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Observer et suivre les crises ! Y a-t-il bien là un art et un but réels, ou ne sont-ce que des illusions de l’esprit, perpétuées à travers vingt siècles, et acceptées tour à tour par un respect aveugle pour le génie auquel elles remontent, ou par une ignorance incapable de rien contrôler, ni de rien contester. Croire aux crises serait-il une sorte de fétichisme médical, suivant l’expression appliquée récemment par un académicien chimiatre à toutes les croyances vitalistes? Notre réponse précède. Pourquoi, cependant, l’observation passe-t-elle aujourd’hui à côté de ces faits sans les comprendre, et même sans les voir? Pourquoi la médecine moderne demeure-t-elle étrangère à l’art d’observer les crises, elle si dévouée à l’étude minutieuse des phénomènes? 11 y a là une fatalité d’inadvertance, que plusieurs raisons expliquent; deux, surtout, auxquelles se subordonnent les autres.
La première raison est la tendance thérapeutique générale qui entraîne souvent les plus sages ; la tendance à la médecine active dans les maladies aiguës. Le Chiracisme, comme dirait Bordeu, règne en maître parmi nous. Le principe du Chiracisme a toujours reposé sur une prétendue connaissance des causes dites évidentes, et de leur mécanisme rationnel dans les ma-
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ladies, et sur l'intervention rationnelle encore du médecin contre les causes efficientes du dérangement organique. Dans la pratique, ce principe s’est logiquement traduit en une thérapeutique toujours à l’œuvre, et jamais lassée tant que subsistent quelques symptômes manifestes du mal. Qu’a-t-on à respecter les mouvements d’une nature problématique? N’agit- 011 pas rationnellement? Le pouls est dur, vibrant, il y a de l’inflammation dans un organe, il faut saigner; ce fébricitant a passé deux jours sans déjections, qu’il soit purgé. Si l’on n’ouvre plus les vaisseaux, si l’on ne vide plus la grande muqueuse, on attaque la peau avec les épispastiques ; aussitôt après, et souvent en même temps, on soumet l’économie à une médication altérante continue; si on ne la déprime, on réchauffe : la matière médicale est riche, on y puise sans relâche, un jour un remède, le lendemain un ou plusieurs autres. Mais laisser du repos à la vie réagissante, étudier et caresser ses tendances, lui permettre de se recueillir, de préparer ses voies, et d’aboutir librement à ses fins, on n’en conçoit pas même la pensée. Le médecin organicien n’observe pas la nature, mais le mal des organes, qu’il faut réduire ou étouffer. Or, sous cette intervention incessante, sous l’action de ces évacuations constamment provoquées et répétées à outrance, comment la force médicatrice manifesterait-elle ses crises propres ; ou comment discerner celles-ci des effets directs de la thérapeutique?
Cette force pourtant opère : souvent elle conduit à la guérison les malades tourmentés de remèdes, comme ceux qu’un médecin éclairé sait lui abandonner. Elle donne, par exemple, son consentement à l’évacuation provoquée, et la transforme en crise. En ces occurrences, le médecin agissant ne voit que l’agent administré par lui et ses effets ; pourquoi invoqueraitil un prétendu consentement, une crise? La guérison est amenée par la puissance de son art; rien ne lui semble mieux démontré. Ou, encore, la force médicatrice aidée parle régime altérant, échauffant, rafraîchissant, parles dérivations tentées,
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ou malgré ce régime et les dérivations, conduit à la période de déclin et à la crise, mais à une crise douce, commune, sans phénomènes insolites. Pourquoi ces phénomènes seraientils d’un autre rang que tous ceux qui ont précédé? Quel aspect inaccoutumé les distingue des autres? Imaginer, avec les vitalistes, que la nature trouve dans ces actes vulgaires un moyen décisif de solution, qu’elle y tend à travers les remèdes, que ceux-ci n’opèrent paslaguérisonpar leur propre action, n’est-ce pas substituer une vue de l’esprit aux faits sensibles, c’est-àdire, à l’administration des médicaments, et au rétablissement qui la suit? Moins on interprète, moins on met d’intermédiaires entre les faits palpables, plus on pense être dans le vrai, ou du moins éviter l’erreur.
Par suite, on ne met rien entre la guérison et le remède. Sofa remédia sanant , disent tous les systématiques. Que pouvait devenir l’observation des crises entre tous ces préjugés de l’observation sensualisle?