‹ Principes de pathologie généraleChapitre 30 sur 180 · XXXV · texte numérisé non relu

XXXV

L’empirisme, c’est-à-dire l’histoire brute prise pour la science même des maladies, était, du reste, la conséquence obligée du culte que certains médecins prétendent vouer au phénomène. Si nous tenons à prendre pour guide les lois nécessaires de la vie, c’est parce que nous savons que les phénomènes ne peuvent nous être connus qu’à travers la cause et la force qui les soulèvent, et que la vie est pour nous celte cause et cette force. Si nous étions phénoménalisle décidé , nous repousserions une élude pareille, comme la repoussent les auteurs que nous venons de citer. Rien de plus logique, quand on ne veut pas dépasser le phénomène, que d’étudier le phénomène morbide en soi. Que peut importer l’étude de la vie? Celle-ci n’est elle-mêrne qu’une collection de phénomènes, comme le disent en propres termes les savants qui sont engagés et conséquents dans le sensualisme. Telle collection de phénomènes d’un côté pour la maladie, telle collection de phénomènes de l’autre pour la vie : rien n’indique des relations nécessaires entre les deux. Po.ur saisir ces relations, il faudrait en venir à l’idée de cause et de force, aux idées necessaires que les sens ne fournissent pas. Or, ce sont précisément ces idées que l’on veut éloigner, et en dehors desquelles on prétend constituer la science.

Cependant, nous l’avons vu déjà, on ne saurait demeurer fidèle au phénomène ; d’une ou d’autre façon, on s’en départ pour y substituer une cause quelconque. Les médecins phénoménalistes' assurent ne pas vouloir des forces et des causes pour constituer la science des maladies. L’important , disent-ils, est dans la succession et dans l'enchaînement des phénomènes;

RAPPORTS DES LOIS NÉCESSAIRES DE LA VIE ET DE LA MALADIE. 63 il faut remonter jusqu'au phénomène premier au delà duquel [“analyse expérimentale ne peut plus rien saisir : ee phénomène , ajoutent-ils , est alors considéré comme phénomène initial, producteur. Qu’est-ce à dire, et que cache cette apparente réserve? Un phénomène initial producteur : voilé l’idée de cause d’abord bannie dans ses applications légitimes qui reparaît travestie et défigurée. Ce phénomène initial producteur signifie qu’on ne veut pas remonter à la vie comme cause et force première. Oui, mais cela dit en même temps que l’on va saisir un phénomène dans ses conditions physiques et chimiques, et que l’on va lui demander une raison adéquate des autres phénomènes vitaux ; autrement dit, qu’on va soumettre la vie et ses manifestations à une grossière intervention des forces physico-chimiques. On nie la cause véritable pour affirmer, après de vains détours, une cause étrangère et fausse.

On ne demeure donc jamais phénoménaliste : tout médecin, même celui qui se dit empirique pur, fonde la science des maladies sur une notion de la vie. Il ne saurait définir une maladie particulière, sans que de cette définition on puisse rigoureusement le ramener à une définition de la maladie en général. De celle-ci, de l’interprétation générale de la maladie, on remonte tout aussi rigoureusement è la définition même de la vie. Cette dernière est l’aboutissant nécessaire de toutes les notions essentielles de notre science.

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