XXIV
C’est, en effet, sur ce sujet la pensée réelle, et plus ou moins manifeste des auteurs de notre temps. Lorsque Chomel écrivait que t la pathologie générale a pour objet l’étude des maladies considérées d’une manière abstraite ou dans ce qu’elles ont de commun », il entendait parler d’nnc élude des phénomènes envisagés abslractivement, c’est-à-dire en dehors de toute maladie particulière ; c’est ce qu’il appelait considérer les
maladies dans ce qu’elles ont de commun, comme en témoigne son livre entier. D’ailleurs, dans une maladie particulière, il ne voyait rien au delà des troubles et des lésions; pouvait-il dépasser cet horizon dans l’étude de la maladie en général ? MM. Hardy et Béhier expriment le même sentiment : « On a divisé, disent-ils, la pathologie prise comme corps de science en deux parties, savoir, la pathologie générale et la pathologie spéciale. Cette dernière est constituée par l’étude des maladies en particulier. C’est de cette élude que procède la pathologie générale, qui n’est autre chose que l’examen des traits communs que présentent entre elles les diverses maladies; c’est en quelque sorte un résumé. Elle ne peut donc résulter que de la connaissance exacte des particularités à l’ensemble desquelles on emprunte les traits communs et généraux qu’elles peuvent permettre de saisir. Toutefois, bien qu’elle ne soit qu’un résultat, comme elle apprend à connaître des faits qui se trouvent dans la généralité des maladies, on fait habituellement de la pathologie générale ou philosophique une sorte d’introduction à l’étude des maladies en particulier, c’est-à-dire à la pathologie descriptive ou spéciale. »
En quoi celte pathologie générale mérile-t-elle le nom de philosophique qu’on prétend lui donner? Résumer les traits communs des maladies, est-ce là produire un élément nouveau, professer une croyance philosophique quelconque? C’est peutêtre les repousser toutes ; c’est certainement n’en avouer aucune. Ce travail d’arrangement , celte revue des phénomènes ne peut donner la vie qui leur manque , ni conduire à ces notions fondamentales, nécessaires de la maladie, sans lesquelles la connaissance vraie des maladies particulières est impossible. On établit l’histoire des espèces morbides, de prime abord, sans direction philosophique, sans doctrine; on considère cette histoire comme indépendante de toute notion générale antérieure, on la condense ensuite , on en déduit directement une prétendue pathologie générale ; et l’on vou-
lirait que celle-ci qui est déduite, qui n’est qu’un résultat, un résumé, contint une philosophie, une doctrine que ses ascendants immédiats, qui sont sa cause et sa raison d’être, ne contiennent pas ! On demande à la conséquence d’outre-passer les prémisses, à ce qui est moins de livrer le plus !