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! Broussais donc, en flattant un juste sentiment médical, trompa les médecins sur l’œuvre qu’il poursuivait, et imposa, par une sorte de surprise et d’entrainement, un vaste système d’erreurs qui engloutissait toute science et tout art. Ce système fut à son tour promptement discrédité, et, avec lui, l’idée vraie sous le drapeau de laquelle il s’était produit. L’emploi d’une fausse physiologie dans la conception et dans l’histoire des maladies ruina l’intervention de toute physiologie dans la pathologie ; et cela d’autant mieux que Broussais avait décoré le règne de l’irritation du nom de médecine physiologique. Plus de physiologie, l’observation pure des maladies sans idée préconçue devint le cri universel. On releva ainsi le nosologisme que Broussais avait renversé. Avant de s’engager décidément dans les voies rouvertes, on épuisa, il est vrai, les théories organiciennes, le mécanicisme cl l’ialrochimisme ; on chercha dans les organes, à la manière de Broussais, les causes matérielles des maladies, comme dans l’organisation on s'efforçait de trouver la cause de la vie. Ces prétentions, triomphantes pendant un certain temps, échouèrent bientôt. Les médecins demandèrent une science plus sérieusement assise ; pour répudier les hypothèses, celles du physiologisme comme celles de l’organicisme, ils se tournèrent d’instinct vers un nosologismc nouveau.
Ce nosologismc, d’ailleurs, s’éloignait moins que ceux de Sauvages el de Pinel des réalités de la maladie. Les travaux modernes d’anatomie pathologique l’attachaient à la matière organique ; il constituait une réaction contre les lictions étroites de l’organicisme plutôt qu’il n’était une affirmation décidée ; il n était donc pas entièrement rebelle aux progrès
CONSTITUTION UKNÊKALE DE LA NOSOLOGIE. «50
d'une saine médecine. Conlenu dans de sages limites, ne posant pas dans la distribution des espèces le but absolu de la science, n’imaginant pas l'espèce comme une entité fixe et d’une nature immuable, il ne refoulait pas tout sens médical pratique. Sans doute ces tendances nosologistes ne valaient pas un retour aux pures doctrines, aux notions fécondes qui embrassent la vie et la maladie, aux lois essentielles de toutes les modalités de l’être vivant ; elles n’empêchaient pourtant pas une vue intuitive, un vague instinct de ces notions et de ces lois de sc faire jour. Mais notre science est destinée à souffrir éternellement du même mal ; l’idée erronée y trouve toujours des défenseurs entreprenants et qui la poussent jusqu’au bout ; l’idée simple et vraie y demeure seule modeste. L’idée nosologique, en reparaissant parmi nous, fut épousée et conduite à ses extrêmes conséquences par un médecin systématique, M. le docteur Tessier.
Ce médecin a paru ambitionner le rôle d’un chef d’école ; il s’est e (forcé de rajeunir le nosologisme et de lui donner une expression dogmatique et solennelle. Procédant par affirmations tranchantes, il a cherché à constituer un prétendu corps de doctrine et à y soumettre la médecine entière. Nous ne voulons pas exagérer l'influence que ces efforts ont obtenue ; ils ont cependant dépassé quelque peu le cercle restreint où ils sont applaudis et font loi. Traduisant le nosologisme en apparente doctrine et répondant ainsi au besoin do philosophie ressenti par les médecins, les formules de M. Tessier ont séduit quelques esprits. Nous les avons retrouvées ouvertement émises çà et là, et elles inspirent obscurément bien des travaux nosographiques. Nous croyons donc utile de les soumettre à un rapide examen, et de prémunir contre elles les médecins qui inclineraient à d’aussi faciles et décevantes conceptions,