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Les médecins qui considèrent la vie comme un résultat de la bonne composition des organes, comme le simple produit du mouvement primitivement imprimé à la machine par le constructeur suprême, ne sauraient admettre d'autre modification apportée à la vie, que la modification apportée à la composition ou au mouvement des organes. A ces médecins s’unissent les théoriciens qui, en principe, consentent à admettre une force propre à la vie qui se forme, une force qui détermine le groupement primitif des molécules organiques, mais qui professent, en même temps, que toute étude subséquente de celle force est un leurre; que l’on ne peut voir et toucher que les organes; que ceux-ci seuls, en tant que matière et composé, sont livrés à notre observation, et surtout à nos atteintes ; que par conséquent, il n’y a de possible queles modifications directement apportées à la composition, à la structure, aux conditions physiques et chimiques des organes. Pour tous ces médecins, organiciens du premier ou du second degré, la maladie n’est que lésion ou trouble fonctionnel ; le remède ne peut agir qu’en réparant les lésions, ou qu’en s’opposant au trouble fonctionnel. Tout est d ordre physique dans la maladie, tout devient d’ordre physique en thérapeutique. L’organicisme est impuissant à concevoir un autre mode d’action du médicament. L’agent thérapeutique ne peut mettre en
jeu d’autres forces ou propriétés que celles qu’il possède, ou que celles sur lesquelles il agit. Or les unes et les autres sont de même provenance, tiennent à la même notion d'arrangement de la matière, de disposition des molécules, d’état physique, chimique, électrique des corps. L’action d’un médicament se range donc sous les lois générales de la matière. C’est dans l'observation et dans l’étude de ces lois que se doit trouver le secret de la guérison ; c’est là qu’il existe sans doute, alors même qu’on ne peut l’y découvrir. En résumé, le médicament est un agent qui par ses propriétés, par son action physique ou chimique sur l’organisme, rétablit les conditions normales des organes ou des fluides altérés, et ramène à l’exercice régulier les fondions troublées.
Dans cette conception du médicament et de son mode d’action, il n’est pas besoin d’invoquer des forces d'un ordre nouveau, et de se demander comment un agent physique peut exercer ou causer des actions d’un autre ordre, d’un ordre non physique. En faisant du médicament une cause absolue de l’action thérapeutique, on rend incompréhensible tout autre mode d’action que le mode physique. Une cause peut-elle déterminer des effets qui ne sont pas en elle, qui ne répondent pasà son essence propre? La question posée dans ces termes à la fois si simples et si faux, ne souflre pas le doute. L'organicisme logique a la satisfaction d’écarter toutes les apparentes obscurités des choses ; il simplifie et avec raison. Le remède, cause directe de l’action thérapeutique, agit sur l’organisme sans nul intermédiaire, et si l'effet produit n’est pas toujours visible à l’œil, palpable à la main, e’est le défaut de nos moyens d’analyse et de nos sens, les uns et les autres point assez subtils. Le remède modifie la substance organique, tout comme se modifient mutuellement deux corps mis en présence et entrant en rapport. 11 n intervient ici aucune spontanéité d’ordre supérieur. Une unité active se déterminant à tel ou tel acte, sous telle ou telle impression ; une impression affective, nui-
sible ou utile à l’être, naissant à l’occasion d’un contact entre le corps vivant et un agent inorganique; le remède descendant du rang de cause réelle à celui d’occasion, de condition offerte à l’organisme, ne causant plus, mais suscitant l’action thérapeutique ; tout cola, pour l’organicien, est en dehors de l’observation exacte et du progrès scientifique. Ce sont de vagues assertions qui ne valent pas, dit-il, une modification physique ou chimique saisie au sein des tissus ou des humeurs. D’ailleurs, ces prétendues spontanéités peuvent-elles s’élever autrement qu’à la suite d’un fait, d’une modification physique delà matière organique? Cette modification, qui est souvent saisissahle, n’est-elle pas vraiment le résultat premier et direct de l’administration du remède ? Pourquoi chercher de lointaines explications en dehors de celles que les sens fournissent immédiatement? Nous sommes sûrs de celles-ci; nous les voyons et louchons; qui nous garantit les autres? Est-il d’un esprit judicieux de s’aventurer à travers les pures conceptions, dont les plus brillantes sont quelquefois les plus vaines?