CHAPITRE IX
CONSTITUTION GÉNÉRALE DE LA NOSOLOGIE
Élude critique du nosologirme : caractères de l'espèce morbide. — Des claasifb alinns nosologiques. — De la nomenclature médicale.
§ CCXXXY1.
Élude critique «lu noaoIOKlame i eararlèrea rie feapèee morbide.
L’homme est sujet à des maladies variées dans leurs symptômes, dans leur marche, dans leur terminaison. Pour débrouiller l’immense chaos de ces manifestations, et pour instituer l’ordre pathologique, deux moyens s’offraient, qui, loin d’être distincts, devaient au contraire se développer l’un par l’autre et se confondre en une œuvre commune. L’un consistait à étudier la vie et ses lois élémentaires, les conditions essentielles de ses opérations, les caractères généraux des maladies, le but auquel tend de soi la nature réagissante, les signes pronostiques qui indiquent le sens réel et les tendances dernières des actes pathologiques. C’est la manière hippocratique ; elle ne sait pas encercle nom ni l’espèce de la maladie, mais elle suit et juge le mouvement morbide à la lumière des lois régulatrices de la vie.
Ces efforts d’une synthèse bornée à une vue première des choses et d’une analyse pauvre en ressources propres, ne pouvaient suffire aux développements prolongés de la science. A mesure que l’observation caractérisait mieux les faits particuliers et déterminait plus exactement leur phénoménologie spéciale, on chercha à préciser leur concours, à marquer leur physionomie, à saisir entre eux les similitudes et les difl'é-
CONSTITUTION GKNÉHAI.E DE LA NOSOLOGIE. 635 ronces ; et d’après ces comparaisons on groupa peu à peu les faits analogues, on réunit de plus près les semblables ; en un mot, on constitua les genres et les espèces morbides.
Ce travail, d’une analyse avancée, pour demeurer légitime et utile à la science, devait rester soumis à la synthèse et la développer sur l’ensemble des phénomènes morbides. 11 constituait ainsi la science des maladies d’après les notions fondamentales qui les régissent, et en même temps dépassant les rapports généraux des faits pathologiques, il distinguait les maladies les unes des autres, les définissait dans leur nature particulière, les rapportait aux conditions extérieures qui les provoquent, et permettait d’apprécier l’enchaînement des symptômes par lesquels elles se traduisent.
La vérité et l’harmonie n’ont pas toujours servi de lien entre ces deux éléments de la connaissance des maladies. Les notions doctrinales qui faisaient juger une évolution morbide en elle-même, en dehors de la place spéciale que lui valait sa symptomatologie, et qui montraient surtout en cette évolution une réalisation particulière des lois essentielles de la nature vivante, ces notions se sont bientôt dénaturées. Dès lors elles ont altéré la connaissance de l’espèce ; l’histoire des maladies a perdu sa saine simplicité ; on l’a pliée de force aux idées préconçues. Toutefois le tableau des espèces morbides n’a pas été renouvelé dans son entier par ces révolutions dans les régions supérieures de la science. Les espèces les plus nettement accentuées, ou celles qui s’accommodaient le mieux au système professé, demeuraient. Celles-là mêmes, cependant, soumises à de fausses interprétations physiologiques, s’obscurcissaient à l’observation ; les autres espèces, moins saillantes dansleurapparencc symptomatique, étaient tour à tour admises ou rejetées suivant le système régnant ; d’autres étaient imaginées de toutes pièces; les fictions remplaçaient les réalités, et le nombre des maladies variait avec les préjugés qui en dominaient l’histoire.
D’un côté, l'affaiblissement de la médecine primordiale et synthétique, et de l’autre la confusion introduite dans les caractères et le nombre des maladies, l’arbitraire trop souvent substitué à l’enseignement de la nature, rendirent l’histoire des maladies pleine de confusions et d’incertitudes; on ne s’entendait ni sur le genre, ni sur l’espèce, ni sur le nom à leur donner. Les générations médicales passaient d’un système nosologique à l'autre avec une facilité et un entraînement qui peu à peu enveloppèrent dans un discrédit profond une science aussi mobile et un art aussi incertain. Cette anarchie devait enfanter un énergique désir d’ordre et de certitude. Quelques médecins, témoins do ces affligeants désordres, se reportèrent avec ardeur vers l’observation, et ramenés à la nature, y trouvèrent un remède aux excès de l’esprit de système. Ces salutaires exemples ne portèrent pas tous leurs fruits. Les erreurs se reproduisirent dans le champ nosologique avec une infatigable fécondité. A mesure que croissaient les connaissances analytiques, croissaient aussi les interprétations divergentes, les vues confuses, les classifications imaginaires. Le mal atteignit au comble et la nuit parut plus ténébreuse qu’aux premières lueurs de la science, alors que la synthèse éclairait seule les faits pathologiques.