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Perçue exclusivement par. les sens, n’étant ni unité, ni cause, la maladie se trouve dépouillée par cela même de toute activité. Elle n’est plus un mode de la spontanéité vivante, mais un fait absolument passif. L’organisme subit, supporte la maladie, il ne la produit plus spontanément, c’est-à-dire, par sou activité propre. Les phénomènes morbides ne sont plus des actes, comme tels révélant uuo unité, et obéissant à des causes : ils sont altération de la matière organique, ou trouble fonctionnel. La cause morbifique, suscitée du dehors, agit sur les tissus ou humeurs, les lèse dans leur structure, les ébranle sous une impulsion anomale, jette le désordre dans le jeu des organes, produit la maladie. Celle-ci n’est donc plus la manifestation d’une cause active, car une activité doit trouver en elle sa raison d'être, sa puissance d’action; elle doit créer le mouvement qu’elle exécute, sinon elle n’est plus activité, et ne manifeste que des mouvements communiqués, des impulsions reçues et transmises. L’organisme passif n’oppose, dès lors, qu'une résistance matérielle, uniquement due aux propriétés qu’on lui suppose, ou à la solidité do sa construction. La maladie relève ainsi des interprétations mécaniques : elle est une altération du mécanisme humain. Ce caractère n’esl-il pas saillant dans les définitions urganiciennes? Qu’ofTrent-elles qui ne s’applique parfaitement aux dérangements d’un mécanisme? Que l’on considère une machine quelconque, ne pourrait-on pas dire d’elle qu’il est survenu un désordre notable dans ses parties constituantes , ou que ses fonctions sont troublées ? On serait donc en droit, en prenant au pied de la lettre celte définition de Chomel, de dire d’une machine dérangée, qu’elle est malade I
Enfin, la notion d’une maladie passive et mécanique exclut une autre et capitale vérité, celle qui nous montre un but nécessaire inhérent à une nécessaire activité. La vie normale a pour but de ses actes sa conservation et son développement.
IDÉE GÉNÉRALE ET DÉFINITION DE LA MALADIE. 207 La Yie troublée ne saurait perdre ce caractère suprême des déterminations vitales. Elle s'attache à se conserver; et, pour cela, elle résiste d’abord contre les causes affectives ; si elle cède ensuite sous la continuité et l’énergie de celles-ci, elle réagit contre elles, elle devient médicatrice : effort de résis-, tance, effort médicateur, tels sont les modes par lesquels la vie offensée manifeste la loi qui régie la (in de ses actes. Nous verrons plus tard l’importance clinique et les formes variées de cette haute notion de tendance et do fin. C’est la grande vérité hippocratique. L’organicisme l’a reniée, et en la reniant, il a ruiné la science et l’art. Cependant, on en convient quelquefois dans la science organicienne, la nature guérit les maladies; mais, ajoute-t-on aussitôt, souvent elle tue. Ce sont deux faits que l’impartiale sensation présente comme deux vérités. Une loi suprême est abaissée au niveau d’un fait variable, incertain, étant comme n’étant pas, sans que d’ailleurs on sache pourquoi il est, ou pourquoi il n’est pas. D’autres, voulant donner à ce fait une signification eu harmonie avec l'ensemble dogmatique qu’ils professent, enseignent que la maladie guérit uniquement parce que le mal a été impuissant à détruire, parce que l’organisme a résisté par la solidité de ses parties constituantes, parce que dans la suite des réactions moléculaires, soumises aux lois de l’affinité chimique, il s’en est produit une qui a réintégré l’état normal. Comment se fait-il, toutefois, que dans le premier cas le mal effectué sc répare ? Qui démontre, dans le dernier, une succession de réactions chimiques établies de telle sorte qu’à partir de l’initiale, et par les seules forces chimiques, elles s’engendrent régulièrement et aboutissent au rétablissement des réactions physiologiques ? On dédaigne de répondre et de prouver ; on allègue que la pâture a ses secrets, et qu’à cette heure la science ne les connaît pas tous. Par ce dédain des objections et pette confiance dans l’avenir, on s’estime supérieur à ces médecins attardés dans les voies traditionnelles, et qui croient encore à des mots.
à des phrases, à de vieilles assertions que les récentes méthodes expérimentales n’ont pas confirmées. On abandonne l’idée de nature médicatrice à ceux qui, niant, dit-on, les conquêtes de ce temps, voudraient ramener la médecine aux enseignements d’Hippocrate et de Sydenham. La force médicatrice ! c’est un aperçu ingénieux sans doute, mais hypothétique, dit Chomel. Mieux vaut s'abstenir, nous disait-on plus haut, que de proposer une définition où elle entrerait comme élément nécessaire de la maladie. De telles définitions éloigneraient de la vérité, et nous feraient perdre de vue l’observation pure et simple des phénomènes morbides.
Tels sont, d’un rapide aperçu, les dogmes que repoussent les définitions sensualistes de la maladie. Elles ignorent toutes les réalités constituantes du fait morbide pour se borner à une apparence mobile et vide, à la perception phénoménale du fait. Nous poursuivrons cette démonstration sous toutes ses faces; le développement de ces dogmes, sur lesquels on a fait le silence, est l’objet de cet ouvrage.