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L’organicisme s’est produit sous des formes plus savantes au point de vue des sciences physiques, et heurtant moins les

notions premières reçues dans la logique scientilique. On a

supprimé du système le mot étroit de résultat. Loin de regarder les forces physiques, telles que la gravitation, l’attraction moléculaire, l’affinité chimique, comme un résultat de l’arrangement des corps et des molécules, quelques médecins physiciens les ont considérées, au contraire, comme les forces suprêmes régissant l’universalité des êtres. Ils ont animé la nature entière du meme souille ; pour eux, toute matière anorganique ou organisée vivante vit au fond de la même vie. Les différences ne résident que dans la composition intime, dans l’état moléculaire des corps; l’influx en chaque substance est le même, la force identique ; le substratum, l’agrégat est seul variable. La vie propre des êtres vivants se trouve ainsi supprimée ; les lois physiques de la matière sont les seules lois; elles contiennent tout sous des apparences diverses ; elles enferment la vie en leur ample sein, et sont la dernière raison des choses. Il n’y a, à proprement parler, qu'une loi, qu’une force, pour l’animation des êtres et des mondes ; et nos distinctions d’êtres inorganiques, organiques, vivants, ne tiennent qu’à l’infimité de notre vue et de nos connaissances. A mesure que celles-ci s’étendront, elles embrasseront toutes les existences sous un regard commun, et nous ne verrons que similitude, là où ne paraissent que dissemblances.

A l’appui de cette philosophie générale, on apporte non comme démonstration absolue, mais comme présomption suffisante, la grande identification de forces qui tend à s’opérer en physique, et qui semble conduire à l’admission d’une force unique, dont toutes les forces parliculières ne seraient que des modalités. Puis, considérant l’échelle des êtres, on montre les transitions presque insensibles qui mènent d’un règne à l’autre. La cristallisation minérale, avec ses formes déterminées, avec ses réparations qui semblent obéir à un appel presque vital, n’offre-t-elle pas un commencement d’organisation? Du plus humble végétal, à peine distinct, en apparence, du degré auquel s’élèvent par la cristallisation quelques composés

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minéraux, ne va-t-on pas jusqu’à ces végétaux doués d une sorte de sensibilité, et qui atteignent presque à l’animalité ; et de ceux-ci, en passant par les animaux inférieurs, jusqu’à l’animal supérieur, et jusqu’au type le plus élevé de l’animalité et des êtres, jusqu’à l’homme lui-même? Ces transitions si mesurées d’un règne à l'autre ne témoignent-elles pas de transitions correspondantes dans les.forces? Et de cette longue suite où la force qui précède est presque identique avec celle qui suit, ne peut-on conclure à une identité générale des forces, à une force unique? Ne sullit-il pas de la différence des composés, des instruments mis en action par la force, pour expliquer la différence des effets, des manifestations diverses, des modes si 7ariés de l’activité des substances et des êtres ? Opinion que nous avons déjà rencontrée dans l’exposition des principes de l’organicisme.

A l’aide de ces aspirations un peu vagues, on nie les forces propres de l’organisme. On ne fait plus de celles-ci l’élément nécessaire et dominateur de l’évolution et de la durée des corps animés ; on ne leur soumet plus tous les actes vitaux, toutes les formations et fonctions organiques ; non, tout cela sombre et va s’engloutir dans la souveraineté de la force brute. En suite de ce culte exclusif, on proclame que les conditions matérielles de l’organisation doivent être seules étudiées, puisqu’il n’y a d’autre cause, d’autre raison des actes vitaux, que les forces dites physiques s’exerçant sur cette organisation. Or, comme ces forces sont connues par leurs effets qui constituent les sciences physiques, il faut chercher, dans les conditions de texture organique, la différence des effets produits, la médecine, en un mot, et tout ce qui la sépare des sciences physiques. On aboutit ainsi à considérer la vie comme une modalité spéciale due à l’organisation spéciale de la matière ; le dogme de la vie résultat réparait médicalement aussi entier que dans l’autre forme du système. Afin que le sensualisme soit maitre plus absolu de la science, on se bâte même d’oublier les

{} h PRINCIPES DE PATHOLOGIE GENERALE.

principes, la philosophie première, qui avaient conduit à la con naissance de ces lois physiques du monde, de ces forces par lesquelles le génie humain, nouveau créateur, avait animé la matière, répandu l’activité, constitué l’existence. Les physiciens, pour l'interpréter et la connaître, avaient spiritualisé la matière ; les médecins, oubliant ces grandes théories spiritualistes, ont étouffé dans une matière inertel’organisation et la vie.

C’est effectivement la réponse première qu’il faut adresser à cette secte organicienne. Comment les physiciens sont-ils parvenus à la détermination des forces qui établissent leur science ? Kn s’inspirant des grands faits qu’ils observaient dans la nature ; en appliquant aux phénomènes, aux images extérieures, les forces intérieures de l'esprit, et en créant ai nsi une cause necessaire, une force gouvernante propre à ordonner tous les faits du même ordre, à les rallier en un ensemble commun, et sous des régies déterminées. 11 y eut certainement au début de cette grande distribution de causes actives, une trop nombreuse acception de forces. Mais, peu à peu, et sous les piogiès de l’observation, la réduclibililé des faits analogues et des forces correspondantes s’opéra ; le nombre des causes lut diminué, et l’on peut presque dire aujourd hui que les règnes entiers de la nature ue reconnaissent chacun qu’une cause. La physique, qui semblait répugner à cette diminution du nombre des causes, et paraissait ne pouvoir se passer de forces multiples, s’engage elle-même dans cette voie, et les spéculateurs de celte science entrevoient déjà l’unité des forces physiques. Mais, si la multiplicité des effets et la simplicité des causes peuvent être regardées comme une des lois de ce monde, il n’en suit pas que l’on puisse accepter la différence radicale des effets avec l’unité de cause. Cette assertion va contre des lois supérieures aux premières, contre ces principes étemels de la raison par

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lesquels nous connaissons. Or, je ne sache pas qu’il soit en notre pouvoir d’imaginer des séparations plus absolues que celles qui éloignent la matière anorganique de l’être organisé vivant.

Pour atténuer ces différences, on compare volontiers les êtres supérieurs d’une série avec les êtres inférieurs d’une série plus élevée qu’il s’agit de confondre avec la première. Et comme la nature va par gradation, on trouve alors adoucie la distinction que l’on veut effacer. Ainsi, on rapproche le minéral ou le sel qui cristallisent, d’une végétation obscure et presque insensible ; le végétal parfait et qui semble même sentir, de l’animal où la vie est absolument élémentaire et comme douteuse. Cette marche est trompeuse, et les conclusions auxquelles elle conduit, sont inévitablement une erreur. La transition, de l’un à l’autre, dans le règne ou dans l’espèce, n’implique nullement l’identité des règnes et des espèces. Lorsque les physiciens, dont on ne saurait trop méditer, en ceci, les principes philosophiques, réunissent en une des forces regardées auparavant comme distinctes, ce n’est pas parce que les phénomènes les plus complexes d’un ordre déterminé semblent se rapprocher confusément des phénomènes les moins complexes d’un autre ordre ; c’est parce que tous les phénomènes des ordres que l’on réunit, sont réellement soumis à des lois supérieures, et qu’une force générale les embrasse dans tous leurs développements successifs. C’est surtout par les grands côtés, par les faits majeurs, que s’établissent les rapprochements légitimes, les vrais contacts, les assimilations réelles. Ainsi, en bonne logique, il convient de prendre un type complet d’animalité, pour le comparer à un minéral ou à un végétal, contenant toutes les conditions de l’être minéral ou végétal ; et l’on ne doit conclure à l’identité de ces diverses existences que sur une évidence palpable, et non sur les indécisions et obscurités qui apparaissent aux limites extrêmes de ces types. De la sorte, la démonstration devient irréprochable.

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Sinon, comment éviter les illusions? comment percevoir clairement des différences obscurément ébauchées sur des individus d’une espèce presque incertaine, surtout si l’on a un penchant secret à voir l’unité, là où est la distinction ? 11 n'est d’autre moyen de reconnaître le vrai et d’écarter l’erreur que * de considérer des êtres à caractères nettement tranchés, répondant sans ambiguïté à l’interrogation do la science. Tout au moins faudrait-il embrasser l’ensemble des faits et des existences qu’il s’agit de réunir ou de distinguer, et voir si ces ensembles se correspondent et se pénètrent. Les faux jugements que l’on aurait pu commettre, seraient alors redressés, et la vérité se ferait jour.

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