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développement, lui attribuer le rôle prépondérant qui lui appartient dans la science entière de l’homme vivant, la concevoir comme la notion essentielle qui supporte et anime toutes les autres. Le physiologiste rencontre l’unité inscrite à l’origine de l’être, dans la cellule primitive qui constitue l’œuf humain ; il la voit se développer et grandir avec l’être, s’imprimer sur chaque fonction, sur chaque appareil, dominer et régler un mouvement de composition et de décomposition incessant et général. Cette unité fait concourir la vie de chaque partie à la vie de l’ensemble, ressent, harmonise, dirige toutes les sensations et actions particulières de l’être, de telle façon que le tout ressent ce qui est particulier, et que le particulier vit, sent, agit sous la dépendance du tout . et par le tout. Rien n’est soustrait à cette loi. Tous les appareils, toutes les' fonctions se pénètrent, se soutiennent mutuellement, en sorte que jamais l’un ne peut être absolument séparé des autres, et qu’étudier, comme isolé, un organe ou une fonction, c’est l’étudier en dehors même de la nature et aboutir à une connaissance erronée. C’est là la source des erreurs de la physiologie actuelle ; celle-ci sépare toujours, et ne sait sur cette séparation, que les hesoins de l’élude et de l’enseignement peuvent excuser, faire planer l’unité active et partout présente de l’être; on soustrait la fonction à ce qui en contient la raison, à ce qui en fait la vie; on l’affranchit au lieu de l’envisager comme une simple modalité de la vie commune, modalité assujettie à une inaliénable unité et réglée par cette loi suprême de l’économie vivante. C’est ainsi que la physiologie du tout échappe à travers les analyses de la partie, et que cette analyse elle-même, n’étant plus contenue et dirigée par la science du tout, flotte sans boussole et sans but.
L’unité est donc le caractère premier et générateur; nous la verrons bientôt se développer dans tous les sens, en une admirable variété, et, loin de s’v perdre, s’affirmer par les
rayons mêmes qu’elle projette sans s’épuiser ni s'affaiblir;
nous la verrons plus tard dominer aussi la pathologie et y devenir la plus pure lumière de l’histoire des maladies. L’organicisme, comme nous l’avons démontré, répudie de luimême celte loi fondamentale de l’être, car il n’y a d’unité possible que par une cause ou force engendrant la multiplicité organique; on la chercherait en vain dans une multiplicité d’où toute force est absente, où tout est dissociation, où les mouvements ne sauraient trouver que des mobiles épars, et passeraient d’un organe à l’autre suivant les seules lois de l’actiou chimique.
Les médecins, aussitôt la vie reconnue comme force, se croient tenus non-seulement de spécifier cette force, mais encore de la caractériser comme principe isolé, et de déterminer son rang dans le monde des êtres immatériels. Appartient-elle à l’àme ou en est-elle distincte? La plupart engagent, à ce sujet, do vives discussions, et chacun semble penser que décider ce problème présente une haute importance, et que la constitution doctrinale de la médecine y est enchaînée. A bien dire pourtant, la science de la vie et de la maladie demeure étrangère à ces questions , tout élevées qu’elles sont. Le médecin qui demande si la force vitale est une faculté de l’dme, ou une force distincte et attachée à un principe vital, glisse à l’ontologisme malgré lui. En rapportant la force vitale à l’àmc ou à un principe inférieur, il tend à la séparer de l’organisme, à la constituer en une entité réalisée à part et non confondue avec la matière organique; il n’envisage plus la vie connue s’engendrant avec l’organisme et évoluant avec lui, mais comme existant en dehors et simplement unie avec lui ; il imagine une subs Lan lialisalion de la vie indépendante de la substance vivante, et de la sorte il déplace les questions de doctrine médicale, et leur substitue des questions ontologiques dont l'intérêt, puissant ailleurs, ne saurait préoccuper
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noire science. Médecins, nous ne devons pas nous perdre ou nous dépenser sur des problèmes qui dépassent le ressort de notre observation. Notre doctrine doit s'attachera la vie uniquement comme force et cause propres des faits vitaux; l’essentiel pour nous est de la relier à tous les phénomènes organiques, de la concevoir comme portant en elle l’incessante génération de tous les actes vitaux, les conditions et les réalités de l’évolution organique. Voilà nos questions doctrinales, celles qui doivent transformer la science de l’être vivant et inaugurer le vrai vitalisme. Laissons le reste aux philosophes; écoutons, sans dédain, leurs hautes spéculations, fortifions notre esprit à leur école, mais gardons-nous d’y subordonner le sort de la médecine. Sachons plutôt que, parmi nous, ces problèmes ardus sont de préférence alwrdés par la foule des faciles rhéteurs, qui volontiers subissent une science organicienne dans ses développements, pourvu qu’en tête soit placée leur inscription favorite, âme ou principe vital.
D’autres ont prétendu aller plus loin. Quelques médecins, surtout ceux qui croient à un princi|ie vital, se sont demandé s’il n’était pas possible de pénétrer la nature de cet agent, quel qu’il fût. Ces mois, rernarquons-le bien, impliquent toujours la recherche d’une nature physique et sensible. Ainsi, Barthez se demande si son principe vital ne serait pas quelque substance matérielle plus ou moins accessible à nos sens ; il laisse la faculté de le croire, et ne trouve la demande ni la croyance contraires à la raison des choses. Le plus grand nombre accepte également qu’on pose la question, sans penser cependant que la chose soit jusqu’à présent résolue. « Tous les efforts de l’esprit humain, dit M. Gintrac, ont été inutiles pour dévoiler la nature de cet agent. »
Disons-le nettement, ces questions ne sauraient même être agitées ; celui qui accepte de s'y arrêter un instant méconnaît, dans ses caractères fondamentaux, la notion de cause et de force ; il subit le préjugé sensua liste qui, voulant se tout sou-
mettre et partout introduire le visible et le tangible, aboutit à poser des demandes insolubles, parce qu’elles vont contre l’essence des choses. On croirait dévoiler la nature de la force vitale si l’on parvenait à rendre celle-ci saisissable, à la montrer comme un gaz on un fluide subtil que nos sens pourraient isoler ou suivre, à l’assimiler à quelqu’un des agents sensibles du monde physique. Matérialiser ainsi la force vitale serait le premier pas pour en instituer une étude directe et matérielle. Ce pas fait, on aurait l’espoir d’arriver à la contraindre physiquement, à la condenser ou à la diminuer, à l’accumuler ou à la dissiper, à la diriger dans tel sens ou sur tel point.
Illusions et vains désirs! La force vitale est force ou elle ne l'est pas; elle est cause ou elle est effet, unité ou pluralité. Si elle est force, cause, unité, sa nature n’a rien de sensible; il n’y a pas à la déterminer par des recherches directes. La nature d’une force se dévoile par la succession des phénomènes dont la force est le lien ; mais les sens, en regard des phénomènes, restent muets sur la notion de force. C’est aller contre son essence que de tendre à la force par nos sens; elle n’est justiciable que de notre raison; elle relève du sens spirituel, des idées nécessaires et nullement de l’analyse. La nature de la force vitale repose donc dans l’enchaînement des actes vitaux, dans les conditions essentielles de ces actes perçues par l’innéité intellectuelle. On approche d’autant plus de cette nature que l’on a pénétré plus profondément les nécessités et la succession réglée de ces actes. Si la force vitale n’est pas force et cause comprise ainsi, elle n’est pas en tant que force. Rapprochée à quelque degré que ce soit du monde divisible, conçue comme un fluide plus ou moins perceptible, elle devient à son tour une sorte d’agrégat matériel, et dès lors nous sommes en droit de demander où sont la force et la cause de cet agrégat. La force vitale est une force, et c’est là sa seule nature; on voit que cette nature n’en est pas une dans le sens physique attaché
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par les auteurs à ce mot. Il n’y a pas à In poursuivre par aucune voie expérimentale, ou du moins l'expérience ne peut nous la révéler que par son évolution à travers les phénomènes, les actes, les générations organiques. Gardonsnous de recherches et de questions qui prouveraient que nous ne comprenons pas les conditions premières de ions ces problèmes.