‹ Principes de pathologie généraleChapitre 71 sur 180 · S LXXXVI · texte numérisé non relu

S LXXXVI

Les définitions sincèrement organicienncs de la maladie ne pouvaient hésiter; elles devaient présenter la maladie comme résultant d’une altération dans la composition des organes, altération de forme, de volume, de consistance, de couleur, de texture intime. La maladie ne pouvait prendre ses caractères ailleurs et plus haut que la vie. Le dogme était des lois nécessairement écrit : une lésion primitive, et comme conséquence de la lésion, les symptômes successifs, la maladie ellemême.

On a objecté, sur le terrain des faits, qu’il existait des désordres fonctionnels, des maladies sans lésions organiques. Cette objection a été repoussée comme absurde à priori, et les laits n’ont pas été admis à en justifier. « S’il est un axiome en médecine, dit M. le professeur Bouillaud, c’est assurément celte proposition, savoir : qu’il n’existe point de maladie sans lésion d’un organe ou d’un élément organique. Soutenir le contraire, ce serait soutenir implicitement qu’il peut exister des fonctions sans organes, c’est-à-dire une palpable absurdité. » 11 n’existe pas de fonctions sans organes; on en implique qu’il n’v a pas de maladie sans lésion. D’où découle celte conséquence? Pourquoi la lésion serait-elle à la maladie comme l’organe à la fonction? Qui le démontre? Pourquoi des organes d’une structure intègre ne pourraient-ils fonctionner d’une manière anomale et pathologique? Mais il n’importe, et acceptons cette assimilation. Que prouve-t-elle? Eu quoi conclutelle à ce que la maladie accompagnée de lésion ait son origine et son essence dans la lésion? Nous avons eu à juger cet étrange syllogisme : il n’y a pas de fonction sans organe , donc la fonction résulte de l’organe ; celui-ci : il n’y a pas de maladie sans lésion , donc la maladie résulte de la lésion, ne vaut pas mieux et ne mérite pas une réfutation nouvelle.

IDÉE GÉNÉRALE ET DÉFINITION DE LA MALADIE. 103 Néanmoins, à nous en tenir aux faits, ce que ne sauraient refuser les médecins, pour qui toute connaissance positive repose sur les faits, que dire de cette assertion? N’est-elle pas condamnée par l’unanime observation? Récamier y répondait ainsi : « Il n’y a pas de symptômes sans lésion organique, soit; en ce cas, il faut déterminer la lésion organique présumée chez cet enfant en convulsion par la titillation de la barbe d’une plume à la plante des pieds; chez ce lipolbymique qui récupère la santé par la projection de quelques gouttes d’eau froide au visage et de la position horizontale, etc., car il n’est pas de forme de symptôme si grave que je ne puisse faire voir survenant et cessant par des agents incapables de produire l’inflammation ou de la faire cesser, et, à plus forte raison, insuffisants pour produire la moindre lésion organique. »

M. le professeur Monneret, après avoir accordé que le raisonnement, une analogie puissante, conduisent à penser que toute altération de fonction suppose une altération de structure, conclut pourtant à la négation absolue de cette proposition. » « lin premier fait capital, écrit-il, et qui doqiine la pathologie tout entière, est celui-ci : Les troubles fonctionnels n’ont pas besoin, pour exister, qu’il se développe préalablement une lésion matérielle, soit d’un solide, soit d’un liquide. »

M. Monneret érige même en loi la remarque déjà faite par Récamier : « 11 faut aller plus loin, dit-il en effet, et ériger en loi générale un fait non moins décisif, et qui doit figurer en tète de toute la pathologie spéciale et générale; voici cette loi : II n'existe pas un seul acte morbide, un seul trouble fonctionnel, un seul symptôme, une seule maladie, que ne puisse produire à lui tout seul, et en l’absence de toute espèce d’altération de structure, un simple trouble d’acte ou de fonction. » Dans ces lignes, nous voudrions retrancher ces mots, une seule maladie, qui nous paraissent consacrer une erreur. M. Monneret appuie sur cette erreur en reproduisant immédiatement en ces termes la loi précédente : « Ou si l’on aime

mieux, nous ne connaissons pas une seule maltulie avec altération d’organe qui ne puisse être provoquée également sans altération de l’organe, par le seul fait de la lésion de sa fonction et des propriétés vitales. » N’est-ce pas aller trop loin? Une maladie avec altération d’organe peut être simulée, mais non réellement provoquée, déterminée par une maladie sans altération d’organe. 11 n’en est pas d’une maladie comme d'un symptôme. Celui-ci n’est qu’une apparence, un phénomène, et peut se rattacher à des affections morbides essentiellement différentes. 11 ne faut pas dépasser l’affirmation de Récamier, qui renferme toute la vérité sur ce sujet : il n’est pas de forme de symptôme si grave qu’on ne puisse montrer survenantsans lésion comme avec lésion.

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