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Ce long exposé peut se résumer en ces seuls mots : la vie est un résultat. Cette formule célèbre, propagée par un long enseignement et par les séductions faciles qu’exerce le culte décidé des sens, est devenue la commune profession de foi
DE LA VIE. ttt
d’une école nombreuse de médecins, ardents, d’ailleurs, à l’analyse, aux investigations laborieuses de la matière. D'autres, il est vrai, refusent cette assertion première, et disent : Non, la vie n’est pas un résultat, la vie est une cause. Mais l’organicisme a si profondément pénétré les esprits, que ces mêmes médecins, dans la suite des faits scientifiques, dans l’interprétation d’un grand nombre de phénomènes vitaux, acceptent une science toulorganicienne dans ses développements. Peu de savants, parmi nous, sont aujourd’hui assez attachés aux vérités premières, assez maîtres de ces vérités, et habitués à les distinguer, vivantes et immuables, au milieu des faits changeants, pour ne pas sacrifier à des préjugés organiciens, souvent même au moment où ils les repoussent. En donnerai-je un exemple? M. le professeur Trousseau n’est pas organicien, il le dit et le répète souvent, et en réalité il ne l’est pas ; voici cependant les paroles qu'il prononçait à la tribune de l’Académie de médecine. « L’horloger qui fait une montre, le mécanicien qui fabrique une locomotive, donnent des organes à la matière brute ; ils l’animent ensuite par un ressort ou par la vapeur. .Sous l’influence de ces forces, les organes entrent en jeu ; et une fois la montre montée, et la locomotive chauffée, ces instruments peuvent marcher sans l’intervention de l’intelligence qui les a organisés. Et de même, pour les êtres organisés, l’intelligence suprême qui les a créés, a combiné les organes de manière à leur donner des fonctions téléologiques; cette intelligence n’a besoin d’intervenir que pour l’agencement et l’adaptation de ces organes ; ceux-ci, une fois adaptés convenablement, fonctionnent en vertu même de leur arrangement et d’une manière en quelque sorte fatale: il n’est plus besoin alors de l’intervention d’une intelligence supérieure et créatrice qui les guide. Leur mouvement , leur vie, sont la conséquence forcée de leur mode d’organisation. »
C’est toujours la même profession de foi : la vie est la conséquence forcée du mode d’organisation, c’est-à-dire un résul-
lat; l’économie vivante est comparable à une horloge montée, ou à une locomotive chauffée ! .le le répète, l’organicisme est un mal perfide qui corrompt les esprits peu sûrs d'eux-mêmes, par la facilité trompeuse de ses images, par l’apparente clarté de ses explications, par l’infériorité même de ce monde qu’il compose de toutes pièces, dans lequel il nous transporte sans fatigue, et où nous trouvons tout à notre portée. L'infimité de ces prétendus principes de l'organicisme en augmente la redoutable influence, et loin de dispenser de réfutation, ne fait que la rendre plus nécessaire.
ü XL.
L’affirmation première de l’organicisme est celle-ci : La vie ne peut être séparée de l’organisation, ni les forces isolées de la matière, ni les fonctions observées en dehors des organes. On ne peut les voir, les toucher, les saisir matériellement par quelque côté que ce soit. Rien de plus vrai ; si l’on pouvait physiquement voir et toucher la vie et les forces , celles-ci ne seraient ni forces, ni causes de mouvement. La cause et la force s’atteignent par le sens intellectuel ; elles ne sont pas du domaine sensible ; les phénomènes, les effets réalisés par la cause tombent seuls dans ce domaine, et s’y présentent à nos perceptions externes. Il est donc certain, nous ne touchons, ni voyons la vie et les forces, isolées de l’organisation et de la matière. De ce fait, voici la conclusion que tire l’organicisme : la vie et les forces que nous ne. pouvons voir el toucher n’existent pas comme cause, comme existence réelle; elles existent seulement comme résultat de l’organisation el de la matière.
Quelles conséquences étranges, el que va devenir le milieu scientifique où elles se produisent ! Quoi , il n’y a de réel que ce que l’on touche! la cause n’est qu’un vain mol, parce que nulle part on ne touche une cause ! Par cela qu’un fait est inséparable, dans sa manifestation, d’un autre fait,
DK LA VE.
qu’on ne l'isole pas, il s’ensuit qu’il découle du lait auquel il est nécessairement associé! Voyez où conduisent ces façons inattendues de raisonner : une cause, une activité n’existent pas sans se produire en effet, sans se développer en phénomène; donc la cause et l’activité n’existent pas et résultent de l’effet et du phénomène! Une force n’existe pas sans s’appliquer, sans se réaliser dans un composé qui la manifeste en action ; donc la force n’existe pas et résulte do composé! Une unité, le principe, l’idée d’unité, n’existe pas sans se réaliser pour nous en une quantité quelconque, laquelle est toujours une multiplicité, un nombre si minime qu’il soit ; donc l’unité n’existe pas et résulte de la pluralité! Enfin, pour résumer toutes ces équations, l’infini n’existe pas sans se réaliser dans le lini, sans se développer infiniment en quantités déterminées; donc, l’infini, c’est-à dire l’existence principe, source active et féconde de toutes les existences, l’infini n’existe pas et résulte du fini! Voilà très exactement reproduite sous des aspects variés, la formule organicienne: la vie et les forces n’existent pas en dehors de l’organisation et des organes, donc la vie et les forces n’existent pas, et sont un résultat de l’organisation et des organes.