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Appliquons cette division des idées à un exemple déterminé. Examinons un jugement quelconque, et de préférence un de ceux sur lesquels s'appuie toute science, celui-ci : Tout phénomène reconnaît une cause. Au fond de cette, affirmation, n’y a-t-il pas une double idée, l’une nécessaire, l’idée de cause; une autre relative et variable, tout phénomène ; et par suite deux parties de ce jugement, une invariable émanée de notre raison, et essence de notre esprit lui-même, l’autre, variable, transmise par les sens, par l’expérience pure ? On ne saurait avec les sensualistes rattacher exclusivement ce jugement à l’expérience; car nulle expérience ne fournit l’idée de cause, ni les conditions de nécessité et d’universalité qui y sont attachées. La notion de cause et de nécessité plane bien au-dessus de l’habitude, quelque constante qu’on la suppose. La sensation, dans certains cas, nous révélera, avec une infatigable régularité, une succession déterminée de phénomènes. Mais, ces phénomènes pour se succéder ainsi, n’en restent pas moins, devant la sensation, apparences pures, sans relation nécessaire entre eux. Même à ne pas sortir du monde sensible, une succession de faits considérée en soi, n’implique en aucune façon un enchaînement de ces faits, de façon que ceux-ci soient cause et ceux-là effets. C’est que la cause est une idée pure et absolue, et que les sens ne sauraient la percevoir dans le milieu qu’ils explorent et où elle ne réside pas. L’idée de cause ne surgit entre les phénomènes et ne les éclaire que lorsque l’esprit humain intervient cl les conçoit en lui et d’après lui, lorsqu’il les juge d’après des lois souveraines qui sont sa nature et son être Le principe de causalité s'inqiosH de lui-même
cl par l’aclivilé de noire entendement. Il est nécessaire et ne peut, en conséquence, dépendre de phénomènes contingents. Mille et mille comparaisons ne l’engendreront pas; il en différera toujours d’une absolue différence. Ces généralisations, fondées sur une prétendue répétition suffisante des faits, restent toujours particulières, et constituent des degrés dans la contingence, sans la pouvoir effacer jamais. 11 en est de même du caractère d’universalité; l’expérience ne le livrera jamais ; notre entendement seul l’ajoute aux connaissances empiriques, aux éléments variables et particuliers, et les élève ainsi à la condition de jugements véritables. Nous trouvons donc dans ce jugement : tout phénomène a une cause, les deux éléments, l’absolu et le relatif, le nécessaire et le contingent, que toute pensée enferme en elle. Toutes les sciences reposent nécessairement sur des jugements analogues à celui que nous avons choisi pour exemple ; le principe de causalité est présent dans toutes nos connaissances, et lui seul les fonde réellement.