XCI
Les médecins voués au culte du phénomène, ou n’abandonnant ce culte que pour le mécanisme de la production morbide, ces médecins n’ont pas, sans contestation, accrédité leurs définitions de la maladie. Dans le passé, comme dans le présent, des définitions protestaient, dont les éléments puisés à d'autres sources tendaient à imprimer à la notion première de la maladie un caractère substantiel et causal. Toutes ces définitions, toutes ces idées, toutes ces protestations ont été repoussées par nos savants analystes, ennemis de tout ce qui ne tombe pas sous le sens. La lésion de structure et de fonction ; rien de plus, disent-ils, contre ceux qui tenteraient d’aller au delà pour y chercher une raison valable de la maladie. « Cependant, écrit M. le professeur Monneret, on a prétendu que la lésion de structure et de fonction ne représente pas la maladie tout entière, pas plus que la structure des organes et les fonctions ne peuvent nous faire comprendre la vie. Des esprits subtils, croyant interpréter les faits, ont placé à côté du principe vital un autre principe antagoniste entrant en lutte avec lui, et donnant lieu à l’ensemble des phénomènes qui caractérisent la maladie. Quelques-uns ont considéré celle-ci comme un effort de la nature destiné à expulser une cause, un principe morbifique ; les autres une réaction de la vie, soit locale, soit générale, contre une lésion, un obstacle, un trouble; celui-ci une réaction accidentelle de l’organisme contre une cause de trouble (Reil). Mieux vaut s’abstenir que de proposer de pareilles définitions ; bien loin de nous éclairer sur la valeur des choses, elles nous éloignent de la vérité, et nous font perdre de vue l’observation pure et simple des phénomènes morbides. »
La réfutation, ou pour mieux dire, la fin de non-recevoir est brève et nette ; et, d’ailleurs, elle suffit pour celui qui ne voit la vérité que dans l’observation pure et simple des phénomènes.
§ XCllI.
L’observation pure et simple des phénomènes morbides ! Devant ce dogme brutal devaient successivement disparaître tontes les réalités que la connaissance synthétique de la vie montre déjà comme essentielles et présentes dans la maladie.
La vie est cause et unité : la maladie doit s’offrir comme une modalité de cette cause et de cette unité. Or, la cause morbifique, nous le montrions ci-dessus, placée par l’organicisme dans les milieux extérieurs, échappe communément ; ou, comprise par lui comme mode du mécanisme intime de la maladie, se dérobe invinciblement. La cause interprétée à faux, dans l’un comme dans l’autre cas, ne pouvait entrer dans les conditions immuables de la maladie. D’ailleurs, la vie, systématiquement conçue comme effet ou résultat, pouvait-elle se réfléter comme cause dans la notion de la maladie ?
L’unité, lien profond et caché, qui, sous l’action de la cause, enchaîne les uns aux autres les phénomènes morbides, et les constitue en un tout harmonique et déterminé, l’unité pouvaitelle être inscrite par une science analytique parmi les caractères fondamentaux de la maladie? Comment l’observation pure révélerait-elle la maladie comme unité? Quelle sensation témoigne que telle réunion de symptômes est soumise à une unité, au lieu de se résoudre en un assemblage fortuit ? L’unité se peut-elle saisir à travers une succession qui, devant nos sens, n’est que mobilité et variété?
L’image de l’unité vitale s’efface donc de la maladie. « Consensus umts, conspiralio una, consenlia omnia, » disait Hippocrate. Dissociation, symptômes, phénomènes, lésions diverses, répond le sensualisme. La maladie n’est qu’un mol, disent les rigoureux ; une convention plus ou moins commode, ajoutent les faciles; mot heureux, convention utile, lésionset symptômes, et aussi une unité, professent d’obligeanls éclectiques ; pour-