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CXCIX

La peau, suite et complément du tégument interne ou muqueux, comme lui essentielle à la vie commune, comme lui aussi, va nous offrir son évacuation critique. La peau, en physiologie, n’est pas seulement une surface de protection, elle est un organe fondamental, et dont les fonctions se relient directement aux actes élémentaires de la nutrition, aux mouvements généraux de composition et de décomposition organiques. La peau ne pouvait donc rester étrangère aux crises communes. A ces nécessités viennent répondre les sueurs critiques. Si l’on réfléchit à l’étendue de la surface cutanée, à sa richesse en glandes, en vaisseaux et en nerfs; à sa situation périphérique, à l'expansion naturelle des mouvements de réaction, à leur rayonnement centrifuge, on concevra sans peine que les efforts critiques communs s’y concentrent puissamment. Aussi la diaphorèse semble - 1 - elle être la crise propre de toutes les maladies, ou du moins concourir largement à la plupart des crises. Frappés de celle vue, quelques systématiques, van Hclmont en tète, ont proclamé les sueurs, crise nécessaire et universelle. Négligeant les autres modes de solution naturelle, et poussant violemment et uniquement à celle-là, ces médecins se firent une thérapeutique étroite, n’admirent que des sudorifiques, et vantèrent exclusivement les médicaments et le régime chauds. Celte ardeur de remèdes entravait les mouvements critiques qu’elle voulait provoquei .

Tourmentant la nature par une excitation continue, ces fougueux praticiens l’empêchaient d’atteindre au calme si favorable aux crises efficaces, à l’apaisement général au milieu duquel elle aime h déterminer des sueurs douces, continues, réellement critiques. Les médecins plus sainement inspirés par la nature enseignèrent, contre ces systématiques, qu’on ne doit pas la violenter, mais obtenir son consentement et lui laisser choisir ses voies particulières, alors que les causes affectives ne l’entraînent pas en des voies funestes. Ils étudièrent la crise spontanée par les sueurs, reconnurent la part considérable qui lui revient, mais ne prétendirent pas réaliser la crise de vive force, ni ne méconnurent la part des autres actes critiques. Une vue incomplète de la nature avait enfante l’erreur et produit le mal ; une vue complète rétablit la vérité et ramena l’art dans les voies salutaires.

La crise par les sueurs a ses symptômes précurseurs, la coclion des urines, la chaleur douce de la peau, l’étal du pouls surtout. Glass a tracé de cette imminence critique un tableau que nous reproduisons comme un modèle de description clinique : « Præler coctionis notas in urinis, alia signa * criticos sudores præcedunt. Calor utique, sed non urens, » externum corporis habitum, exlreinosque pervadit arlus; » cutis prius aslricta mollescit; tendines circa carpum minus » rigidi sunt ad taclum, linguaque humescere incipit; sed » minime fallax cl proprium crilici sudoris imminentis judi- > cium, est pulsus plenus, mollis etvalens; is cum humores » aplos esse ad subeundos poros, tum poros bene dispositos » esse ad transmittendos humores ostendit. >

§ ce.

La peau et la muqueuse concourent aux solutions communes, surtout par les innombrables glandes qui entrent dans leur contexture, ou dont elles sont l’aboutissant. Pour le cli-

nicien, les téguments internes ou externes sont de vastes appareils sécréteurs en travail d'exhalation continue, plus ou moins ouverts aux flux anomaux, aux évacuations critiques. Cet ensemble exhalant a un important complément dans les glandes rénales. Entre tous ces organes sécréteurs, reins, peau et muqueuse, existent d’incessantes relations, dans la santé comme dans la maladie; ils se suppléent, convergent au même but, s’unissent en une même fonction. Parmi les sécrétions dépuraloircs, celle de l’urine n’est pas la moindre, à tous les points de vue ; elle est toujours en actiyité, en rapport intime avec l’état des humeurs, se prépare dans la masse entière des molécules organiques, s’effectue dans des glandes volumineuses, et à travers lesquelles passe incessamment une portion considérable du sang. Tout ce qui tient à la vie nutritive, à l’assimilation comme à la désassimilation, retentit sur elle. Faut-il s’étonner qu’elle soit une voie toujours ouverte aux mouvements critiques, et que, tout autant que les aulres sécrétions, elle concoure aux crises communes, alors même que ces crises paraissent s’effectuer par d’autres agents ?

On sait combien Hippocrate s’appliquait à l’examen des urines et y recherchait les moindres signes de coction et de crise. On ne saurait trop admirer la sûreté avec laquelle ce grand homme avait discerné les moyens ordinaires des crises dans la plupart des maladies, et caractérise les évacuations critiques majeures. Son incomparable génie d’observation n’a pas seulement émis l’idée doctrinale des crises, et fondé le dogme; il en a exposé les réalisations cliniques essentielles, à ce point qu’il est resté le guide des médecins dans ces recherches suprêmes de la science et de l’art.

Les urines critiques sont un peu plus abondantes et plus fréquemment excrétées que d’ordinaire; elles présentent, en se refroidissant, un énéorème apparent, flottant dans la masse liquide, ou un sédiment blanc, uni et homogène, ou une teinte

tirant sur le rouge avec un dépôt de même couleur et uni. Telles sont les urines critiques et favorables ; elles s’annoncent par de la pesanteur dans les lombes, une certaine tension dans les hypochnndres, une sensation de chaleur et de fourmillement sur le trajet des voies urinaires, incommode et parfois douloureuse vers le périnée.

Les urines critiques interviennent, avons-nous dit, dans la plupart des crises communes. Toutefois burine peut, à la solution de la maladie, n'offrir aucun des signes physiques de coction et de crise, rester limpide et même devenir plus claire qu’auparavant, sans que cela implique nécessairement, que la crise qui s’effectue par d’autres voies sera insuffisante et n’atteindra pas son but. C’est avec ces réserves qu’il faut lire et comprendre tout ce que Hippocrate a amassé d’observations sur les urines, en particulier dans le livre du Pronostic, § xii, et dans les Prénotions conques, section 7, § xxxtv. Tous les préceptes contenus dans ces livres, au sujet des urines, ne sont pas également faciles à vérifier; ils offrent certainement des distinctions subtiles, trop généralisées, ou dont le sens échappe aujourd’hui. Cependant, pour ce qui concerne spécialement les caractères critiques des urines, les sentences hippocratiques renferment bien des vérités pratiques, et une observation attentive arriverait sans doute à en confirmer le plus grand nombre. Les plus singulières en apparence ne sont souvent pas les moins fondées. Nous nous bornerons à citer, à ce sujet, le fait suivant consigné par Cliomel dans une note de sa Pathologie générale : c Hippocrate assure que quand l’urine reste transparente et crue pendant longtemps, et que les autres signes sont favorables, on doit s’attendre à la formation d’un abcès dans les parties situées au-dessous du diaphragme. (Prœnot. n" 78, Foës.) L’observation de Pithion, rapportée par Hippocrate dans le troisième livre des Epidémies, n’est pas la seule qui conlirme cette assertion, tout extraordinaire qu’elle peut paraître. Tissoten a rapporté une autre dans sa description

de la fièvre bilieuse de Lausanne, et nous avons vu nous-même un fait semblable chez un malade de l’hôpital de la Charité. 11 était atteint d’une péripneumonie, au déclin de laquelle l’urine resta constamment transparente, lorsque déjà tous les symptômes avaient complètement disparu; il paraissait entrer en convalescence lorsqu’il survint, le dix-septième jour, une douleur vive dans la jambe gauche. Le dix-neuvième jour, la douleur était pulsativc, et il s’y était joint un gonflement et une dureté remarquables. Les jours suivants, la douleur et le gonflement augmentèrent et s’étendirent à la cuisse; mais vers le cinquième jour, l’urine, qui était restée jusqu’alors transparente, devint trouble et jumenteuse, et l’inflammation, qui semblait devoir amener la suppuration, se termina promptement par résolution. » Cette observation montre à la fois, et la difficulté d’une solution naturelle, d’une crise commune, lorsque l’urine n’y participe pas, et la solution d'actes morbides secondaires et insolites, par les voies critiques communes, par l’apparition des caractères critiques dans l’urine.

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