LXXIX
Les forces physiques, dans leur action, s’emploient invariablement tout entières : elles donnent toute leur puissance, développent nécessairement loute l’activité renfermée en elles. 11 n’en est pas ainsi des forces vitales. Les forces qui agissent ne sont pas toutes celles qui animent un organisme ; il y a, en outre, les forces en réserve et comme cachées dans l’économie. Ces forces en puissance alimentent les forces en action, suivant les besoins qu’éprouvent celles-ci pour accomplir l’acte qui est leur but; mais elles constituent un fonds commun qui n’est pas dépensé tout entier à l’accomplissement ordinaire des fonctions organiques. De là, la division des forces en agissantes et en radicales, proposée par Barthez. Quoiquedistinctes, ces forces ne demeurent pas étrangères les unes aux autres : elles sont liées entre elles, de façon que les premières, les forces agissantes, trouvent dans les secondes leur origine et leur renouvellement continu, et que d’un autre côté les forces radicales s’entretiennent et s’accroissent par le libre et plein exercice des forces agissantes dans les divers organes et appareils. Ceux-ci sont les pourvoyeurs de la force intime qui adhère dans les profondeurs de l’économie et fournit aux mouvements vitaux le contingent, la somme de forces qui leur es! nécessaire. Sous un autre point de vue, on peut dire que les forces agissantes sont les forces incessamment afférentes à la multiplicité fonctionnelle, à la pluralité organique, à l’instrument actuel qui résonne dans l’harmonie vitale; les forces radicales se rapportent à l’unité, à la vie du tout, à l’énergie suprême qui conçoit et effectue l’harmonie.
Barthez, avons-nous dit, a le premier établi ces distinctions
UE LA VIE
des forces, et tracé les rapports qui les unissent. La citation suivante empruntée aux Nouveaux éléments de la science de l'homme, achèvera d’éclairer ce sujet :
* Dans le système entier des forces du principe vital, il faut distinguer, et les forces que ce principe fait aijir à chaque instant dans tous les organes, suivant qu'il est déterminé par ses lois primordiales ou par des causes qui lui sont étrangères, et les forces radicales, ou qu’il a eu puissance pour continuer l’emploi naturel de ses forces agissantes
» Les forces agissantes dans les organes ont leur origine dans les forces radicales, dont la distribution à chaque organe est déterminée ou par des causes primordiales de nature inconnue, ou par des causes qui sont étrangères au corps vivant, et qui l'affectent suivant des rapports qui ne sont connus que par l’observation.
» L’énergie primitive des forces radicales est sans doute différente dans chaque homme depuis la naissance, et elle est susceptible de variations continuelles d’accroissement et de décroissement.
» Les accroissements de ces forces se font d’une manière directe par l’action de divers fortifiants, qui peut se porter immédiatement sur ces forces. Il est aussi naturel que des remèdes fortifiants, tels, par exemple, qucle quinquina, puissent augmenter directement les forces radicales du principe vital, qu’il est que les poisons puissent attaquer directement et même détruire ces forces radicales.
j Mais les accroissements des forces radicales qui sont produits indirectement par un exercice de fonctions qui est conforme à la santé, demandent une attention principale. Ceuxci sont toujours en raison composée de l’intensité d’action que les forces agissantes déploient dans chacune des fonctions principales de l’économie animale et de la conservation des rapports d’activité entre toutes ces fonctions, que l’habitude a établis danslaforme de santé qui est propre à chaque individu. »
lilINCIPES DE P.VTIIOLUGIE GÉ.NÉIIAI.E.
§ IAXX.
Celle dislinclioii des forces radiealesctagissunlcs n’esl pas seulement propre à la physiologie; elle est toujours présente dans la médecine pratique, et se retrouve au fond de toute appréciation pathologique des forces. \.' oppression et la résolution des forces, par exemple, seraient impossibles à concevoir, à discerner l’une de l’autre, si elles ne reposaient sur la division des forces en action et des forces en puissance. Dans l’oppression, les forces agissantes sont seules atteintes; derrière se maintiennent souvent intactes les forces radicales. Dés lors il n’y a qu’à lever les obstacles qui accablent l’action, et les forces agissantes reparaîtront, émanant librement des forces radicales. Dans la résolution, au contraire, les forces radicales sont frappées; les forces agissantes s’affaissent donc, non parce qu’elles sont opprimées, mais parce que la source où elles puisent est tarie. C’est en étudiant ces conditions diverses de l'état d’oppression et de résolution des forces, que Darthez a fondé la théorie protir/ue îles maladies ma/iijnes, laquelle, quoique incomplète et écrite en un langage systématique, n’en est pas moins un remarquable exemple de l’application à la médecine, de vérités et de faits physiologiques.
Toutes les questions que le praticien doit résoudre relativement à la diminution ou à T exaltation des forces, le sont par ces mêmes distinctions. En face d’une diminution des forces, il doit rechercher s’il y a décroissement seulement des forces agissantes, ou en même temps affaiblissement des forces radicales. Dans l’exaltation des forces il examinera s’il y a exaltation d’action sans exaltation correspondante ou même avec affaiblissement des forces en puissance, auquel cas ces dernières seraient bientôt épuisées. Lorsqu’au contraire il y a maintien ou accroissement simultané des forces radicales,