‹ Principes de pathologie généraleChapitre 41 sur 180 · LI · texte numérisé non relu

LI

Que l’on applique ces règles à la question qui nous occupe : quel doute pourrait subsister? Qui voudrait essayer de combler l’abîme qui sépare du règne minéral considéré dans son ensemble, l’animalité constituée dans le développement de ses caractères propres? Que l’on jette seulement un regard sur la naissance, l’évolution, les conditions de durée de l’animal; que l’on étudie son mode d’activité, et le but incessant de cette activité, les rapports qu’elle contracte avec ces mêmes forces physiques dans lesquelles on voudrait la ranger; que l’on atteigne à la notion d’unité qui est peut-être le caractère majeur de l’animal ; et si Ton veut voir tous ces caractères, non passe résumer, mais s’élever à la plus haute expression, se condenser, pour ainsi dire, et s’imprégner d’une sorte d’absolu, que Ton considère le germe, l’embryon qui va devenir, qui est l’animal lui-même. Que Ton assiste à ce spectacle inouï de la fécondation de l’œuf, et de cet être complet que forme si rapidement l’évolution d’une cellule fécondée ; tout cela ne débordet-il pas de force créatrice, si puissante , comparée à l’atome de matière qui lui sert de premier support, qu’on s'imagine-

DE LA VIE

rail voir uns force pure, idée active d’une forme, choisissant et attirant à elle les matériaux qui lui conviennent, pour composer le monde que doit envelopper cette forme ? Où est dans tout cela l’analogie avec la constitution de la matière anorganique? Quel phénomène du monde physique se peut comparer à ceux qui précèdent? Tout ne trahit-il pas une séparation radicale ?

Pour apprécier ces séparations profondes, il n’est pas nécessaire de choisir les faits les plus élevés de l’animalité. Si j’ai demandé que la réunion systématique des ordres de faits physiques et vitaux ne fût pas seulement motivée sur les faits inférieurs et obscurs de la vie, mais, de préférence, sur les faits d’une vie parfaite et harmonique, ce n’était pas pour les besoins d’une démonstration difficile, mais pour sauvegarder les droits d’une logique philosophique, et pour montrer la faiblesse de rapprochements forcés. Mais, nous l’avons déjà vu, le fait’ vital le plus élémentaire, la vie de la plus simple cellule est d’un ordre absolument nouveau, par rapport aux faits les plus délicats du monde anorganique.

Nous revenons donc à celle inébranlable conclusion : la force nécessaire, présente et active sous tous les faits vitaux, est une force propre à l’organisation, l’engendrant et se réalisant en cet engendrement, et non une force commune à la matière brute. Tout phénomène organique, toute fonction que l’on voudrait rapporter essentiellement à l’intervention des causes et forces physiques, sont nécessairement interprétés à faux. Cependant les forces physiques demeurent inséparables de la matière, quelle qu’elle soit, et, par conséquent, ne peuvent s’effacer dans l’organisation qui emprunte à la matière son support visible. Mais, nous le verrons plus tard , c’est en les transformant, en se les assimilant,que la vie entre en rapport avec ces forces inférieures. Celles-ci restent, à proprement parler, en dehors de la vie, n’en sont jamais le principe, la raison, ni la lin. Elles sont pour la vie un monde qui l’excite, qui lui offre des occasions ou

conditions d’agir, sur lequel elle s’établit et fonctionne, tant qu’elle conserve son libre exercice : mais que la vie soit atteinte et entravée dans son activité propre, et aussitôt tout rapport cesse ; le terrain matériel sur lequel elle se réalisait, se dissout, et les forces physiques sont impuissantes à le maintenir, même dans sa forme inanimée et immobile. II y a donc des rapports réguliers entre la vie et le règne anorganique. Développer la règle, l'harmonie, l’enchaînement de ces rapports, dont ici nous donnons à peine une lointaine indication, est une question majeure de doctrine, un des points de physiologie synthétique dont le retentissement, en pathologie, est le plus prolongé. Nous nous attacherons à cette étude, lorsqu’après la revue des systèmes, nous exposerons les conditions doctrinales de la vie. Mais s’il y a rapport, il n’y a jamais pénétration de l’ordre anorganique dans l’ordre vital : jamais un fait vital ne trouvera sa raison d’être, son interprétation légitime, dans les lois de la matière.

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