VII
Gomment ces deux éléments des choses s'unissent-ils pour constituer la raison humaine et toutes les notions qui en découlent? Y a-t-il entre eux des rapports nécessaires? Chacun d’eux peut-il exister isolément; leur union est-elle libre, susceptible d’être ou de ne pas être, ou est-elle une condition nécessaire de leur existence mutuelle? Question aussi importante que la détermination même de ces éléments, et qui, méconnue, altérerait profondément les résultats auxquels tendent les notions précédentes.
Si l’on rentre en soi-même, on voit clairement que des deux éléments de la pensée, idées nécessaires et idées contingentes, l’un suppose l’autre, et que les isoler, c’est les détruire. Leur coexistence et leur mutuelle pénétration ne sont fias arbitraires, niais éternellement voulues par leur nature même. On ne peut,
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en effet, considérer à pari rélénienl simple d’uu côlé, l’élément composé de l’autre; la pensée, sous»peine de les perdre sans retour, doit les contempler d’une seule vue, confondus en une invincible étreinte. Séparons, par exemple, l’idée d’unité de celle de pluralité, que devient-elle dans l’isolement? Une unité stérile, incapable de rien fournir ni au-dessus, ni au-dessous d’elle, indéterminée et indéterminable, perdue dans les profondeurs inaccessibles de l’existence pure, ne pouvant se mouvoir ni être mue; car, au moindre mouvement que la pensée lui imprimerait, qu’on tentât de la diviser ou de l'ajouter à elle-même, l’idée de multiplicité apparaitrail, et la fiction tomberait. D’un autre côté, que sont la multiplicité et la variété privées d’une unité qui les engendre, qui les constitue et les préserve d'une dissolution sans termes, dans laquelle elles disparaîtraient à jamais insaisissables? Où s’arrêteraient-elles dans cet irrésistible entrainement vers le néant, si l'unité ne les pénétre et ne les relie en une totalité, en une collection quelconques?
Veut-on un exemple qui loucbe directement à la constitution des choses, et qui contient à lui seul la notion fondamentale de l’activité de la matière, de l’existence des corps, de la vie elle-même? Que l’on prenne l’élément l’urcc et l’élément quantité, le simple et le composé, et qu’on s’essaye à les éloigner l’un de l’autre. La force enlevée à la quantité, que devient celte dernière? La quantité est de soi divisible à l’infini; si une force active ne la maintient, ne la constitue substantiellement, rien ne saurait la préserver d’une dissolution qui se prolongera à l’infini. Si la matière ne se divise pas à l’infini, c’est que la matière n’est pas quantité pure, mais quantité réalisée par une force adhérente. Sans force qui la fixe, la quantité nous échappe, cl suivant l’expression de Pascal, elle fuit d’une fuite éternelle. En un mol, elle n’est pas et ne peut être. Que l’on imagine pareillement la force un instant isolée du composé, et l’on a une force perdue dans l'indétermination.
DE LA CONSTITUTION UES SCIENCES. Il
Elle s'immobilise et s’éteint dans les pilles régions de l’indéfini. C’est une activité incapable d’action, une prétendue cause qui ne saurait produire un effet. Comment percevoir une force que rien ne trahit ? Une existence muette, placée hors de tout regard, de toute perception possible, que ne décèlent aucune apparence, aucun mouvement, aucun acte, louche au néant, et, de bien prés, tend à se confondre avec lui.
Quelle que soit l’expression des idées nécessaires et des idées contingentes que l’on envisage, le résultat de l’examen demeure identique, puisque toutes les formes des idées nécessaires, le parfait, l’absolu, l’un, le simple, sont réductibles les unes dans les autres, et de même toutes les formes des idées contingentes.