XCIV
Rappellerons-nous les définitions de la maladie qu’imposèrent le physiologisme de Brown et celui de Broussais? La vie de Brown toute concentrée en une propriété générale de l’organisme, l’incitabilité constamment maintenue en exercice, développée en incitation continue, sous peine de fléchir et de se perdre, devaient aboutir à la conception delà maladie comme incitabililé non suffisamment incitée, comme incitation affaiblie. Broussais, d’un autre côté, ne voyant la vie que dans l’irritabilité des organes sans cesse mise en mouvement par les excitants, devait placer la maladie dans l’augmentation ou la diminution de l’irritabilité dans les organes. L’un craignant toujours que l’incilabilité ne fût trop faiblement entretenue, et que l’incitation, c’est-à-dire la vie, ne fût suffisamment
IDÉE GÉNÉRALE ET DÉFINITION DE LA MALADIE. 209 produite, ne comprenait la maladie que comme faiblesse ou asthénie. Le second, redoutant toujours que l’excitabilité ue fût trop soulevée , et que l’excitation physiologique ne fût dépassée et convertie en irritation, ne trouvait dans la maladie que force en excès ou sthénie.
Ces conceptions systématiques produisirent un long et déplorable enchaînement d’erreurs de la vie à la maladie, et de celle-ci à toute la pathologie età la thérapeutique. Il en subsiste encore bien des débris. Les préjugés que le physiologisme appelait bruyamment à son aide sont toujours ceux qui dominent la science organicienne, ceux qui l'ont faite et la soutiennent. En ce sens, on peut dire que Broussais est resté le maître caché des générations qui ont cru secouer son joug. Cependant nous ne discuterons pas les formules du physiologisme. Idoles brisées, elles n’en imposent plus, et chacun se croit assez sûr de soi pour s’étonner du respect qu’elles avaient usurpé. Les explications physico-chimiques ou l’énoncé muet du phénomène morbide ont remplacé l’irritation des organes et les universels désordres de l’inflammation ; et fièrement on s’applaudit de ne plus être le jouet méprisé des systèmes I