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Quelle est la condition essentielle de cette mutuelle pénétration de l’un et du multiple, de la force et de la quantité? Cette condition découle de la nature même des rapports qui relient ces éléments. La force est nécessaire à la quantité, celle-ci à la force, et celte nécessité est absolue ; elle va donc à l’infini. La force doit, en effet, pénétrer à l’infini la quantité. Si elles’arrêtaitàun point déterminé dans cette pénétration, la quantité qui resterait en dehors n’aurait plus île raison d’être; et le point arbitrairement choisi pour détermination à la force, disparaîtrait avant toute réalisation possible de celle-ci. La quantité ne serait pas seule anéantie. La force entravée dans sa poursuite de l’infini succomberait aussi dans cette fiction, line unité, de son essence, doit pouvoir se développer en nombres sans fin; une activité nécessaire ne peut être arrêtée dans sa marche, sans être brisée. Une force qui ne se meut pas à l’infini dans le composé qu’elle anime, n’est ni unité, ni activité; ni force ; elle perd tous ses caractères en cédant, un moment, devant la quantité pure qui est de soi inertie et division. Elle devient contingente et limitée comme la quantité qui l’arrête.
l'Itl.NCirES UK PATHOLOGIE GENERALE.
La force et la quantité, l’unité et la pluralité, se soutiennent et sc pénètrent en une union sans fin. Comment concevoir cette union et son incessant enfantement? Considérer ces deux éléments à part pour les pousser ensuite l’un vers l’autre, et les amener à une alliance qui nous livrerait la pensée, la raison humaine, la constitution des choses, serait renouveler l’erreur desÉléates. L’éternité, l’infini, l’unité, la force, se trouveraient d’un côté ; la multiplicité, le fini, la quantité, seraient de l’autre ; rien ne comblerait l’abîme qui les sépare, et l'impossibilité de ces existences isolées ruine par avance un rapprochement même fortuit ou arbitraire. L’idée de cause nécessaire, d’activité préexistante, quoique aussitôt réalisée dans l’acte, résout cette difficulté, hors de là insurmontable. Si, en effet, les éléments nécessaires et les éléments contingents se doivent l’un à d’autre pour exister en fait, il n’est pas moins évident que dans l’ordre intrinsèque des choses, dans l’ordre en soi, le contingent, le variable, le multiple, ne peuvent exister sans que, préalablement, aient existé l’unité et la force, dont ils sont en quelque sorte Indétermination et le prolongement dans le temps et l’espace. < L’unité, la perfection, la substance, l’éternité, l’espace absolu, écrit M. Cousin, nous paraissent l’affirmation, le positif, l’idée supérieure et antérieure, dont la diversité, le fini, l’imparfait, le momentané, le successif, ne sont que la négation. C’est donc l’unité qui préexiste à la variété, comme l’affirmation à la négation, comme dans d’autres catégories l’ètre précède l’apparence, la cause première précède la cause seconde, le principe de toute manifestation précède toute manifestation. » Mais cette existence préalable n’existe qu’en puissance; en fait, elle s’efface aussitôt que conçue; et cela par suite de l’idée de cause première et absolue qui lui est invinciblement attachée, et qui nécessairement la détermine à l’acte, au développement
instantané et continu par le multiple et le contingent. « L’immensité ou l’unité de l’espace, ajoute M. Cousin, l’éternité ou l’unité du temps, l’unité des nombres, l’unité de la perfection, l’idéal de toute beauté, l’infini, la substance, l’être en soi, l’absolu, c’est une cause aussi ; non pas une cause relative, contingente, finie, mais une cause absolue. Or, étant une cause absolue, l’unité, la substance ne peut pas ne pas passer à l’acte, elle ne peut pas ne pas se développer. »
Telle est l’essentielle subordination du contingent par rapport au nécessaire ; il en procède, à l’origine, comme l'effet absolu d’une cause absolue. C’est l’image véritable de notre pensée, vivant reflet de l’infini et de l’absolu. Bornée, notre pensée est une cause bornée. Mais dans la sphère où il lui est donné de s’étendre, son activité traduit l’activité souveraine dont elle émane. A l’aide des idées innées, elle remonte jusqu’à la substance et à la cause en soi, et trouve là d’inébranlables appuis. Ainsi assurée, elle descend sur les phénomènes sur le monde mobile et variable qui tombe sous nos sens; elle les féconde par la cause et l’invariable qui sont en elle, et transforme en connaissances réelles, en jugements positifs, des perceptions fugitives et éparses.
Cet aperçu de la raison humaine et des conditions do nos connaissances, loin d’être une élude vaine et étrangère à notre sujet, nous livre les assises directes de la philosophie médicale sur lesquelles nous aurons à élever la connaissance synthétique de la vie, et, avec elle, celle de tous les faits vitaux.
Mais pourquoi, dira-t-on, soumettre la médecine à la philosophie? Celle-ci n’est-elle pas un abîme de contradictions, où se noie toute certitude, toute notion réelle? Qui nous délivrera de la philosophie médicale, s'écriait un membre de l’Académie de médecine? Autant demander qu’on nous délivre du moi
PRINCIPES DE PATHOLOGIE GENERA l.K.
importun de science, et de ses austères nécessités, de la rai sou et de ses recherches usées du raisonnable ; autant demander un sommeil sans angoisse dans un empirisme bien matériel, dans une contemplation satisfaite du lait brut ; autant défendre tout retour de l’esprit sur nos sensations amassées ; ou du moins, si cette défense paraît une loi trop dure, et si nous l’enfreignons malgré nous et par des instincts irréfléchis, ne laisser à notre intelligence affaissée que la permission ou le pouvoir d’interpréter le fait d’après de grossières imaginations, et en faisant du monde vivant une espèce de machine informe où tous les principes d’action sont tour à tour invoqués à contre-sens. Telle est l’alternative dont les preuves sont partout écrites autour de nous.
Quoi qu’on en ait, tout est soumis aux lois éternelles des choses que Ton appelle philosophie. On ne pense, on n’agit, on ne sait qu’à leur lueur. Le médecin, qu’il y consente ou non, les subit, et cela à chaque page d’une description morbide, à chaque étude clinique, à chaque détermination thérapeutique motivée. Tous se courbent sous ces exigences communes; seulement, les uns y cèdent en aveugles, marchant au hasard , à travers d’incessantes contradictions ; les autres, cherchent à prendre conscience de l’œuvre qu’ils accomplissent et s’efforcent d’en saisir les conditions essentielles, la raison première. Sous quelles inspirations se doit-on ranger, sous celles qui s’abandonnent au flot mouvant, ou sous celles qui se dirigent et se connaissent '? De quel côté conduira un sens net et droit, c’est-à-dire le bon sens que notre école sensualistc appelle volontiers en témoignage’?