‹ Principes de pathologie généraleChapitre 27 sur 180 · S XXXI · texte numérisé non relu

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Cet empirisme affirmatif n’a manqué de défenseurs ni dans le passé ni dans le présent de la médecine. Nous ne remonterons pas le cours des temps, nous nous bornerons à jeter un coup d’œil sur la science contemporaine pour y signaler ces tendances dans l’expression qu’elles y ont reçue. Cette expression a varié. La plus savante appartient à un nom que l’on ne rencontre pas sans surprise parmi les soutiens de l’empirisme; tant par son esprit philosophique et par sa vaste érudition, ce médecin semblait fait pour marquer dans les rangs contraires : je veux parler de Frédéric Bérard. Il appelle l’empirisme « le système le plus profondément combiné qui ait jamais paru en médecine, et qui mérite le plus d’être étudié avec soin ; c’est celui dont la méditation promet à l’esprit philosophique les résultats les plus utiles ut les plus féconds, et qui peut mieux le servir dans la recherche des méthodes les plus propres à assurer les progrès futurs de la médecine. » On no saurait s’imaginer les efforts de distinction et de raisonnement que tente Frédéric Bérard, afin d’établir un empirisme savant, régulier, à la hauteur de pareils éloges. 11 prétend, non distinguer, mais séparer absolument la médecine science de la médecine art, comme si les liens les plus étroits n’enchaînaient pas l’une à l’autre ; comme si agir, pour le médecin, n’était pas se

5fi PRINCIPES DE PATHOLOGIE GÉNÉRALE.

déterminer en vue de ses connaissances scientifiques, comme si l’action ne répondait pas nécessairement à une affirmation dogmatique. Cette séparation entre la science et l’art, il veut l’asseoir sur une distinction plus fondamentale, sur celle qu’il prétend établir entre la raison pratique et la raison théorique, c’est-à-dire entre les faits d’un côté, et de l’autre les déductions plus ou moins générales, plus ou moins avancées et certaines auxquelles les faits conduisent. Il semble ainsi reconnaître un sensualisme légitime, qui, par lui-même suffit à fournir un ordre réel de connaissances, et en même temps un spiritualisme faux, secondaire, qui ne domine plus les faits, mais auquel les faits amènent, et dont, au reste, on pourrait se passer sans perdre une connaissance pratique importante. Quel enchaînement d’erreurs pour arriver à la suprématie du simple empirisme, ou au moins à une prétendue science empirique indépendante !

Les lignes suivantes résument l’ensemble de ces sophismes : « On répète tous les jours, dit Frédéric Bérard, que la physiologie transcendantale est la base de la médecine pratique, et presque tous les traités dogmatiques sont écrits, comme toutes les écoles sont constituées, sur ce plan. Cette progression d’idées est contraire à leur génération. 11 est prouvé, par l’histoire de la science et par la nature même des choses, que la médecine doit reposer primitivement sur les faits, sur le simple empirisme, sur la description des maladies. 11 est évident, en effet, que la médecine empirique, ou plutôt la médecine d’observation est le fondement, le point de départ de la médecine même, surtout considérée comme art. En effet, un art qui touche à des intérêts aussi majeurs, aussi délicats que celui-ci, doit appuyer ses opérations habituelles sur la partie la plus solide. Or, cette partie la plus solide, et qui par conséquent doit être la tête, la base de toutes les autres, est sans contradiction l’observation clinique. »

Ces lignes, à travers leur apparente simplicité, cachent bien

RAPPORTS DES I.OIS NKCESSAIHKS l)K LA VIE ET ME l,\ MALADIE. ‘>7

des appréciations erronées. Oui , la physiologie transcendantale, c’est-à-dire, la physiologie qui a pour objet les lois primordiales et nécessaires de la vie, est la vraie base de la médecine pratique. Cela est prouvé par l’histoire do la science et par la nature même des choses, et n’est pas contraire à leur vraie et intime génération. Fréd. Bérard, ce médecin si nourri d’Hippocrate, en sacrifie ici l’un des enseignements fondamentaux. Dans scs dogmes essentiels, Hippocrate ne sépare jamais l’état de santé de l’état de maladie; sa large vue les domine et les synthétise sans effort. Celte nature qui est le premier médecin des maladies, est la même qui suffit pour toutes choses dans la santé. L’observation clinique empirique, dont Fréd. Bérard prétend faire la base de l’art et le point de départ de la médecine, ne peut conduire qu’à une collection impuissante de faits, si elle n’est soutenue, vivifiée par les notions premières de cause et de force sainement appliquées. Or, cette cause et cette force, à savoirla vie, gouvernent la maladie comme la santé, et les lois nécessaires de la vie sont, par suite, les lois nécessaires et fondamentales de la maladie.

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