XLVI
Suivrons-nous maintenant les affirmations de l’organicisme dans la longue suite d’égarements et d’impossibilités où le conduit la dure nécessité de mettre la masse entière des faits vitaux en accord avec l’interprétation primordiale systématique. Point de forces propres aux corps vivants ; la matière organisée sans forces, et néanmoins produisant la vie : de là part un enchaînement d’erreurs qui commence à l’embryon lui-même. Point d enisus formativus, dit formellement l’organicisme; car si le germe trahissait une force première, le
PRINCIPES DE PATHOLUtilE CKMKHM.E.
système serait ruiné par cela seul. Non, le germe n'a pas en lui de force propre; il reçoit l’impulsion «l’une force étrangère. 11 va et parcourt son évolution comme une horloge montée par l’horloger poursuit la sienne. Les organes se dessinent, se développent successivement, l’organisme se construit et fonctionne comme l’horloge traverse des phases successives, marque les secondes, les minutes, les heures et ainsi de suite. Ces explications mécaniques me paraissent empreintes d’une sorte de barbarie. Pour qu'on pfit s’y arrêter un instant, il faudrait montrer une horloge se créant, se développant elle-même, par la seule impulsion communiquée, une première fois, à un germe d’horloge. Jusqu’à ce que cette machine merveilleuse soit inventée, ces comparaisons de l’économie vivante avec une horloge montée, ingénieuses peut-être aux yeux naturellement inécanicisles des gens du monde, ne sont pas dignes de figurer parmi des considérations scientifiques.
Ce n’est pas seulement le germe et l’embryon qui répugnent à être assimilés à une machine mise en mouvement, c’est tout autant l’organisme arrivé à son développement complet, Un organisme ne dure pas, ne conserve pas la vie, le mouvement, l’intégrité de sa constitution, suivant le plus ou moins de solidité de scs parties constituantes, comme le fait une machine. La vie dure par une création continue. L’organisme ne se conserve qu’en se décomposant et se recomposant sans cesse. On ne peut dire de lui qu’il est conservé, décomposé, recomposé ; non, c’est l’organisme qui lui-même se conserve et se renouvelle; c’est par son action propre, spontanée, qu’il opère; il n’obéit pas à une impulsion venue du dehors; il ne subit pas le mouvement, il l’engendre; il n’est pas mis en fonction, il la conçoit. Ce grand fait le sépare de toute machine ; bien compris, il devrait annihiler toutes les conceptions mécanicistes.
DE I.A VIE
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Il y a eu effet d’incommensurables séparations entre les corps organisés les plus simples, voués à une spontanéité permanente, nécessaire, contenant en eux des causes actives de mouvement, et les mécaniques les plus compliquées, les plus savamment construites, recevant le mouvement, le transmettant même passivement, mais ne le pouvant produire directement ni engendrer par elles- mêmes. 11 faut aux machines une intervention étrangère pour entrer en jeu ; dès que les effets préparés par cette intervention s’éteignent, dès que la cause extérieure de mouvement disparail, la machine s’arrête inerte et immobile. La conséquence inévitable et désastreuse de l’organicisme, c’est d’enlever l’activité à la vie et à toutes les manifestations vitales. Dés que la vie est donnée comme résultat, l’activité peut résider dans la puissance première dont le résultat dépend, mais non dans le résultat lui-même, dans la vie, dans l’organisme vivant. Une horloge n’est pas active ni spontanée, quoiqu'elle ait reçu le mouvement et quelle le conserve plus ou moins longtemps ; une horloge reçoit et transmet le mouvement passivement ; elle ne le conçoit ni ne le crée. Il n’y a de vraie activité que dans l’ouvrier qui l’a fabriquée. Pareillement l’organicisme ne peut reconnaître d’autre activité que celle d’un constructeur suprême qui aurait fabriqué l’organisme et le monde comme une grande machine, au moyen d’un certain agencement de ressorts; mais nullement en projetant dans le monde, en réalisant eu cet immense ensemble un système quelconque de forces, de causes de mouvement.
C’est en effet une remarque à signaler : la morte passivité que l’organicisme imprime à l’économie vivante ne reste pas isolée; l’organicisme l’imprime à toute existence, à tous les règnes de la nature, à l’inorganique comme à l’organique. Dès que la gravitation et l’attraction moléculaire sont un résultat
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de l'arrangement de la matière, au lieu d’être une force propre se réalisant activement en une quantité , constituant activement le corps et la molécule, la matière perd toute activité propre ; elle devient absolument passive. Il en est d’elle comme de l’économie vivante, dont nous avons vu l’activité spéciale, c’est-à-dire la spontanéité s’évanouir fatalement. Au contraire, la notion opposée, l’idée nécessaire de cause et de force, se retrouvant partout dans le monde, et traduisant la constitution générale des choses, donne à tout ce qui est, à l’ordre anorganique comme à l’ordre vivant, l’activité spéciale propre à chacun, proportionnée, adéquate aux effets produits, aux actes et mouvements perçus par l’observation.
Le mécanicisme, qui n’existe nulle part comme cause constituante des choses, puisque lui-même n’est pas une cause, mais un effet dont la cause est au dehors, disparait ainsi de la scène du monde, où il ne fonde aucune réalité, aucune substance, où il n’est qu’une forme seconde, temporaire, accidentelle, donnée aux choses constituées sans lui dans leurs fondements; à plus forte raison, disparait-il sans retour de la science des êtres vivants pour laisser l’action aux spontanéités qui les animent. •