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Ces tendances empiriques ont-elles disparu de notre science, et la réalité des rapports fondamentaux de la vie et de la maladie est-elle une vérité désormais acquise et sans conteste'? Il n’en est rien; et, depuis Broussais, le contraire prévaut parmi nous. L’empirisme, obscur ou avoué, demeure le point de départ et l’aboutissant de renseignement actuel delà pathologie générale. Iteprenons, en effet, le livre de Chuinel.co traité classique de la pathologie générale, conçue au point de vue de la comparaison pure et de la classification des phénomènes. On n’y trouve pas un mot, pas une allusion sur cette science des rapports premiers et généraux de la maladie. L’ouvrage commence par des considérations sur l’ordre à suivre dans l’étude de la pathologie générale, sur ses divisions, sur ses limites ; il donne une définition du sujet que nous avons rappelée plus haut : rien n’y fait soupçonner qu’il y ail des lois souveraines, nécessaires de la vie, qui dominent comme telles la pathologie générale, ni que l’élude de ces lois soit l’étude première à instituer. Chomel ni ne contredit, ni n’affirme à cet égard ; il se tait; et, après quelques pages sur la distribution de son sujet, il aborde la définition même de la maladie, sans paraître se douter que celle définition puisse reposer sur quelques notions antérieures et supérieures. Absence de toute doctrine, élude des choses purement phénoménale, l’empirisme, en un mot, se reflètent librement dans cette institution de la pathologie générale.
Le silence de Chomel et de ses imitateurs n’est pas seul à prouver les déviations empiriques de la pathologie générale. Cette admirable conversion des lois générales de la vie en lois générales de la maladie, à notre sens, l’un des plus merveilleux spectacles que fournisse l’observation de l’être vivant, est regardée aujourd’hui comme un enchaînement d’inutiles subtilités. Nos savants phénoménalistes ne l’ont pas saisie à travers
RAI*I*OUTS DES LOIS NÉCESSAIRES DE LA VIE ET DE LA MALADIE, ttl
loules leurs analyses , ei les vues du positivisme n’ont pas percé jusque-là. Aussi a-l-on rejeté du sein même de la science ces questions qui y semblaient invinciblement attachées, écoutons plutôt l’éminent auteur du plus récent de nos traités de pathologie générale, M. le professeur Monneret : * Les sciences, dit Bacon, sont comme autant de pyramides dont l’histoire et l’expérience sont l’unique base, et par conséquent la base de la philosophie naturelle ; l’étage le plus voisin de la base est la physique, et le plus voisin du sommet, la métaphysique. Prenant en considération cette belle pensée, sachons assigner pour siège à la médecine cette zone modeste et sûre que Bacon place en bas de la pyramide. Gardons-nous d’élever la pathologie générale jusqu’à cette région qui en occupe le sommet, et qui a l’inconvénient d’être placée trop près des nuages. Si nous voulons rendre à la pathologie générale la faveur dont elle est digne à tant de titres, et qu’elle a perdue, cessons d’v disserter sur la vie, les forces, la causalité, la nature, l’âme ; renonçons à une métaphysique obscure qui ne convient fort heureusement aujourd’hui qu’à un petit nombre d’hommes. » A coup sûr ce n’est pas par trop de recherches sur la vie, les forces, la causalité, que pèchent nos livres de pathologie générale, mais bien par l’absence absolue de pareilles recherches. Si les études de pathologie générale ont perdu faveur, ce n’est pas parce qu’elles ont voulu gravir les sommets et quitter la zone des faits et de l’expérience, mais, au contraire, parce qu’elles s’y sont confinées et y ont langui sans élan. Ne restons pas au bas de la pyramide dont parle Bacon, nous n’y trouverions que les ténèbres et les incertitudes de l’empirisme. Les lumières sont en haut : il faut y atteindre pour y saisir la notion de cause et de force, et n’aller aux faits qu’éclairé par ces lueurs : seules elles permettent de distinguer l 'apparence vaine d’avec les réalités, la connaissance extérieure d’avec la connaissance vraie et substantielle. La pathologie générale doit délaisser l’dme, rien de mieux ; mais la vie, non.
62 rniNCIPES DF. PATHOLOGIE GÉNÉRALE.
Les lois essentielles de la vie sont la raison et comme la substance intérieure de tous les faits vitaux, et par conséquent des faits morbides, faits vitaux avant tout.