LXVII
Et en effet, qu’est l’unité vitale, sinon l’élément simple et causal de l’organisme, la vie elle-même considérée en tant qu’une, l’être considéré en tant qu’individu? Comment chercher un autre organe à la vie que l’économie vivante ellemême? Ce moi, dont SI. Virchow fait si bon marché, quelle analyse pourra l’effacer? Lui vouloir une espèce de siège, un instrument séparé du tout, c’est-à-dire de lui-même, c’est aller contre son essence : une force ne se localise pas ; elle est partout et nulle part. La vie est une parce qu’elle n’occupe pas seulement une partie de l’organisme, mais parce qu’elle le pénètre jusqu’aux derniers atomes, parce qu’elle se confond organiquement avec lui par delà les infinies divisions que la pensée peut concevoir. Cette invincible et mystérieuse union est la condition de toute unité et de toute substance, mais il ne nous est pas donné d’en sonder le comment et l’abime. L’unité vivante se subslantialise jusque dans les profondeurs inaccessibles de l’organisation par les éternelles nécessités qui commandent à l’étreinte de la force et du composé, de l’un et du multiple. Nous le savons déjà, si la force s’arrêtait dans la pénétration du composé, la partie non pénétrée du composé
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se dissoudrait aussitôt, et la base même où s’incarnait la force disparaîtrait. On aboutirait à une impossibilité, et une existence ainsi conçue ne serait qu’une fiction. Pareillement si la vie n'imprégnait pas à l’infini la matière organique, si elle s’arrêtait à un terme déterminé, il s’ensuivrait qu’au delà de ce terme la matière organique soustraite à la vie tomberait exclusivement sous d’autres forces, lesquelles seraient les forces physiques libres, et par cela seul, la constitution de l’économie deviendrait impossible. Ces forces physiques maîtresses sur un point, en dissoudraient les éléments suivant leur action propre, pour les livrer au monde inorganique, et la vie manquant de base, manquant du point d’arrêt qu’on prétendait lui fixer, verrait se dérober devant elle toute détermination organique. Il semble qu’il y ait un point où la force et la vie s’identifient au composé, la force devenant une sorte de matière simple, la matière se perdant dans l'activité de la force. A ce point nous tombons jsn éblouissement, suivant une expression de Montaigne.
La vie est donc une et à la fois projetée dans l’infinie divisibilité des tissus vivants, et elle la suit, sans l’abandonner, à quelque division que notre esprit la pousse. Cette constitution de la vie ne s’affirme pas seulement dans les réalités abstraites de l’entendement. Le microscope la surprend presque par delà lamatière organique visible. Elle se lit en effet dans celte évolution cellulaire où les noyaux deviennent cellules; les nucléoles, noyaux; les granules de nucléole, nucléoles eux-mêmes, et tout cela se succédant et se renouvelant sans fin. L’animation et la vie se trahissent ainsi jusqu’au point extrême auquel nos sens atteignent et par delà encore.