‹ Principes de pathologie généraleChapitre 86 sur 180 · CVI · texte numérisé non relu

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Quelques esprits, frappés du désaccord incessant des théories étiologiques, alarmés des ruines qu’elles accumulaient sans fin, et voulant créer une sorte de philosophie que l'erreur ne pût corrompre, crurent qu’il suffisait de rejeter à priori toutes ces

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investigations, ils proscrivirent donc la recherche de la cause prochaine, de la nature intime de la maladie, qui n’est autre que le mécanisme pathogénique dont traite M. Bouillaud. Ils ne se demandèrent pas, d'ailleurs, pourquoi on avait été conduit à ces recherches ; ni si les principes médicaux adoptés par eux-mêmes, si la définition de la maladie telle qu’ils la donnaient, n’impliquaient pas la nécessité du travail qu’ils condamnaient; ni, enfin, ce que devenait la science après cé rejet d'une étude capitale.

Baglivi, poussé par l’horreur des spéculations vaines qu'il n’évitait cependant pas, conseillait déjà cet abandon : « Il y a de très savants hommes, dit-il, qui, las de fouiller en vain le mystère des causes prochaines, et désespérant de pouvoir déterminer jamais la nature du ferment hétérogène qui produit la maladie d’une manière immédiate, posèrent enfin ce principe, que pourvu que l’on pût, dans une maladie, s’assurer de bonnes indications et de bons remèdes, il importait infiniment peu que l’on ignorât la cause immédiate, inaccessible aux sens. Or, ce principe a pour lui du moins l'expérience des empiriques. Ceux-ci, en effet, n’ont que des regards de pitié pour les savantes spéculations que l’école rationaliste a imaginées dans le but d’expliqurr la cause prochaine des maladies; néanmoins, il faut l’avouer, leurs petits secrets, pour la plupart du temps, guérissent tout aussi bien que les méthodes élégantes et les belles théories du rationalisme. »

I)e nos jours, le professeur Chomel, réagissant contre le phvsiologisme, appuya de son autorité la proscription de la détermination de la cause prochaine des maladies. Ce devint un mot d’ordre et un dogme parmi ceux qui subissaient la légitime inlluence de ce maître. Les écrits publiés sur la matière s’en inspirèrent. » Avant d’arriver à l’étude de l’étiologie, disent MM. Hardy et Béhier, il faut bien s’entendre sur le sens que l’on doit accorder à ce mot cause. S’il doit signifier le rapport qui existe entre le mouvement intime dont la

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maladie n'est que l’expression et la circonstance qui a déterminé ce mouvement; s’il faut entendre par ce mot l'influence directe, immédiate, par laquelle la fonction, de régulière qu’elle était devient anormale, par laquelle aussi l’organe e6t modifié de façon à changer ses conditions habituelles de forme, de volume, de texture, de consistance, nous ignorons complètement les causes de la maladie. C'est cependant un des sens que l’on a donné au mot cause. C’est ce que les auteurs ont désigné sous le nom de cause prochaine. »

Que suit-il de ces déclarations, de ces défenses de rechercher le mode d'action de la cause, le désordre premier et essentiel engendré dans l'organisme? Ces médecins, plus prudents que logiques, croient-ils pouvoir édifier une science où jamais la cause ne sera liée à son efTét, où l’on ne saura comment et pourquoi les phénomènes apparaissent et se succèdent, où l’on ne verra qu’imagés mobiles, faits épars, en demeurant dans l’ignorance de leur raison d’étre et dans l’impuissance de les juger? Que serait une science pareille, si, par impossible, elle se produisait devant nous?

Qu’arrive-t-il donc, et comment les médecins qui rejettent la recherche des causes effectives ont-ils constitué la science des maladies? En démentant en particulier leurs assertions générales. Nous le verrons : tous imitent involontairement Itaglivi, qui, après avoir approuvé la proscription de la cause prochaine, n’en énumère pas moins ce qui peut conduire à la détermination de celte cause, et appuie ses préceptes d’exemples qui lui paraissent concluants. Quoi qu’on en ait, on obéit toujours plus ou moins i\ ses principes ; et les principes de l’organicisme commandent cette étude que des organicien* prétendent défendre. On a donc proscrit et en môme temps poursuivi ce que l’on proscrivait. Cette conduite n’est d’ailleurs pas aussi singulière et inconséquente qu’elle le parait : car le sensualisme ne pouvant jamais livrer une affirmation absolue, n’est pas tenu au respect invariable des nécessités

qu’il semble reconnaître. Qui dit que parfois on ne pourra pénétrer au détail, ce que , au général , on avoue impénétrable ? N’est-ce pas même glorifier la puissance des investigations modernes, que d’éclairer par elles ces obscurités jusqu’ici rebelles à toute lumière ?

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