physiologique de la vie sécrétoire commune? Toute fonction normale de celte vie n’a-t-elle pa$ son moment critique, son mouvement d’évacuation sensible ou insensible qui la termine? Dans la santé comme dans la maladie, les grands appareils de sécrétion et d’excrétion sont donc dévolus à un fonctionnement identique, par les lois de cette physiologie supérieure qui embrasse la vie dans son unité essentielle, dans scs imprescriptibles conditions.
Parmi ces organes, instruments et centres des crises, nous signalerons, en premier lieu, les deux grandes surfaces extérieures de l’économie, la peau et la muqueuse. Les actes qui s’opèrent en elles, ou à travers elles, ou par elles, traduisent chacun une expression capitale de la vie commune. Aussi la peau et la muqueuse sont- elles essentiellement surfaces à crises, et le médecin ne doit jamais perdre de vue les phénomènes dont elles sont le support.
Si l’on considère le mode de phénomène critique qui s’opère par ces appareils, on voit aussitôt que le mode principal est l’évacuation, et que la plus fréquente et à la fois la plus efficace est l’évacuation propre à chacun des organes par lesquels elle s’effectue. Les évacuations critiques ne sont certainement pas
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identiques avec les évacuations normales; elles ont leur exagération quant à la quantité, leurs variations quant aux cléments constituants ; mais, sauf ces différences, qui ne touchent qu’à des conditions accessoires, les évacuations opérées par ces organes à l’état hygide, ou dans la crise des maladies, sont de pareille nature; nouveau rapprochement entre les actes normaux ou anomaux de la vie commune ; non-seulement ils s’accomplissent par les mêmes appareils, mais le fonctionnement de ces appareils et le produit qui en résulte sont le [dus souvent de même type dans les deux cas. La suite de celte étude confirmera ces faits, et les fera valoir par les exceptions mêmes que présentent les crises.
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Parmi les muqueuses, celle sur laquelle affluent de préférence les décharges critiques est la muqueuse gastro-intestinale. Cette vaste surface, instrument et réceptacle d’exhalations variées et continues, n’offre qu’une sensibilité animale peu saillante ; son rôle n’est pas de sentir; elle est toute consacrée aux œuvres obscures de la vie nutritive, à la génération sans cesse renouvelée des forces vitales communes, et entretient d’intimes rapports avec les viscères et appareils glandulaires directement attachés à l’active composition et décomposition de tous les tissus vivants. On conçoit combien la force médicatrice trouve là un milieu favorable à l’action critique.
Les évacuations critiques sur celte muqueuse sont, par excellence, les évacuations alvines; elles entraînent toutes les sécrétions anomales ou exagérées qui s’opèrent sur l’étendue entière du tube digestif. Aussi l’aspect, l’abondance, la fréquence de ces déjections ont, au point de vue pronostique et critique, une importance qui a frappé tous les médecins depuis Hippocrate. Pour être réellement critiques, les déjections
alvincs doivent èlre molles, lices, rousses ou jaunes, non très félidés, offrir un changement sur ce cj u’elles étaient, présenter des matières plus cuites, plus homogènes et épaisses. Ce sont les remarques hippocratiques : « Les selles doivent s’épaissir vers la crise. » Non contents de déterminer les caractères particuliers de l’évacuation alvir.e critique, les médecins observateurs ont aussi déterminé avec soin les signes qui la présageaient. Celte crise se prépare et s’annonce par une certaine tension abdominale , par l'empâtement des hypochondres et des fosses iliaques, par des borborygmes, souvent par un peu de fétidité de l’haleine, par une abondance de salive, par d’incqrtaincs nausées, par le défaut de soif cl d’appétit, et, suivant Eordeu, par un pouls inégal, intermittent, irrégulier dans la force des battements: signe suspect, ou du moins présenté comme trop absolu par le brillant auteur des Recherches sur les crises. 11 n’est pas nécessaire, pour qu’il y ait crise, que l’appareil des symptômes soit ici très développé, et que les évacuations soient répétées et copieuses. La force médicatrice prépare les solutions sans précipitation, et les termine, le plus souvent, par une suite d’actes silencieux et peu apparents.
L’évacuation alvine est toujours un composé, un fait complexe. Toutes les sécrétions qui s'effectuent sur la surface entière de la muqueuse y concourent, et ce ne sont pas seulement les glandes, partie intégrante de la muqueuse, qui coopèrent à ce composé, mais encore les glandes afférentes plus ou moins éloignées. Ainsi le foie y prend une part essentielle. Or, tous ces éléments divers de l’évacuation alvine •doivent s’y réunir dans des proportions régulières, pour que celle-ci soit facilement et franchement critique. 11 y a, si l’on peut s’exprimer ainsi, une évacuation alvine commune; c’est celle dont nous venons de donner la brève description. Mais le flux alvin se présente parfois sous d’autres apparences;
telle sécrétion peut y contribuer pour une part exagérée. La
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sécrétion biliaire, par exemple, peut être prépondérante, ou les sécrétions séreuses former exclusivement l’évacuation. 11 y a là l’indice de l’action dominante d’un organe dans la crise, et cette action, qui témoigne d’un défaut de consensus, d’un trouble dans les synergies communes, rendra la crise incertaine et difficile. Aussi les diacrises exclusivement bilieuses sont-elles rarement critiques; elles n’apparaissent telles que dans des conditions exceptionnelles de tempérament, de constitution saisonnière ou autres. La présence de ces conditions imprimant à la réaction commune des modifications spéciales, enchaîne la crise bilieuse à ces modifications, cl la rend harmonique et efficace. Les diacrises séreuses sont plus rarement critiques; elles proviennent d’actes plus dissocies encore, et traduisent des efforts moins synergiques que les précédents et moins empreints de la vie commune.
Les crises gastro-intestinales ne s’opèrent pas toutes par les voies inférieures. Il en est qui, au lieu de suivre la marche naturelle à travers le tube digestif, et d’aboutir à l’extérieur par une succession de mouvements paisibles et coordonnés, se concentrent sur une seule région de l’appareil digestif, et provoquent une évacuation insolite et contre nature. Tels sont les vomissements et même les ptyalismes critiques. Ces crises ne succèdent pas à ces consensus organiques, qui font de l’évacuation alvine la résultante composée de sécrétions variées; elles se limitent à l’exagération d’une sécrétion spéciale et forment un acte isolé. Aussi, quoique ces évacuations particulières puissent prendre parfois une importance inaccoutumée dans la crise, très rarement elles la constituent à elles seides. Le plus souvent, au contraire, elles ne sont critiques qu’en tant qu’elles s’associent aux autres opérations critiques communes, que nous examinerons bientôt. La physionomie que ces phénomènes impriment à la crise ne la sépare donc pas absolument des crises communes; cependant cette concentration do l’action critique sur les voies supérieures, moins
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dévolues que les autres à la vie commune, voies de préparation plutôt que d’accomplissement fonctionnel, témoigne d’anomalies dans la réaction. Ces déterminations insolites se rattachent nécessairement à des déviations de la réaction commune. On peut appeler ces crises, crises communes irrégulières, et ce qui est essentiel à noter, elles sont mal assurées, et souvent avortent.