‹ Principes de pathologie généraleChapitre 56 sur 180 · S LXVI · texte numérisé non relu

S LXVI

Les physiologistes voués à la dissociation expérimentale pensent répondre aux nécessités d’unité dont témoigne l’organisme vivant, en attribuant au système nerveux cette unité comme fonction. C’est le système nerveux qui fait, suivant eux, que l’organisme est un, que toutes ses parties se correspondent, que les fonctions s’enchaînent, que les synergies organiques concourent, que la vie, en un mot, marche régulièrement à sa lin. L’unité ne semble plus ainsi une force inaccessible aux sens ; elle est l’attribut d’un vaste appareil organique, partout répandu et agissant, et à travers lequel circule une espèce de fluide, une force nerveuse. Or, que l’unité vitale s’exprime et agisse de préférence par le système nerveux, on peut l’accorder; mais en quoi cela infirme-t-il l’idée d’unité? Est-ce par lui-même, par son organisation physique, que le système nerveux sent et agit? Si l’on répond affirmativement, on affirme, du même coup que la vie est un résultat; on la nie comme cause et force; on la fait rentrer dans l’ordre physique; on professe l’organicisme absolu. Si l’on avoue, au contraire, que le système nerveux ne trouve sa vie propre que dans et par la vie générale, qu’il est une modalité de la vie une, de la vie cause et force, on proclame par là l’unité vitale; et dès lors on ne peut restreindre au système nerveux cette unité, elle embrasse l’organisme tout entier, quels que soient les appareils organiques spéciaux par lesquels elle transmet et accom-

PRINCIPES DE PAT'IOLOGIE GÉNÉRALE, plit les mouvements qu’elle conpoit et régit. C’est donc mal dissimuler le grand fait de l’unité vitale, et les nécessités doctrinales qui lui sont attachées, que de le cacher derrière une sorte de localisation nerveuse, sans se demander pourquoi ce système lui-même est en possession de celte action.

C’est en outre pauvrement rétrécir le rôle de i’nnité, de loi donner comme unique instrument, au sein de la vie, le système nerveux. N’y a-t-il donc que le système nerveux qui retlète la vie et en gouverne les harmonies profondes? Où est le système nerveux, dans la cellule embryonnaire, si imbue d’unité, et qui, sous cette loi, va si merveilleusement multiplier et se transformer? L’évolution de l’être, ce travail suprême de l’unité, est-elle sous l’unique dépendance des centres nerveux, ne reconnait-elle pas une force plus étendue ;et dominatrice? Dans l’organisme parfait lui-même, n’arrive-t-on pas à des régions cellulaires où la vie et la fonction persistent, et où cependant rien ne prouve le retentissement direct de l’activité nerveuse, où tout démontre, au contraire, l’absence de l’action nerveuse? C’est en détruisant les rapports mutuels des grands appareils organiques, que la destruction de la vie nerveuse éteint la vie générale et non par l’extinction de la vie propre de l’élément cellulaire. Une analyse plus avancée suffit à renverser les hypothèses faciles d’une analyse imparfaite. M. Virchow qui montre si bien que la vie fonctionnelle, nutritive et formatrice, trouve sa dernière expression et son dernier agent visible dans la cellule, mais qui en même temps se livre à une dissociation si absolue des éléments organiques, que pour lui l’organisme n’est plus qu’une immense agglomération de cellules, sans que jamais il cherche la raison de cette agglomération, ni comment celle-ci se traduit en ce merveilleux effet d’un être vivant, M. Virchow se refuse à admettre une unité vivante, dont nulle part il ne trouve l’organe défini. 11 ne se demande pas si un pareil organe est possible, ou si pat' hasard ro ne serait pas l’organisme Ion entier lui-même.

MS LA VfE.

Non, tant qu’on pool diviser, on no doit pas s'arrêter; car la raison et l'unité de l'être sont sans doute contenues dans le dernier terme des divisions. Kn conséquence, M. Virchow nie tnule autre unité que celle de fa cellule, et il réfute l'opinion «le ceux qui considèrent le système nerveux comme organe spécial de l’unité. 11 montre sans peine et à plusieurs reprises que la cellule vit et fonctionne en dehors de l’action du système nerveux.

Envisageant directement le système nerveux lui-même, il ne découvre pas en lui les conditions anatomiques et physiologiques de l'unité, telles que l’exigent les idées organiciennes : « Il est facile de dire, écrit-il, que le système nerveux, représente la véritable unité dans le corps humain, puisqu’il n’existe pas d’autre système plus complètement répandu dans toutes les parties périphériques et dans les organes les plus divers. Mais cette vaste extension elle-même, ces moyens d’union si variés qui relient les diverses parties du système nerveux sont loin de le représenter comme le centre de toutes les fonctions organiques. Nous avons trouvé dans l’appareil nerveux des éléments cellulaires particuliers, servant de points centraux à la motilité, mais nous n’avons pas trouvé une seule cellule ganglionnaire d’où tout mouvement prenne en dernière in stance son point de départ : les appareils moteurs particuliers et individuels sont reliés à des ganglions moteurs particuliers et individuels. Les sensations sont rassemblées dans des cellules ganglionnaires spéciales; mais là aussi la cellule, centre de toute sensation, fait défaut, et nous la trouvons remplacée par un grand nombre de centres minimes. Les fonctions du système nerveux, et elles sont très nombreuses, ne nous montrent d’autre unité que celle de notre propre conscience; l’unité anatomique ou physiologique n’a pu jusqu’à présent être démontrée nulle part. Et quand bien même on admettrait que le système nerveux, malgré ses centres fonctionnels si nombreux, est le point central d’où partent toutes les fonctions

PRINCIPES DE PATHOLOGIE GÉNÉRALE, organiques, on n’aurait pas avancé la question d’un pas, on n’aurait pas trouvé l’unité absolue. Penser, à tous les obstacles qui s’opposent à l’admission d’une semblable unité, et vous verrez que nous avons toujours été abusés par un phénomène mental du moi, que notre conscience s’est trompée dans l’appréciation des processus organiques. »

L’anatomie et la physiologie, l’histoire du développement organique, l’étude approfondie de la constitution histologique de l’être vivant, enlèvent donc au système nerveux cette fonction spéciale de l’unité vitale. Celle-ci n’a pas d'organe isolé et distinct.

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