‹ Principes de pathologie généraleChapitre 25 sur 180 · XXVIII · texte numérisé non relu

XXVIII

Rapport* de* loi* néce**itlre« de la vie et de la maladie.

La vie d’abord, la maladie ensuite. Ces mots étendent la pathologie générale au delà des limites communément reçues. Cette extension est légitime, et celte progression dans la nature des choses. La science des lois nécessaires de la vie conduit à

RAPPORTS DES LOIS NÉCESSAIRES DE LA VIE ET DE LA MALADIE. 51 la science des lois nécessaires de la maladie ; elles se pénètrent au point d’apparaître identiques quant au fond, et de ne varier que par le mode du sujet auquel elles s’appliquent. Il ne saurait être indifférent de préciser cet enchaînement de lois, de causes, de modalités vitales. Nous sommes en des temps de critique et d’examen, et, en ces temps, c’est une faute de ne pas remonter dans une science la chaîne des faits et des causes jusqu’au fait majeur, jusqu’à la cause première. Ce devoir est surtout celui d’un enseignement de pathologie générale, dont la mission est d’asseoir la science des faits pathologiques sur des bases communes à tous, et telles qu’il ne soit pas permis de creuser plus profondément sans sortir de l’ordre médical lui-même.

Or, quel est le fait fondamental de la médecine, celui dont l’éclaircissement doit contenir tous les éclaircissements, au delà duquel nous ne saurions aller, et dont la notion doit dominer toutes les notions? C’est la vie, raison première de tous les faits organiques et vitaux. Toutes les modalités sous lesquelles elle s’offre à l’observation répondent à l’observation synthétique que l’on en conçoit en dehors du mode et de l’accident, car tous les modes répondent nécessairement à l'essence. La maladie, par conséquent, est soumise comme fait et conception à la vie. L’homme malade est avant tout vivant. Quelque profond que soit le trouble de l'organisme, la maladie n’est qu’une forme anomale et accidentelle, une simple modalité de la vie.

Hippocrate avait exprimé avec une rare précision cette vérité fondamentale : « Quœ faciunt, in homine su no, uctiones sanas, eadern, inœgrolo, morbosus. # Et ailleurs : « La même nature suffit à tout, dans l’état de sauté comme dans l’état de maladie. » Une même nature, remarquons ces mots. Ce n’est pas à Hippocrate que revient cette multiplication des natures, ces distinctions en bonnes et mauvaises natures que M. le professeur Malgaigne présentait avec sa vive éloquence à la tribune académique. Sans doute ces distinctions sont don-

nées comme métaphoriques par ceux mêmes qui les produisent ; ces métaphores n’en allèrent pas moins la pureté des dogmes, et contribuent à voiler le sens doctrinal des choses. Une même nature suffit à tout ; les forces qui animent le corps en santé sont les mêmes qui animent le corps malade. Voilà l’enseignement hippocratique; il vaut la peine d’être respecté.

Comme première conséquence de cet enseignement, nous conclurons que, si la vie reconnaît des lois essentielles, nécessaires (ces lois existent et ne peuvent pas ne pas exister ; tout ce qui est en reconnaît de pareilles : existence, forces, lois, sont identiques ou solidaires, sans quoi ce monde serait le chaos, ou pour mieux dire le néant) ; si, disons-nous, la vie reconnaît des lois nécessaires sans lesquelles elle ne saurait être, la maladie doit reconnaître ces mêmes lois. Celles-ci formeront toujours la partie constante et invariable de la maladie, comme elles forment l’étude primordiale et suprême de la vie. C’est là une notion fondamentale dont il faut se pénétrer fortement, et qui traduit l’enchaînement de toutes les vérités médicales. La vie doit nous livrer toutes les conditions essentielles de la maladie; la maladie amène des formes nouvelles, des modalités accidentelles, mais la vie demeure l’unique origine et l'unique raison de ces formes et de ces modalités. Toutes les certitudes physiologiques, celles qui sont propres à tout l’être, qui touchent à son unité, qui sont de son essence même, doivent reparaître certitudes médicales, fondements même de la pathologie et de la clinique.

s XXIX.

Ces rapports évidents et nécessaires de la vie et de la maladie, que nous verrons être la source des plus hautes vérités médicales, sont devenus cependant, et par cela même, l’occasion des plus graves erreurs. Cette vérité, que la vie marque et contient la maladie, a conduit à l’altération de la pathologie

RAPPORTS UES LOIS NÉCESSAIRES DE LA VIE ET UE LA MALADIE. ait

tout entière. Supposons, en effet, une interprétation de la vio étroite, incomplète, systématique, on voit aussitôt quel long retentissement une pareille interprétation va soulever en pathologie, quel ensemble d'erreurs va suivre celle première erreur. La fatigante revue de nos systèmes, à partir du laxum et du slrietum de Thémison n’en témoigne que trop, et nous aurons bientôt à discuter les principales de ces funestes déviations. Nous nous bornons, en ce moment, à les signaler dans leur principe et véritable cause. Toutefois il faut placer, avant ce principe et cette cause d'erreur, la faussé conception des méthodes, et l’adoption des préjugés sensualistes pour règle philosophique. Mais ce qui assure en médecine l’élan propagateur des erreurs de méthode, c’est sans contredit ce fait que la maladie c’est encore la vie, et que défigurer systématiquement la vie, c’est défigurer inévitablement l’histoire entière des maladies.

Page 1