‹ Principes de pathologie généraleChapitre 176 sur 180 · CCXLVII · texte numérisé non relu

CCXLVII

Eu science, on classe les choses suivant les principes d'après lesquels on les conçoit et connaît. La science organicienne, lidèle à celle loi, a cherché à classer les espèces nosologiques d’après les symptômes et les lésions; et comme l’occasion morbide éclaire parfois les symptômes et les lésions, et les spécialise, les çlassil ica leurs ont accepté comme élément parfois

utile de classification le fait de l’occasion, déclarée par eux cause même de la maladie. C'est ainsi qu’on a édifié les classifications dites mixtes , par opposition aux classifications exclusives. Les exclusives sont celles qui se fondent sur un seul élément, sur les symptômes, comme celle de Sauvages; sur l’analomo-palliologie, comme le veulent plusieurs médecins organiciens; sur l’étiologie, laquelle, mettant la cause dans l’occasion, ne pouvait produire qu’une classification incomplète, puisque le nombre des cas où l’on connaît l’occasion est très restreint. En admettant tour à tour ces divers éléments de classification, on pense concilier toutes les exigences, prendre à chaque système sa part de vrai, et constituer ainsi une classification large et philosophique. C’est la pensée éclectique appliquée à l’œuvre qui semble le mieux lui convenir, puisqu’elle embrasse l’universalité des faits de la science. En outre, comme les maladies interprétées dans le sens organicien ne sont pas d’un autre ordre que les lésions chirurgicales, les classifications nosologiques ont prétendu englober toutes les maladies, celles de cause interne et celles de cause externe ou mécanique, les maladies spontanées et les violences ou accidents produits par l’action des corps, extérieurs. Les difformités mêmes étant des lésions ont dû rentrer dans les classifications complètes. Rien de ce qui altère la forme ou la texture de l’organisme ne devait se dérober à l’œuvre de classement.

Si l’on veut bien regarder aux principes constituants de ces classifications mixtes, éclectiques, complètes, on verra qu’ils se rapportent tous aux caractères extérieurs de la maladie, mais nullement à la maladie elle-même considérée dans sa nature, c’est-à-dire dans sa cause prochaine et réelle. Or, imagine-t-on pouvoir classer les maladies sans tenir compte de ce qu’elles sont, et seulement d’après ce qu’elles paraissent? Les maladies ne sont pas des objets matériels, saisissables et immobiles, constants dans leur forme extérieure, dans leurs qualités sen-

COHbTilUTION UKNKUALK llK I A XUSOUrUIE. tiitl sibles. La maladie est une évolution, un ensemble d'actes successifs, une unité active et créatrice. Comment juger des actes , des déterminations spontanées d'un être sentant et réagissant, autrement que par la cause qui les suscite et les régit? Qui fournit le caractère d’un acte? Est-ce la manifestation extérieure, ou l’instrument par lequel s’accomplit celte manifestation ? Non, car des actes opposés se peuvent masquer sous les mêmes manifestations, emprunter les mêmes instruments. Tout réside dans l'être qui agit, dans l’idée, dans l’impression, dans l'aiïecliori qui le pousse et le décide à l’acte.

Ces vérités sont tellement évidentes, qu’elles ont plus ou moins apparu à tous les médecins qui se sont occupés de classifications nosologiques. Classer les espèces d’après leur nature était l’idée première qui s’offrait à l’esprit. Pourquoi u’u-t-ellc pas été suivie, et s’csl-elle convertie en classilications uniquement fondées sur les faits sensibles? La raison en est toute dans les préjugés sensualistes qui ont voilé aux médecins l’idcc vraie de nature. Les uns ne trouvant pas la nature des choses dans le monde des perceptions externes, en ont fait un mystère impénétrable, la plus fallacieuse des hypothèses, la négation de toute connaissance positive. Gardons-nous de sonder la nature des maladies, tel a été le mot d’ordre; ne dépassons pas les phénomènes positifs , là est lu certitude et la science.

D’autres plus systématiques, mais se rendant mieux compte des conditions générales de la science, ont inventé une nature en rapport avec leurs affirmations premières. Comprenant la maladie comme un dérangement de la machine humaine, ils ont identifié la nature de la maladie avec le mécanisme de ce dérangement, et appuyé les classilications nosologiques sur la notion de ce mécanisme. « Une classification vraiment philosophique et rationnelle des maladies, dit M. le professeur Bouillaud, doit reposer sur la nature même de ces maladies. Tout édifice nosologique construit sur une autre hase est nécessairement fragile et pour ainsi dire ruineux.

» Il est de toute évidence que la connaissance de la nature des maladies se confond réellement avec celle du mode d’action ou du mécanisme des agents morbiliques, des causes pathogéniques. Or, comme il est malheureusement vrai que le mécanisme d’un bon nombre de causes est encore enveloppé de profondes ténèbres , il est également vrai que la nature intime des maladies produites par ces causes ne nous est pas bien connue. » Malgré ces lacunes, l’éminent professeur n’en construit pas moins un édifice nosologique complet sur ce qu’il sait ou croit savoir du mécanisme des causes morbifiques.

D’autres médecins, désirant allier les deux opinions précédentes, ne voulant ni dépasser le phénomène visible ni abandonner la nature des choses, ont pris le parti de placer cette nature dans le phénomène ; et dès lors ils montrent sans peine que la nature de la maladie rentre dans la connaissance du symptôme et de la lésion prétendue primitive.

M. le professeur Monneret, substituant cette nature apparente à la nature réelle, ramène aux phénomènes toute l’œuvre de classification nosologique : « Nature des maladies. Elle est, dit-il, généralement considérée comme le fondement le plus solide de la nosologie, et nous aurions commis une faute impardonnable en ne plaçant pas cet élément en tete de tous les autres, si nous ne devions pas expliquer ici notre pensée. Nous trouvons dans l’inflammation quatre phénomènes caractéristiques et des actes essentiels qui sont : l’hypérémie, l’exsudation plastique, purulente, le ramollissement, l’ulcération, la gangrène; nous disons alors que la nature de la maladie nous est counue. La sortie du sang à travers les vaisseaux ou du sérum sans fibrine ni hémaline, la convulsion,la douleur, le délire, nous sullisenl pour nous permettre de ranger les maladies qui nous offrent ces caractères parmi les hémorrhagies, les hydropisics, les névroses. Nous nous montrons également satisfaits quand nous édifions le groupe des fièvres, des altérations du sang et des productions homologues

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el hétérologues. Si c’est là ce que nous appelons la nature des maladies; nul doute que cet élément ne doive prendre la première place dans une nosologie ; mais nous ferons remarquer qu’en allant au fond des choses, c’est par la coïncidence constante d’un certain nombre d’actes morbides, de symptômes et de lésions correspondantes, que nous sommes parvenus à distinguer les phlegmasies, les hémorrhagies, les névroses. Nous n’en savons pas plus, el nous sommes loin d’avoir des notions plus claires sur le mode de production et sur les phénomènes intimes de chacune de ces maladies. Il nous reste à savoir comment le pus est formé dans l’inflammation ? Comment la fibrine sort des vaisseaux? Pourquoi c’est de la sérosité sans fibrine qui s’en échappe dans l’hydropisie? Pourquoi du sang dans l’hémorrhagie ? et d'autres choses encore. Contentons-nous provisoirement de celte nature apparente ; ce que nous en aimons, c’est la fixité, l’évidence des phénomènes morbides, leur ensemble tout à fait caractéristique. »

Ainsi donc, qu’ils considèrent ou non la nature des maladies et quelque interprétation qu’ils en donnent, les nosologistes sensualisles sont invinciblement ramenés aux classifications fondées sur les lésions el les symptômes, el parfois sur l’occasion extérieure et provocatrice. Or, la lésion et le symptôme ne sauraient livrer l’espèce morbide ; comment livreraient-ils une classification valable et scientifique?

La classification, œuvre de généralisation supérieure, contient et dépasse la notion de l’espèce, mais se fonde sur elle; il s’ensuit que les erreurs commises dans la détermination de l’espèce s’exagèrent et se multiplient en passant dans la classification. La classification nosologique qui devrait résumer les vérités les plus hautes cl les plus pratiques de la médecine, et fournir sur les maladies qu’elle constitue en groupes les connaissances fondamentales, est ainsi devenue une œuvre pleinement défectueuse, et met à nu les faux principes dont elle découle. La détermination de l’espèce s’était accomplie malgré

Pni.NClPES DE PATHOLOGIE GÉNÉRALE.

(SiM

les confusionsduclrinales ; on admet lait souvent comme maladie ce qui ne l’était pas ; toutefois ce qui l'était ressortait nécessairement à travers les symptômes et les lésions; on la voyait mal, mais on en avait une vue plus ou moins franche et distincte. Les entreprises de classification ne pouvaient obtenir ces semblants de succès; le fait matériel qui, malgré tout, concluait à l’espèce nosologique , manquait ici. On n’avait devant soi qne des espèces mal conçues et mal définies, représentant le fait pathologique en le défigurant : sur celte hase, on ne pouvait assembler que des fictions; rien ne ramenait de soi aux réalités absentes ; tous les efforts classificateurs se tournaient en d’incohérentes associations d’espèces morbides et d’étals symptomatiques, souvent opposés de nature, ou seulement réunis par une étroite ou fausse assimilation de siège et de symptôme.

Il suffit de parcourir les classifications émises par les médecins organiciens pour se convaincre de la trop juste vérité de nos appréciations. Nous ne parlerons pas de la prétention d’enfermer dans les mêmes cadres nosologiques les maladies «le cause interne ou vitale, et les maladies de cause externe ou physique. Nous avons exposé (§ cxxvn) à quel point les accidents chirurgicaux se séparaient des maladies proprement dites, et combien l’étiologie propre à chacun de ces ordres de faits défend, entre eux, toute comparaison. Mais, à nous en tenir aux classes consacrées aux maladies de cause interne, on ne saurait en soumettre une seule à un examen sérieux sans y rencontrer, juxtaposés, les faits les plus disparates. Ainsi le Traité de nosographie médicale range dans les inflammations de la peau la scarlatine et l’ampoule, la gale etla suette miliaire, la variole et l’acné, l’érysipèle et l’ichthyose; dans les inflammations del’appareil respiratoire, la rhinite conlagieuse(morve) et la bronchite, la laryngite muqueuse (croup) et la pleurésie ; dans les inflammations de l’appareil digestif, la stomatite et la péritonite, l'amygdalite et le choléra-morbus ; dans les inflam-

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malions de l'appareil génito-urinaire, la néphrite albumineuse et l’urétérite ; et tous ces élats se trouvent étroitement rassemblés dans l’ordre premier de la première classe.

Dans un traité de pathologie interne devenu classique, et qui résume avec le plus de succès la science actuelle, la classe des inflammations ne renferme plus les lièvres; mais elle réunit encore le croup et l’endocardite, la myélite, et, à peu de distance dans le tableau nosologique, le coryza; la classe des hypertrophies renferme l’hypertrophie du cœur et le goitre, rapprochés par ce fait commun, hypertrophie, ha huitième classe offre deux genres, caractérisés par des produits morbides accidentels : un premier genre contient l’ichthyose et le pityriasis, et en même temps les polypes de l’estomac et des intestins et les concrétions sanguines du cœur. Le deuxième genre de produits morbides, dits accidentels et étrangers à l'organisme, présente en tête les calculs divers, peu après viennent les animaux parasites, les acéphalocysles, la gale, le ver filaire, el enfin les pediculi pubis ; sans autre transition, et sur la page même du livre où est tracée l’histoire de ces derniers insectes, commence l’histoire du tubercule en général, et à la suite la méningite tuberculeuse et la tuberculisation pulmonaire ! Ces espèces de produits étrangers, l’insecte et le tubercule, se succèdent immédiatement dans le tableau des espèces nosologiques qui composent ce second genre! Qu’y a-t-il de légitime, j’oserai dire de raisonnable dans de pareilles classifications? Que penserait de notre science et de notre esprit scientifique celui qui voudrait en juger sur de pareils témoignages? Le médecin qui n’estime pas possibles de meilleures classifications ne ferait-il pas mieux de s’abstenir el de suivre, dans l’énumération des maladies, tel ordre qui lui plairait en le déclarant franchement arbitraire, plutôt que de proposer un ordre prétendu éclectique et rationnel, abri de rapprochements puérils ou contraires à la nature des choses?

Les classifications nosologiques relèvent des mêmes condi-

ou i PRINCIPES DE PATHOLOGIE GÉNÉRALE.

lions que l’espèce. Classer, c'est d’abord connaître. Or, on ne connaît les maladies que par les causes qui les réalisent; leur nature est là; concevoir dans une cause propre un enchaînement de symptômes et de lésions, c’est déterminer et connaître une maladie. On ne peut donc classer les maladies que par leurs causes. Ces causes, ne nous lassons pas de le rappeler, ne sont pas une occasion extérieure, une provocation au fait morbide; mais la raison intérieure et active de ce fait, ce fait lui-même causé et constitué, affirmé dans son principe générateur. Voilà La vraie base des classifications nosologiques. Si elle manque, il est inutile de tenter, en médecine, une classification; on ne fera qu’une œuvre vaine ou ridicule. Fidèle à son génie propre, la médecine réalise ainsi un genre de classification absolument à part, et sans analogue avec celui des sciences exactes. La classification médicale ne s’édifie plus sur la composition matérielle ou l’aspect des organes lésés, sur le poids ni sur la mesure, ni sur la consistance, le ramollissement ou l’induration des solides, ni sur l’altération, l’écoulement, ou la rétention des fluides. IJue lui importent ces faits physiques, tant qu’ils restent dans cet ordre inférieur, et qu’ils demeurent stérilement physiques? Ce sont des actes que la science de l’homme vivant et malade doit considérer, ce sont des évolutions spéciales d’actes qu’elle doit classer en les jugeant dans leurs causes. Voilà les éléments d’une classification naturelle, parce que la nature vivante, c’est mouvement, activité, génération. Ces classifications d’actes pourront paraître peu précisesàceuxqui aiment la précision immobile des sciences mathématiques ou physiques; elles sont les seules valables, et, au demeurant, les seules scientifiques et les moins confuses; car la précision physique ne cache ici que confusions et incertitudes.

CONSTIITTION fiÉNÉIULK DE LA NOSOLOGIE.

s CCXLV1II.

Sur res bases, une classifîcation médicale est-elle possible? Possible, non-seulement elle doit l’èlre; mais nécessairement, elle existe toute créée dans la science, et depuis longtemps. Invinciblement liée aux faits vitaux, elle a dû paraître d'ellemème, dès que ces faits ont été observés et sainement compris. Doctrine, notion de la maladie, classification générale des maladies, tout cela c’est une seule et même chose sous des aspects variés. La classification nosologique, il faut donc la chercher dans la conscience universelle des médecins, dans les vérités simples et traditionnelles, dans le savoir essentiel, et dans la constitution fondamentale de la science. Tout médecin s’y soumet et la professe au lit du malade, cachée dans cet instinct pratique qui, souvent, sait mal traduire les inspirations qui le poussent. C’est là qu’il faut découvrir, là qu’il faut ramener pour en juger, la classification nosologique éternelle et vraie, celle qui ne dépend ni des systèmes changeants, ni de sensations aveugles et concentrées sur elles-mêmes.

Cherchons donc à travers les divisions accumulées par le travail des siècles, celles qui ont subsisté, et que tout médecin reconnaît; cherchons celles qui traduisent des modes et des causes essentiellement différents. Nous signalerons, en premier lieu, la grande division des maladies en essentielles et en symptomatiques, dont nous avons plus haut donné le sens. Cette division s'applique à l’universel ensemble des maladies; aucun état morbide ne peut s’y soustraire; elle doit êlre le premier établissement nosologique, et son importance ressort de plus en plus à mesure qu’on creuse dans le vaste problème des classifications pathologiques.

Cette division repose tout entière sur la nature même des maladies, sur la cause morbifique. La maladie est-elle ou non essentielle? C’est le premier problème que soulève l’élude

palliogénique. Si l’on interroge les conditions élémentaires de ces deux grands ordres de maladies, on voit bientôt que les maladies de cause essentielle A rment la partie mère et vraiment féconde de la pathologie. Elles constituent les enlilés nosologiques, et sont le sujet culminant de la médecine. Bien déterminée et comprise, l’histoire des maladies essentielles se retrouve, et projette ses clartés dans l’histoire des maladies symptomatiques.

Les maladies essentielles présentent donc un ensemble imposant dans l’élude nosologique. La tradition encore nous livre sur elles une division fondamentale. Les maladies essentielles sont ou aigues ou chroniques; en d’autres termes, réactives ou affectives. Tous les médecins n’ont pas compris le sentiment profond qui a suscité et qui maintient la distinction de ces deux grandes classes de maladies ; plusieurs n’y ont vu qu’une affaire de forme et de durée. « 11 est facile de voir, dit M. le professeur Monneret, que les affections les plus disparates sont réunies sous le type aigu et chronique ; ajoutons qu’il n’est pas une seule affection qui ne puisse revêtir l’une ou l’autre de ces formes. 11 ne faut donc attacher qu’une médiocre importance à cette division des maladies en aiguës et chroniques. «Aussi ce professeur regarde-t-il cette division des maladies comme l’enfance de l'art. Sauvages avait déjà rejeté cette division des maladies par la méthode temporaire, t Cette méthode, dit-il, pèche en ce qu’elle n’établit aucun caractère évident par où l’on puisse distinguer le premier jour une maladie chronique d’une maladie aiguë; car comme l’une et l’autre ne diffèrent que par la quantité du temps, et que cette quantité ne trouble point leur ressemblance, on ne peut connaître par ce principe ni le genre ni l’espèce. » Comment des médecins animés d’un véritable esprit clinique ont-ils pu méconnaître à ce point une division aussi synthétique et naturelle, et effacer la question du fond pour ne voir qu’une étroite affaire de temps? Si la division des maladies en aiguës et chro-

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niques n’indiquait que la durée, elle mériterait, en effet, peu d attention. Elle descend plus profondément, jusqu’à la cause réelle et constitutive, et sépare ces causes dans leur nature même et dans tous leurs actes pathogéniques. Cette distinction de la cause est telle, qu’elle maintient la séparation des maladies aiguës et chroniques, malgré l’altération du type habituel et de la forme extérieure. Ainsi une maladie à forme aiguë peut être, par sa cause, maladie chronique et affective ; et une maladie à forme relativement lente peut être une maladie aiguë, à périodes calculables, à fin critique, à nature réactive en un mot. Ces anomalies de la forme n’affaiblissent en rien l’importance et la réalité de la distinction de nature : celle-ci seule donne la clef de la maladie et du traitement. Nous n’insisterons pas sur les caractères des maladies aiguës ou réactives, et des chroniques ou affectives; nous les avons indiqués dans les §§ clxxv et clxxvi, et nous y renvoyons.

Chacune de ces deux grandes classes des maladies essentielles se subdivise à son tour : les maladies aiguës en fièvres et en pldegmasies ; et comme des unes aux autres tout va par gradations insensibles, que les espèces nosologiques ne sont ni lixes, ni séparées par d’infranchissables espaces, on peut entre ces deux classes en placer nue intermédiaire, celles des fébriphlegtnasies, classe variable, mal déterminée nosologiquement, empiétant tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, mais par cela même parfaitement appropriée aux exigences cliniques. La classe des maladies chroniques nous offrira d’abord l’ordre capital des diathèses, les maladies affectives par excellence; en second lieu, l’ordre des dyscrasies à marche lente et progressive, et enfin les affections nerveuses essentielles, affections, nous l’avons vu, toujours chroniques, parce que nées en dehors de la vie commune, elles ne sauraient soulever des réactions communes, calculables et critiques.

Les maladies symptomatiques contiennent à leur tour un nombre considérable d’étals morbides. La division la plus

naturelle de ces maladies devrait sans doute être cherchée dans leur cause, et par conséquent dans la maladie qui les suscite. Mais cette division sacrifierait absolument la maladie symptomatique : or, c’est elle qu’il faut surtout envisager, sans cependant perdre de vue son caractère inférieur et soumis. On satisferait à ces diverses conditions, en divisant les maladies symptomatiques suivant leur plus ou moins de dépendance vis-à-vis de la maladie dont elles découlent. Ainsi les unes seraient symptomatiques dépendantes : telles les hydropisies et même les hémorrhagies; d’autres seraient symptomatiques indépendantes : ainsi seraient les lésions organiques acquises et qui subsistent ensuite d’elles-mêmes, ou par les troubles fonctionnels qu’elles provoquent.

Pour compléter l’ensemble nosologique, nous y apporterons une dernière classe empruntée à l’ouvrage de M. le professeur Tardieu, Manuel de pathologie et de clinique médicales, ouvrage qui renferme la classification nosologique la plus médicalement conçue de toutes celles qui se sont produites à l’école de Paris. Celle classification se termine par une classe des maladies accidentelles, qui nous parait très légitimement constituée, et le complément indispensable de la pathologie proprement dite. « Sous le titre de maladies accidentelles, dit M. le professeur Tardieu, nous rangeons une classe d'affections qui sont accidentellement produites par l’influence directe de certains agents extérieurs, dont le mode d’action invariable est, sauf quelques exceptions, complètement indépendant de l’étal de l’organisme ( empoisonnement , asphyxie, parasites végétaux et animaux). «

En traçant cette ébauche d’un plan de classification nosologique, notre intention n’est pas de poursuivre une énumération des genres et des espèces nosologiques , mais de montrer uniquement comment on peut chercher les éléments d’une classification dans le sein même des causes morbifiques. Ce sont ces causes successivement envisagées dans leurs vrais

C0KST1 1 LTIO.N GE.NEIIAI.E 1)E LA NOSOLOGIE.

caractères, depuis les plus généraux jusqu’à ceux qui deviennent de plus en plus spéciaux , ce sont ces causes qui nous ont exclusivement guidé. Nous avons produit, en effet, les divisions essentielles de la nosologie. Or, si l’on veut bien regarder à chacune, on verra que toutes trouvent leur raison d’être dans un mode de causalité propre ; en sorte que l’on ne peut s’attacher à l’une de ces divisions et ne pas savoir par cela même quelque chose de la nature des maladies qu’elles enferment. Celle nature se spécialise plus nettement, à mesure que l’on descend des divisions générales aux divisions particulières, que l’on passe de l'ordre à la classe, de celle-ci au genre, du genre à l’espèce ; mais, dès le début, on possède une notion générale, non pas superficielle et extérieure, mais intérieure et réelle, sur la nature et la cause des maladies qui composent les elassrs, les genres et les espèces nosologiques. Une telle classification, on le voit, est bien éloignée de celles que l’on prétend établir sur la lésion et sur le symptôme, lesquelles réunissent des maladies absolument étrangères les unes aux autres, à les prendre du moins dans leurs causes et dans leur vraie nature.

s CCXLIX.

9e Im nomenclature médicale.

Toute science a une langue propre pour exprimer les faits dont elle traite, et avec laquelle elle naît et s’aflirme pour se développer ensuite à proportion que s’étend l’observation des faits. La langue acquiert, dans la constitution de la science, une importance qui se mesure à la multiplibité et à la complexité des faits qu’elle doit traduire. Ün conçoit d’après cela l’intérêt qui s’attache à la langue médicale : nulle n’a à exprimer des faits plus nombreux, plus difficiles à apprécier, composés de plus d'éléments divers. Iteudre ces faits dans leur saine physionomie, ne pas cacher dans les défectuosités du langage

rniNCIl’ES DE PATIIOLOOIE OENEKALE.

une erreur d’inlerprélution ou d'observation, ne donner la vie du mot qu’aux réalités, faire passer dans la parole l’esprit vivant des choses, tel est le problème élevé qu’avaient à résoudre les médecins observateurs qui créaient la langue des faits vitaux et pathologiques. Ces créations, dans leur ensemble, sont l’œuvre du temps et des instincts simples et profonds de ceux qui observent et qui parlent en face même de la nature. Une seule force les accomplit et les résume, la tradition. Nous apprécierons bientôt la valeur de l’œuvre traditionnelle.

La médecine organicienne dans l’ardeur de ses recherches et de ses réformes, devait vivement ressentir le désir de consacrer les unes et les autres en inventant une langue qui en portât les empreintes. Cette langue, toute d’elle et à elle, eût définitivement creuse entre le passé et le présent, l’abime que l’organicisme prétendait ouvrir du côté des faits et de la sc ience même. La langue médicale dont on avait usé jusqu’alors fut, en conséquence, déclarée une œuvre informe, établie sans principes et sans règles. « 11 n’est peut-être aucune science, dit Chomel, dont la nomenclature soit aussi défectueuse que l’est celle de la pathologie... Aucune règle, dit-il encore, n’a été observée dans le choix des noms sous lesquels on a désigné les maladies, et la nomenclature pathologique ne présente qu’incohérence. » M. Ciutrac s’exprime de même : * Rien n’est plus irrégulier, suivant lui, que la nomenclature des maladies; les noms empruntés à des sources variées produisent un ensemble réellement informe. » Celte condamnation est à l’envi portée par tous les pathologistes; tous semblent rougir de la langue pathologique que le passé leur a léguée ; tous se montrent décidés à en repousser l’héritage.

Mais il fallait remplacer la langue répudiée. Quels principes présideraient à la nomenclature nouvelle ? Ces principes déterminés, comment les appliquer, et à quels résultats conduit celte application? Tels étaient les points A examiner et à résoudre.

CONSTITUTION GKNKKAI.K DK L.\ NOSOLOGIE. 703

Los principes du lanpapr^ organicien devaient évidemment reproduire ceux qui dominent toute la science organicienne. Connaître, définir et nommer se suivent et se commandent, ou mieux surgissent ensemble dans les activités de la pensée. La maladie, c’est la lésion et le symptôme, et, au particulier, on adjoint parfois à celle notion celle de la cause extérieure. Le nom ressortait de celte déclaration : il doit exprimer la lésion lorsqu’elle commande le symptôme; le symptôme, si la lésion manque ou est accessoire; parfois l’élément occasionnel, lorsqu’il est évident et caractéristique. Sur ces éléments diversifiés, par la multiplicité des organes et des tissus, et par la diversité correspondante des mouvements et des fonctions organiques, l’organicisme avait à asseoir une nomenclature renouvelée de fond en comble.

Cependant les noms ne doivent-ils pas représenter la nature même des choses? Exprimer la lésion et le symptôme est-ce suffisant, et ne vaut-il pas mieux traduire, par le nom, la nature même de la maladie? L’organicisme a une réponse toute prête à ces hésitations : la nature des maladies c’est la lésion et le symptôme ; par conséquent, nommer la maladie par ces derniers, c’est la nommer d’après la nature même. < Le premier principe, dit M. le professeur ltouillaud, qui doit servir de base à un système vraiment philosophique ou rationnel de nomenclature médicale, c’est donc de dénommer les maladies d’après leur nature connue ou présumée. Et comme la modification anatomique ou physiologique en laquelle consiste cette nature est le plus souvent de l’ordre des actions qui sont du ressort des sciences physiques ou chimiques , il s’ensuit que c’est réellement la langue de ces sciences qu’il faut alors transporter dans la médecine. Aussi dans tous les temps, plusieurs maladies ont-elles reçu des noms purement chimiques, physiques, mécaniques. »

La physique et la chimie, après s’ètre assujetti notre science, devaient inspirer le nouveau langage qu’elle réclamait. L« chi-

mie surtout et sa nomenclature offraient uu saisissant modèle à l’imitation des médecins. Nos généralisateurs ne se demandèrent guère comment et pourquoi celte nomenclature avait pris naissance, pt tout d’un coup s’était si vigoureusement développée. Ils n’interrogèrent pas la philosophie simple et profonde dont elle était le produit fidèle ; ils n’en virent que la superficie, en admirèrent la symétrie, l’ordre extérieur, s’imaginèrent que tout y tenait à là sensation et à l’analyse ; ils furent surtout frappés de ce grand esprit de rénovation qui, si promptement, avait enfanté, forte et achevée, une langue inconnue de la veille ; ils virent cela , et tous se dirent. Si nous pouvions faire comme les chimistes! « Puisse bientôt arriver, dit M. le professeur Bouillaud, l’heureuse époque où la médecine sera, comme la chimie, assujettie à une langue fixe et uniforme ! Condillaca dit quelque part que les sciences se réduisent à une langue bien faite. On pourrait dire, avec autant de justesse, que les sciences ne peuvent avoir une telle langue qu'au moment oii les principaux faits dont elles se composent sont bien connus. La médecine louche à cette grande époque : voici le temps de réformer sa langue. .Mais une entreprise si importante exige la réunion d’hommes doués d’une haute instruction, d’un jugement sévère, d’un esprit élevé, philosophique, et dégagé de toute prévention. »

Cependant les temps annoncés s’écoulaient, et la réforme ne s’accomplissait pas. Un organicien convaincu s’y consacra : M. le professeur Piorry voulut doter la science médicale d’uuc langue en harmonie avec elle, et il créa toute une nomenclature courageusement soumise à l’idée de symptôme et de lésion, idée substituée par lui à l’illusoire synthèse, la maladie, à ce mensonge traditionnel qu’eilaeent nécessairement la science exacte et l’observation rigoureuse. Nous n’examinerons pas celte audacieuse entreprise; nous nous garderons suilout de retourner contre elle la contexture ou la tournure de mots, plus singulieis encore que nouveaux. Ce genre ac-

CONSTITUTION UÊ.NÉIULE UE LA NOSOLOGIE.

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coutume de réfutation banale n’a ni ébranlé le réformateur, ni éclairé ceux qui repoussent la réforme. Celte nomenclature, M. le professeur Piorry l'a propagée avec une infatigable activité; il a invoqué l’appui (les médecins les plus considérables en leur disant ; Mon œuvre est complète' et inspirée des principes que vous défendez; soulenez-la et faites-la enfin prévaloir pour l’honneur de la science exacte et positive.

Or, fait remarquable, chaque effort de propagande semble éloigner de l’œuvre au lieu d’y amener; on répugne, aujourd’hui plus que jamais, à rien accepter de cette langue nouvelle. Les médecins organiciens ne sauraient lui reprocher de découler d’une fausse et dangereuse philosophie; ils lui opposent pourtant une uniforme fin de non-recevoir.

Les médecins, en effet, qui s’attachent à un facile et chimérique bon sens disent avec Chôme! : « On demandera peutêtre si, dans l’état actuel de la science, il serait avantageux d’établir une nomenclature nouvelle, et sur quelles bases on devrait la fonder. Si l’on considère l’imperfection, l'incohérence de la nomenclature actuelle, on est entraîne à désirer qu’elle soit remplacée par une nomenclature méthodique, propre également à faire connaître les traits caractéristiques de chaque affection, cl à établir scs rapports avec les autres; mais, comme aujourd’hui encore, on est loin de s’entendre sur le siège elles autres conditions constituantes d’un grand nombre de maladies, éléments indispensables pour leur donner un nom définitif, on doit souhaiter, tout en rendant justice aux efforts laborieux, mais prématurés, tentés dans ce but, que tout essai de ce genre soit quant à présent et peut-être indéfiniment ajourné, s

Les phénoniénalisles disent avec M. le professeur Monncrel:

« La science médicale n’est pas assez avancée pour qu’on puisse créer une nomenclature semblable à celle qui est justement adoptée en chimie. Il faudrait, pour faire réussir une tentative de ce genre, que la lésion élémentaire de texture et

TOC) rilIfiCII’KS UK pathologie générale.

de fonction lût connue pour chaque maladie, ou que l’on s’accordât à tirer les termes uniquement de la phénoménologie. »

Les éclectiques enfin reconnaissent, avec M. Gintrac, que M. le professeur ï’iorry s’est adonné à la plus louable entreprise; mais ils doutent de son succès. Les habitudes an ciennes résistent aux innovations les plus légitimes. « D’ailleurs, dit M. Gintrac, il est parfois utile que certains termes n’expriment qu’une idée un peu vagfue; c’est lorsque la science n’a pas encore dit son dernier mot sur le siège ou la nature d’une affection. On doit préférer un nom qui ne préjuge pas une question non résolue. »

Voilà donc le dernier et unanime aveu : notre science n’est pas assez avancée pour avoir sa langue! A-t-on mesuré le sens et la portée de cette déclaration? Qu’est-ce qu’une science qui demeure impuissante à trouver son expression scientifique? Une science peut-elle exister et se développer dans ces conditions mortelles? A ses commencements mêmes, à la première vérité qu’elle découvre, au premier fait qu’elle traduit scientifiquement, une science n’enfanle-t-elle pas nécessairement sa langue et sa vraie langue? On n’exprime pas improprement une vérité dès qu’on la traduit et qu’on la fait comprendre comme vérité. L’expression humaine n’a d’autre but %t d’autre portée que de nous représenter le vrai. Dès que la chimie a existé comme science, elle a créé incontinent sa langue. Le vieux langage de l’alchimie est tombé parce que l’alchimie n’était pas une science, mais un amas confus de recettes et de faits que soulevaient de temps à autre les intuitions instinctives d’un génie divinateur. Dès que les efforts d’un homme immortel eurent donné à la chimie sa base scientifique, dès que l’alchimie fut transformée en science, dès que des principes et des lois générales vinrent animer et fonder tout cet ordre obscur et incertain de faits, d’expériences et d’inventions, aussitôt la science se traduisit spontanément en un langage digne d’elle. La médecine serait-elle encore dans cette région

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inférieure où tout esl instinct, laits surpris au hasard ou devinés, vues arbitraires ou voilées des choses, milieu où les lois manquent, où les principes ne sont que l’illusion d’un crédule novice? Quelques médecins, et de ceux même qui ont conquis parmi nous une juste autorité, osent le dire, et justifient par là le désordre de notre nomenclature. « Mieux vaudrait certainement, disait M. le profe>seur Trousseau dans un discours académique, pouvoir se servir de termes scientifiques, mais nous ne le pouvons pas tant que la médecine ne sera point scientifiquement constituée. 11 ne faut pas nous le dissimuler, nous autres médecins, nous ne sommes pas de véritables savants, nous sommes des artistes; la médecine n’est encore qu’un art, aidé quelquefois, il est vrai, par la science. Avant que cet état de choses soit changé, il faudra sans doute bien du temps; mais si jamais cela arrive, on fera bien d’imiter les chimistes et les botanistes, qui ont eu le bon esprit de conserver les vieux mots, bien qu’ils ne fussent guère en rapport avec le niveau scientifique auquel sont arrivées la chimie et la botanique, ni parfaitement conformes aux lois des nomenclatures et des classifications modernes. » Je doute qu’il faille prendre ceci au pied de la lettre. L’éminent professeur a trop le droit de se croire savant pour qu’il ne pense pas l’être plus qu’il ne le dit.

Quoi qu’il en soit, l’organicisme n’accepte pas ces déclarations. Il prétend hautement fonder une science, et exacte , non complète, il est vrai. Mais quelle science est complète ? Or, comment déclarer d’un côté que la nomenclature traditionnelle est un chaos informe; comment ensuite l’adopter, cl pourquoi repousser une réforme dont on avoue implicitement la nécessité? Attendons, dites-vous, la science n’est pas complète. Qu’importe? Faites une nomenclature scientifique pour ce que la science sait, on verra pour le reste à mesure des progrès accomplis. Imagine- t-on une science s'établissant et ayant l’ambition de grandir sans avoir à son service une langue

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appropriée, ou en usant volontairement d’une langue informe? Beau moyen de perfectionnement !

Et pourtant la science marche, appelant toujours la scarlatine, la variole, la coqueluche et la goutte de leurs vieux noms si décriés ; inventant, pour des faits nouveaux ou mieux définis, des mots qui ne valent pas mieux que les anciens ; appelant cette maladie, choléra ; cette autre, maladie de Bright ; l’une, cirrhose ; l’autre, pellagre ; empruntant à la médecine vétérinaire ses mots de morve et de farcin ; et avec ce langage les faits s’éclairent, et même à mesure que la lumière se fait, la vieille nomenclature semble rajeunir, la neuve avorte dans l’impuissance. C’est qu’en effet ce qui condamne la réforme de M. le professeur Piorry, ce n’est pas qu’elle soit prématurée, comme le disent les savants pathologistes que nous citions cidessus, c’est qu’elle est contraire à la science, à l’esprit médical, encore plus qu’à la tradition, et à l’habitude prise des noms anciens. Cette nomenclature, dit toute la jeunesse qui pense dans nos écoles, ne vaut pas mieux que la médecine qui l’inspire. On peut l’affirmer, l’heure n’arrivera jamais pour ces œuvres, négation flagrante de la nature des choses et de toute vérité d’observation. Quand même chaque maladie aurait un siège reconnu, l’école organicienne ne pourrait la désigner médicalement par le nom de ce siège. Voyez ce qui en est pour celles dont on croit tenir le siège : quelle dénomination légitime de maladie en déduit-on? De temps à autre on aboutit avec effort à un nom systématique. Si ce nom savant et cherché a à lutter contre un de nos vieux mots informes, il tombe, et le vieux mot reste. Et peut-il en être autrement quand on sait que la maladie est une évolution d’actes ordonnés, et déborde de partout l’étroite et fausse notion du siège?

Telle est la vraie raison qui fait repousser de tous la nomenclature nouvelle , et de ceux même qui n’accusent que sa venue prématurée. Les médecins organicicns en acceptent, disent-ils, les principes : or, dés qu’ils voient les principes

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appliqués nettement, l’application leur fait peur ; ils reculent. Ces médecins n’en tirent pas enseignement ; au lieu de dépouiller les principes qui enfantent l’œuvre, ils la condamnent sur de futiles raisons. En réalité, ce ne sont pas ces raisons qui les déterminent au refus ; à leur insu, le vrai agit sur eux, les frappe d’une arme invisible, et leurfaitaccepter comme nécessaire un ensemble de choses qu’ils déclarent un chaos informe. Ils emploient un langage bon, tout en le proclamant mauvais. L’emploi demeure et la proclamation va au vent. C’est ainsi que notre science et notre art sont sauvés : l'inconséquence s’y fait le constant remède de nos erreurs extrêmes.

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