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Nous ne dépasserons pas ces caractères inaliénables et généraux de la vie. Nous nous sommes attaché à ces notions d’une manière inusitée en pathologie : la suite de ce livre nous justifiera. Nous montrerons qu’elles reparaissent sous toutes les vérités médicales essentielles, et qu’elles en sont le soutien naturel. La maladie, c’est encore la vie : l’essentiel et le nécessaire de la vie le sont, par conséquent, de la maladie.
11 y a plus : les grandes empreintes de la vie deviennent plus saillantes dans la maladie. Au milieu du trouble qui saisit toutes les manifestations organiques, l’immuable qui les domine, frappe davantage ; il se dégage et se manifeste plus librement; il est le seul ordre qui subsiste dans un désordre souvent général. En outre, les lois primordiales de la vie onti’i remplir ici un rôle en quelque sorte plus considérable. Dans l’état de santé, elles animent, dirigent et harmonisent les fonctions diverses; dans la maladie, elles ont à rétablir une harmonie troublée, à lutter contre les causes de mal, à soulever et à coordonner des actions organiques inusitées, afin de ramener l'économie dans les voies de la santé. Or, l’état de lutte exagère les conditions des forces qui y sont engagées, en développe et accroît l'intensité active. Les traits qui les accusent deviennent plus tranchés que dans l’état de tranquille possession. Celui donc qui a appris à discerner les caractères essentiels de la vie, reconnaîtra plus sûrement encore ceux de la maladie; il pénétrera d’autant plus dans la difficile intelligence des condi-
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lions anomale?, «les inslinels «le la nature souffrante et de la fin où elle tend, qu’il aura mieux saisi les conditions régulières, les instincts de la nature saine et son but légitime.
g LXXXIV.
Devons-nous, maintenant, par un retour vers l’exposé qui précède, montrer combien notre vitalisme s’éloigne des enseignements communément donnés, sous ce nom, dans les écoles ; combien il se distingue des conceptions incomplètes de Slabl, de cet animisme qui considère l’agrégat organique comme une obéissante machine; et du vitalisme sceptique et nominal de Barthez, qui croit animer suffisamment l’organisme par un être douteux, par un principe fictif, invoqué pour accommoder le discours et y tenir lieu des réalités ignorées? Ce serait reprendre .un travail déjà fait. Les différences ne ressortent-elles pas d’ellcs-mèmes? El notre exposition doctrinale de la vie n’est-ellc pas une réfutation nouvelle à ajouter à celle déjà émise de l’animisme stablien, et de l'hypothèse du principe vital?
Ces dernières formes doctrinales semblent nous menacer d’un retour. Principe vital, animisme, sont devenus aujourd’hui l’occasion recherchée de discussions vaincs cl de professions de foi surannées. Tout cela, néanmoins, reste à la surface de la science et ne la pénètre pas plus que ces forces ontologiquement constituées, arbitrairement concrètes, ne pénètrent la matière vivante. La plupart des médecins qui s’y complaisent, n’y prennent pas l’horreur d’une science organiciennc, mais le goût et l’habitude des associations contradictoires. Dans notre milieu scientifique, on ne conçoit guère une vérité, de façon que, acceptée, elle conduise à rejeter sûrement l’erreur qui en est la négation. Non, on ne tient fortement ni aux unes ni aux autres; on les affirme et renie tour à tour.
UE LA VIE
Ces impuissances de l’esprit, ces défaillances de jugement sont déguisées, parmi nous, sous le nom d’éclectisme. On nous les présente comme l’expression du bon sens : je ne sais rien de plus funeste en science. Veut-on en juger sur un exemple? Je l’emprunterai au savant ouvrage de M. Ginlrac : « Plus on y réfléchit, dit ce médecin, plus on peut se convaincre que la vie n’est pas seulement un effet, une conséquence de l’organisation ; qu’elle ne lui est pas strictement subordonnée, bien qu’elle lui soit nécessairement unie. La vie est à la fois un principe et un résultat. 11 n’y a pas de vie sans transmission préalable, pas d’organisation sans impulsion vitale première, pas de vie manifestée et propagée sans organes. Les organisons elles vitalistes purs sont donc lour à tour dans le vrai; mais en se plaçant à des points de vue opposés, les uns et les autres morcellent et rétrécissent l’horizon qu’ils devaient embrasser. » Dans ces lignes banales, tout est incertitude et contradiction. La vie est à la fois un principe et un résultat! Quelle est celte logique qui attribue à une existence des contraires qui s’excluent? 11 n'y a pas, suivant M. Ginlrac, d’organisation sans impulsion vitale première, et sous ce langage entaché d’ontologie et de mécanicisme, il veut exprimer que la vie est un principe. Soit : mais, ceci admis, comment concevoir qu’elle est pareillement un résultat, par cela qu’il n’y a pas de vie manifestée et propagée sans organes? La vapeur, la force qui fait mouvoir une machine est un principe : de ce que sans celte machine, elle ne saurait manifester son pouvoir, s’ensuit-il qu’elle est un résultat de la machine? Les organiciens et les vitalistes, dites-vous, sont lour à tour dans le vrai : qu’est-ce à dire, et comment deux affirmations relatives à un même sujet, et dont chacune est la négation de l’autre, peuvent-elles être vraies tour à tour? Que serait une science dont les données fondamentales seraient ainsi changeantes, où successivement Je vrai pourrait devenir faux elle faux devenir vrai? Comment enfin les vérités du vitalisme rétrécissent-elles l’horizon qu’elles
devraient embrasser? Ce fait ne valait-il pas la peine d’être appuyé de quelques preuves?
On veut tout concilier, l’erreur et le vrai. Or, celte tentative est déjà une erreur et la preuve que l’on ne voit le vrai qu’à travers un épais bandeau de confusions et de doutes. Aussi glisse-t-on bientôt sur la pente des systèmes, et l’on est emporté, malgré soi, dans les voies faciles et trompeuses du sensualisme. On acquiert peut-être, et l’on expose, dans de volumineux ouvrages, beaucoup de science ; mais cette science, frappée au cœur, expire sans livrer une seule et féconde notion. Tel est le vrai danger : non-seulement ce prétendu éclectisme ne nous fera jamais pénétrer dans la réalité de l’être vivant, dans la notion substantielle de l’unité vitale et de la vie des organes, dans la vérité des rapports de la nature extérieure avec la nature intérieure et réagissante; loin de là, il ne cache qu’un embrassement délinitif, quoique inavoué, de toutes les erreurs de l’organicisme. Les concessions éclectiques du début amènent aux lèvres les mots de force vitale, mais ces concessions n’obligent pas longtemps et sont oubliées sur le terrain pathologique ; on redevient organicien par nonchalance d’esprit et sous les entraînements de la sensation. C’est que, pour étendre à la science entière les vérités premières et essentielles, il faut se pénétrer fortement de celles-ci; dès lors on n’est plus éclectique, on est l’homme de ces vérités, on vit de leur vie et l’on en poursuit incessamment les applications; on ne les abandonne pas devant les obscurités phénoménales pour y substituer l’erreur que l’on repoussait en principe ; on les retient d’une main ferme, au milieu même de la nuit des faits, jusqu’à ce que s’éclairent, à cette lueur, les points obscurs, les régions inexplorées.
CHAPITRK IV.