‹ Principes de pathologie généraleChapitre 42 sur 180 · LU · texte numérisé non relu

LU

Chlmltme.

La chimie moderne a essayé de rajeunir la devise organicienne : La vie est un résultat. Au lieu de laisser cette formule dans le vague, de la présenter dans une acception générale et indéterminée quant au mode, la chimie a spécialisé et dit : La vie est une suite non interrompue de réactions chimiques. Le chimisme est la forme aujourd’hui prépondérante de l’organicisme, mais ce n’est qu’une forme; le fond systématique n’a pas varié ; c’est toujours l’idée de résultat présentée comme fondement de la science, c’est toujours la négation de la vie comme cause et force propre. Nous n’avons donc pas à renouveler une réfutation de principe; celle qui précède demeure, en entier, applicable. Nous ne pouvons néanmoins ne pas accorder quelque attention aux préjugés chimiatriques ; ils

DE LA VIE

se sont produits avec tant d’audace et ont importé de telles prétentions dans la science des maladies, que ce nous est une obligation de les sonder à l’origine, dans leur affirmation première, dans la conception mère de la vie.

L’organisme vivant est un composé en incessante transformation sur tous les points, dans toutes les fibres des tissus, dans tous les courants d’humeurs. La chimie organique s’est adonnée à l’étude de ces transformations; elle a pris les matériaux empruntés au monde extérieur par le corps vivant, et en a suivi les modifications successives à travers la substance vivante , les a vus chimiquement devenir une partie de celte substance, et de transformation en transformation, s’en séparer et aboutir de nouveau au monde extérieur, dans lequel ils sont rejetés sous des formes diverses.

Tout entraînée à la poursuite de ces analyses, particulièrement fière, lors de l’ancienne chimiatrie comme aujourd’hui, des découvertes qu'elle opérait, inhabile à regarder au-dessus de ses opérations de laboratoire, méconnaissant les conditions premières du sujet dont elle s’emparait, la chimie dite médicale oublia bientôt, ou mieux ne comprit jamais qu’elle analysait seulement les matériaux sur lesquels la vie s’exerce, qu’elle ne saisissait que les manifestations des forces inférieures sur lesquelles domine et que dirige la vie, force supérieure ; elle ne sut rien voir de cet ordre nouveau que crée la vie en embrassant, en transformant en elle l’ordre chimique. La chimie pensa hardiment qu’elle tenait la vie en maniant la trame qui lui sert de support; elle ne vit pas que cette trame vivante dépassait, en la contenant, la trame morte, objet de ses opérations ; elle s’imagina trouver dans celle-ci la raison de la première, et ainsi prise au piège de ses illusions, la chimie est devenue le chimisme, c’est-à-dire une interprétation systématique de la vie elle-même.

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