‹ Principes de pathologie généraleChapitre 74 sur 180 · LXXX1X · texte numérisé non relu

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Un ensemble invincible de faits s’oppose donc à cette expression logique de l’organicisme, la maladie est une lésion. L’aveu est forcé ; il est des cas où la lésion fait défaut ; il en est de plus nombreux où la lésion existante ne peut rendre compte de la maladie, malgré les inépuisables complaisances de l’esprit de système. Ne pouvant braver cette résistance des faits, et impuissants, d’ailleurs, A émettre un autre enseignement dogmatique sur la constitution de la maladie, à exposer un autre enchaînement des phénomènes morbides, les médecihs organiciens ont cru résoudre la difficulté en supprimant tout enseignement snr ce sujet, en gardant un absolu silence sur les conditions causales et effectives de la maladie. La lésion manque ou n’explique pas tous les désordres fonctionnels ; eh bien ! bornons-nous à mentionner sèchement la lésion, et à côté d’elle, les troubles fonctionnels, sans rien dire sur le rôle respectif et les relations réciproques de chacun. Traduisons la sensation pure et simple : elle nous montre des altérations et des désordres dans l'exercice des fonctions ; que notre définition rfy tienne, et qu’une curiosité indiscrète ne vienne pas en demander davantage. La raison de ces lésions et de ces troubles fonc-

IDÉE GÉXKliALE ET UÉFINITIOS UK LA MALADIE. 109 iionneis ne doit pas nous préoccuper ; elle ne tombe pas sous les sens; comment pourrions -nous la constater, et qu'en avons-nous besoin pour connaître, c’est-à-dire, pour voir et toucher le phénortiéne morbide ?

Nous rendons, sans l’exagérer, la pensée qui a inspiré la plupart des médecins organiciens condamnés à définir la maladie. Suivant eux, toute bonne définition doit être purement phénoménale. « Elle doit reposer, comme l’écrivait Choniel, sur des phénomènes que nos sens apprécient, et non sur la nature même des choses, qui leur échappe, et vers laquelle nous ne pouvons nous élever que par des abstractions et des raisonnements. » L’éminent professeur invoquait à son appui Dumas (de Montpellier), qui dans un Discours préliminaire placé en tête du Cours des fièvres de Grimaud, ne craignait pas de s’exprimer ainsi : « Les choses abstraites égarent l’esprit et le font souvent incliner à l’erreur; les choses sensibles l’éclairent et le dirigent toujours à la vérité. Il est donc plus raisonnable, plus conforme à la bonne philosophie médicale, de décrire les maladies d’après des idées simples, fournies par le rapport immédiat des sens, quo de les définir d’après des idées abstraites, fournies par la réflexion et le travail de l’esprit. » Quelles sont donc les idées simples, fournies par le rapport immédiat des sens ? N’oublions pas qu’en ce triste langage idée signifie sensation ; et dés lors tout se tient en un enchaînement irréprochable. De la sorte aussi, la réflexion et le travail de l’esprit deviennent particulièrement inutiles.

En se Conformant à ces principes, Chomel définit la maladie « un désordre notable survenu soit dans la disposition maté* rielle des parties constituantes du corps vivant, soit dans l’exercice des fonctions ». Cette définition ne pouvait offrir, dans l’école, que d’insignifiantes variations. MM. Hardy et Iléhier appellent maladie « toute modification, soit anatomique, soit physiologique, soit chimique, survenue dans l’économie accidentellement et en dehors de toute action organique régu-

lière ». M. le professeur Monneret ne s’éloigne pas davantage de cette interprétation : t La maladie, suivant lui, est un état normal du corps vivant caractérisé par une altération de structure ou par un trouble de fonction. » M. Gendrin propose une définition en apparence différente, mais au fond aussi stérilement analytique et phénoménale. « Une maladie, dit-il, est une réunion de phénomènes insolites, simultanés ou successifs, coordonnés entre eux, qui se développent par suite d’une altération dans les conditions physiologiques des organes. » Qu’est cette altération dans les conditions physiologiques des organes, sinon la chose à définir? Se borner à en faire mention, c’est ne la reconnaître que comme fait apparent et sensible; dès lors la définition ne traduit que le phénomène et n’apprend rien des réalités mêmes de la maladie.

§ xc.

M. le professeur Bouillaud apporte, dans sa Nosographie médicale, une définition qui semble contenir un élément nouveau et peu en harmonie avec ses opinions réelles. * La médecine, dit-il, est la science des maladies, c'est-à-dire des lésions survenues soit dans les conditions matérielles, soit dans les conditions dynamiques, ou, en d’autres termes, soit dans les organes, soit dans les forces de notre économie. » En note, l'auleur ajoute : « Je comprends, sous ce mot de forces, et les forces que l’organisme vivant possède en commun avec tous les autres corps de la nature, et les forces qui lui appartiennent en propre. » Un peu plus loin, M. Bouillaud complète sa pensée sur les forces en laissant entrevoir que les forces propres de l'organisme sont souvent plus rapprochées qu’on ne le croit des forces physiques, ou, du moins, gouvernent plus d’actes organiques qu’on ne l’admet. « S’il existe, dit-il, un bon nombre de phénomènes physiologiques (je fais toujours abstraction des phénomènes psychologiques) que nous ne

IDÉE GÉNÉRALE ET DÉFINITION DE LA MALADIE. 20i puissions pas encore coraplétemenl expliquer, ce n’est pas une raison suffisante pour les retrancher tous indistinctement de la sphère immense des phénomènes régis par les forces et les lois mécaniques, physiques et chimiques, attendu que nous sommes bien éloignés de l’époque où tous les phénomènes de cet ordre seront susceptibles d’une rigoureuse explication. »

Après de pareilles explications, l’apparition du mot forets , dans cette définition de b maladie, doit moins nous étonner. Ce n’est pourtant pas que ce mot n’y couvre des effets étranges. Les forces dont il s’agit sont tout autant et plus encore les forces mécaniques et physiques que les forces organiques et vitales. La maladie peut être une lésion des unes comme des autres; il y aurait donc des maladies qui seraient une lésion de l’attraction moléculaire ou de l’affinité chimique. Que diront les physiciens de ces lésions des forces physiques? La physique et 1a chimie ont étudié l'attraction et l’affinité sons toutes les faces sans en soupçonner les lésions; il était réservé aux médecins de les découvrir dans leur science et d’en faire des maladies. Quelles maladies! En outre, matérialisant tout, les mêmes médecins conçoivent ou croient concevoir des lésions de forces, comme si la force, qui n’est conçue que par l’entendement, pouvait être directement lésée, c’est-à-dire détruite, dispersée ainsi qu’un assemblage matériel. Ce qui n’est pas moins singulier, c’est que la maladie, toujours d’après cette définition, peut ne résulter que des seules lésions matérielles; en sorte qu’il est des maladies dans lesquelles seraient intègres toutes les forces prétendues que reconnaît l’auteur, tandis qu’en d’autres maladies ces forces seraient seules lésées. Quelle anarchie, et cela pour essayer d’élargir un moment le dogme organicien ! Or, ce dogme est si pressant, qu’il reparaît pleinement affirmatif après cet appel illusoire aux forces physiques ou vitales. L’éminent professeur en témoigne en proposant bientôt, comme axiome fondamental, la proposition que

nous rappelions (l’aprés lui : Il ri est point de maladie sans lésion d’un organe on d'un appareil organique. C’est le retour h la vraie pensée du système, retour à peine nécessaire, car l’éloignement était plus apparent que réel.

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