‹ Principes de pathologie généraleChapitre 75 sur 180 · XCI · texte numérisé non relu

XCI

Les médecins organiciehs, tout en proscrivant la recherche de la nature des maladies, se sont demandé parfois si l’on ne pourrait compléter la définition de la maladie en rattachant celle-ci à sa cause. Au vrai sens doctrinal, c’eût été reprendre le même problème sous un autre nom, car nature et cause des choses sont identiques; la cause réelle d’un phénomène en dévoile la nature. Mais, dans la philosophie sensualiste, la causalité, ce principe de toute Science, est rabaissée au fait sensible, et perdue dans ce milieu du contingent qui n’est pas le sien. * La cause, dit-on, est un fait qui en précède un autre et parait l'avoir occasionné. » Or, la cause ainsi enchaînée au (hit, vue et uniquement recherchée à l’intérieur, se dérobe souvent à l’investigation (les sens. Dès lors on comprend pourquoi dans une définition générale de la maladie, où l’on doit loucher seulement aux choses constantes et essentielles, on l'ait omise, non comme inutile, mais comme cachée à nos perceptions. Et l’on retombe toujours à la seule apparence, morbide, sans qu’on puisse dire ni d’où elle vient, ni pourquoi elle est, ni ce qu’elle est et où elle va. t La nature de la maladie, dit Chomél, comme celle de toutes choses en ce monde, étant et devant rester inconnue à l’homrne, force est de s’appuyer sur d’autres bases pour la définir. L’indication des causes qui, dans la définition de quelques maladies en particulier, entrera comme élément essentiel, ne saurait non plus servir de fondement à la définition de la maladie considérée en général, parce que dans la très grande majorité des cas, ces causes sont inconnues ou contestables. Nous devons donc chercher les éléments d’une

définition exacte de la maladie dans les phénomènes qui la révèlent, et non dans les causes extérieures, non plus que dans la condition intime qui la détermine. » La notion de cause expérimentalement conçue devait aboutir à son rejet d’une définition générale de la maladie; quelquefois, cependant, on devra l’accepter comme clément essentiel dans la définition d’une maladie en particulier. Le particulier, dans ce cas, et son élément essentiel ne seront pas contenus dans le général; mais qu’importe? Ne demandons pas aux œuvres de ce temps une logique importune. Si, au lieu de chercher grossièrement la cause dans le inonde extérieur, nous voulons l'incarner avec ses nécessités dans l’activité organique, si nous en faisons partie intégrante et féconde de la vie et de la maladie, la vie et la maladie elles-mêmes dans la raison première des phénomènes vitaux et morbides, nous serons aussitôt accusés de vouloir pénétrer la nature de la maladie, qui, dit-rm, est et doit rester inconnue an médecin. Que cherchera donc à savoir celui-ci, et quelle est cfelte science qui doit délaisser la natura du sujet qu’elle aborde?

La nature des maladies ! C’est un gouffre, en effet, si, par ce mot, on désigne l’intime condition sensible qui les détermine, l’impénétrable mode suivant lequel agit, dans les profondeurs organiques, la cause morbifique. 11 y a là un fait inaccessible, car il plonge dans les rapports mêmes de la force êt du composé, de l’infini et du fini. Ce prétendu fait n’est ait resté inaccessible que parce qu’il est imaginaire; il suppose une sorte de mécanisme occulte qui est la négation même de la substance et de ses modes. La vraie nature n’est pas là : elle est toute à rattacher les faits sensibles de la maladie k la cause qili les engendre et les règle, à les concevoir comme effets exté*rieurs de cette génération causale, à les imprégner ainsi des réalités qui en sont l’essence vivante. Rien là n’est abîme, ni mvstére ; c’est le pur domaine de la science.

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