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Nous ne disons pas, toutefois, que les prétentions de cet enseignement n’aient jamais dépassé le rôle modeste qui leur appartient, et qu’elles s’y soient toujours exactement propor-
tionnées. Loin de là, les auteurs de pathologie générale, quels qu’ils soient, sentent d’instinct qu’il est quelque chose en dehors et au-dessus de la sensation et des phénomènes colligés et coordonnés, lis pressentent confusément qu’il est des notions souveraines que l’activité de l’entendement tire de son propre fonds, et à l’aide desquelles il vivifie les phénomènes et les rattache aux forces dont ils sont la réalisation extérieure. En un mot, en louchant à la pathologie générale, les écrivains les plus soumis à la sensation entrevoient obscurément tout un ordre de connaissances supérieures, objet même de la science qu’ils abordent, et qu’ils voudraient ne pas paraître délaisser absolument. Ils essayent, par instants, de saisir en dehors des faits bruts quelques-unes de ces vérités simples dont le développement devrait seul les préoccuper. Mais ce sont de fugitives et incertaines tentatives et aussitôt abandonnées, parce que les préjugés acceptés comme guides, y répugnent ou les condamnent. On se rejette alors sur ce travail prétendu synthétique. Définir les termes généraux de la science, d’après des caractères exclusivement phénoménaux ; comparer, résumer, classer les phénomènes perçus dans l’ordre morbide : cela fait, on croit tenir la philosophie médicale. Aller plus loin, au delà du phénomène, dépasser la zone modeste et st/re de l'histoire cl de F expérience , c’est entrer dans le domaine des hypothèses, des fictions, des rêveries. Nous verrons plus lard si les obscurités qui enveloppent fatalement des phénomènes que rien n’éclaire, ne sont pas plus propices aux rêveries que l’éveil de l’entendement et que son essentielle activité.
Voilà donc, croyons-nous, ce qui suscite et soutient ces éludes, c’est l’illusion qui les fait prendre pour des études philosophiques. Elles sont une sorte de vernis bon à couvrir le manque de dogmes de la médecine sensualisle. Ce sont des formes de convention destinées à tromper les intelligences qui éprouvent le besoin des vérités synthétiques, il faut, un intime
OllJET DE DA PATHOLOGIE GÉNÉRALE. 4#
sentiment le dit, des vérités philosophiques comme soutien de toute science. La pathologie générale fondée sur la sensation, vaste calacomhe sémiologique, ample récapitulation de phénomènes considérés abstractiveinent , en dehors de toute maladie particulière, est destinée 4 offrir un semblant de ces vérités. On se trompe ainsi sur la satisfaction des besoins intellectuels , comme tel aliment impropre à la nutrition trompe la faim, et semble satisfaire à d’impérieux besoins d’alimentation. Mais tout esprit qui voudra s’interroger sérieusement après avoir reçu jusqu’au bout ce stérile enseignement verra, au demeurant, qu’il n’a rien acquis, qu’aucune lumière nouvelle ne lui a été donnée et que surtout il n’a pas reçu ces notions qui ravivent la science entière, et lui donnent l’être en lui livrant la raison des choses. Aussi qu’arrive- t-ii ? C’est que lorsqu’on a eu assez de puissance pour s’interroger et pour sonder l’ingratitude réelle d'un pareil travail , on abandonne bientôt ces éludes sans portée. On délaisse une pathologie générale ainsi instituée. Il n’y a que justice dans cet abandon; car il ne s’applique pas à la vraie pathologie générale, mais à sa trompeuse image, à une usurpation de litre et de qualité, à une dégradation de la plus noble partie des sciences médicales, de la science mère et souveraine.