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Cette nécessité d’éclairer le comment physique des maladies est plus ou moins reconnue par les médecins qui la subissent. Les systématiques du passé y sacrifiaient hardiment. De nos jours, plusieurs l’avouent sans détour. Ainsi M. le professeur Bouillaud consacre à ce sujet un chapitre de sa Nosographie , intitulé : Du mode d’action ou du mécanisme des causes pathogéniques. « On ne saurait, dit-il, attacher trop d’importance à la connaissance exacte et rigoureuse de l’influence des divers agents mécaniques, physiques et chimiques, dans la production des maladies. Grâce aux découvertes non interrompues de la saine observation, il a été démontré qu’il fallait rapporter h cet ordre d’agents une foule de maladies qu’on avait attribuées à des causes tout à fait chimériques et même surnaturelles.
* Mais il ne suffit pas de rapporter une foule immense de maladies à des agents physiques ou chimiques; il faut encore s’efforcer de déterminer positivement la manière dont se comJ
portent ces objets mis en contact avec les parties solides et liquides de notre économie.
s Ce n’est pas a(in de satisraire une vaine curiosité que nous devons ne rien négliger pour parvenir à la connaissance des diverses modifications physiques et réactions chimiques qui s’opèrent au sein de l’organisme sous l’influence de certaines causes de maladies. En effet, comme on le conçoit aisément et comme nous le développerons plus loin, celte connaissance est de la plus haute importance sous le rapport de la thérapeutique, puisque, sans elle, cette partie capitale de la médecine manquerait de toute hase rationnelle et marcherait pour ainsi dire en aveugle. » Et plus loin, comme conclusion : < La connaissance du mécanisme des divers agents morbifiques est précisément cette partie de la médecine qui mérite le nom de pathogénie. » C’est là nettement reconnaître le problème imposé par le sensualisme à l’étiologie médicale.
De pareilles recherches ne se proposent pourtant pas sans que certains faits protestent ouvertement contre elles. Ainsi l’éminent professeur, après la précédente et si explicite déclaration, avoue néanmoins qu’il est quelquefois besoin de savoir l’action des causes sur les forces vitales, sur les conditions dynamiques du corps vivant; il ajoute aussitôt, il est vrai, que « bien souvent les effets qu’on appelle dynamiques et vitaux des agents morbifiques pathogéniques paraissent subordonnés aux actions physiques et chimiques de ces agents ». Assertions contradictoires. Les forces vitales sont ou ne sont pas; si elles sont, si elles animent l’organisme et le constituent vivant, les agents morbifiques agissant sur l’organisme ne peuvent, en aucun cas, ne pas agir sur elles; si ces agents, au contraire, agissent et effectuent la maladie par actions physiques et chimiques, c’est que l’agrégat organique qu'ils rencontrent est un composé physico-chimique, et dès lors il n’y a plus d’autre action possible, et les effets dynamiques et vitaux sont une chimère en tant que relevant de prétendues forces vitales. La
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vie ne peut être, à la fois, résultat et cause ; elle est l’un ou l’autre. En fait, ces apparentes contradictions importent peu. Celle invocation à des forces vitales, admises par une condescendance momentanée, et à défaut d’autre hypothèse plausible, demeure sans écho; c’est une vaine formalité que l’auteur se croit obligé de remplir, un reniement de principes oublié aussitôt que commis. La lâche avouée et réelle de l’étiologie organicienne n’en reste pas moins d’expliquer la production même de la maladie.
Que de théories enfantées dans ce but! que de tentatives avortées depuis les hypothèses mécaniques pures qui obscurcissent l’œuvre et la gloire de Boerhaave jusqu’à celles des propriétés vitales, des fictions physiologiques qui nous ont assailli et dominé tour à tour, jusqu’aux explications chimiques qui renouvellent aujourd’hui la vieille cbimialric! C’est un étrange et douloureux spectacle que celui de nos variations scientifiques sur ce sujet qui régie toute la pathologie. Quelle légèreté dans la conception de ces théories morbigènes et quelle complaisance chez les médecins! Il n'est pas de rêve grossier qui n’ait eu un moment de faveur assurée ; et combien en renaît-il que nous prenons pour des vues du réel ! Que de fantômes auxquels nous croyons un corps parce qu’il nous semble les voir et les toucher! Lorsqu’une science est déviée de ses principes, elle est livrée, comme une proie sans défense, à tous les assauts, à toutes les affirmations, à tous les doutes. 11 n’y a au fond rien de plus crédule que la médecine exacte et sensualiste.