‹ Principes de pathologie généraleChapitre 87 sur 180 · CVI · texte numérisé non relu

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Néanmoins ce mépris des causes prochaines érigé en précepte et sans qu’aucune autre affirmation vienne en remplir le rôle abandonné, ne pouvait convenir à des pathologistes ayant le désir et la prétention sérieuse d’édifier la science sur le fondement solide des causes. Ces médecins, épris de formes dogmatiques, ne pouvaient laisser flotter à l’abandon les principes de toute médecine générale. Voués au phénomène, ils ont compris cependant que le phénomène exclusivement présenté comme tel, maintenu dans le monde inanimé des apparences, restait ombre fugitive et insaisissable. Ils ont donc cherché à reconstituer une cause et à la donner pour règle à l’évolution pathologique. Dans ce but, ils ont imagine d’ériger en cause un phénomène lui-même, le dernier que l’analyse leur révélait, et de lui donner à gouverner toute la succession phénoménale.

Tel est l’enseignement dogmatique proposé par M. le professeur Monneret. Ce savant médecin repousse, lui aussi, la cause véritable, première, prochaine, contenante, immédiate, des maladies ; et empruntant à la philosophie de Barthez, dont il approuve hautement les principes, le mot qui la résume, il prétend remplacer celte cause par la cause expérimentale. Cette cause expérimentale n’est plus le mode d’action physique delà cause morbide, et la production expérimentalement perçue de la maladie. Non, c’est l’hypothcse dont nous venons de parler, d’un phénomène dernier considéré comme producteur ou cause des autres. « La nature d’une maladie, dit M. Mon-

DK L’ÉTTOLOGIE.

neret, est la cause expérimentale des lésions de structure, d’actes, et des phénomènes que nous observons dans le solide ou les liquides. Pour trouver cette cause, on étudie la succession des phénomènes jusqu’à ce qu’on ne puisse aller au delà d’un d’entre eux, qui est alors réputé phénomène producteur

ou cause des autres Telle est, en effet, la seule direction

légitime que l’on puisse donner à la recherche des causes, si l’on veut qu’elle aboutisse 5 quelque découverte utile. Il est bien entendu que par nature d’une maladie nous devons seulement comprendre la cause expérimentale et sensible des changements survenus dans la structure, les propriétés et les actes du corps humain. »

Comment la cause expérimentale et sensible, dont il est ici question, peut-elle être identifiée avec un phénomène au delà duquel on ne puisse remonter, et que l’on réputera cause des autres? Il ne nous est pas donné de le comprendre. Peut-être l’apprendrons-nous en suivant M. le professeur Monneret dans le développement de ses principes. * On reste dans le vrai, continuc-t-il, quand on se contente de dire que la maladie est une névrose, une hémorrhagie, une hydropisie, un flux, une inflammation, parce qu’on ne dépasse pas la limite atteinle par le phénomène visible. L’altération connue du sang ou d’une humeur naturelle, la congestion avec certains caractères, sont autant de causes que nous considérons à juste titre comme indiquant la nature de la maladie ; mais ce ne sont encore que des causes expérimentales. Les meilleurs esprits savent s’en contenter, et les considèrent comme suffisantes pour caractériser la nature des maladies. Si l’on objecte que telle n’est pas leur vraie nature, qu’il existe avant cette cause d’autres troubles plus intimes et qui les précédent dans leur développement, nous demandons qu’on nous les montre expérimentalement. » (N’exisle-t-il que ce que l’on peut montrer expérimentalement ?) » Sinon, nous sommes décidés à ne pas admettre toutes les hypothèses que l’on a décorées du nom de causes pre-

mières. » (La vie est donc une hypothèse, ou n’est-elle pas une cause première ?) » On n’a fait faire de véritables progrès à la pathologie qu’à partir du moment où l’on s’est contenté de suivre avec rigueur le mode de succession des phénomènes. » (Assertion gratuite : quels sont les progrès obtenus en se contentant de cette observation muette et sourde aux suggestions de l’entendement?) « L’école empirique a donné cet exemple qui a été suivi depuis la restauration des sciences par les plus illustres génies, tels que Bacon , Descartes i (ces illustres génies ont-ils suivi et donné un pareil exemple?) « et presque tous les médecins de ce siècle. À l’aide de la méthode analytique et de l’étude des phénomènes morbides, on est parvenu à fonder les groupes naturels de maladies, inflammation, hydropisies, flux, etc., qui restent encore aujourd’hui pour attester que la connaissance des phénomènes est encore ce que nous possédons le mieux. La nature des maladies doit provenir de celte source. • Ces opinions devaient fructifier au sein de notre anarchie doctrinale. Le professeur Forget, par exemple, les allie aux déclarations organiciennes les plus étroites. « Qu’est-ce donc que la nature, dit-il, la cause première, l’essence de la maladie? Une inconnue ! Donc, tout ce que nous pouvons faire, c’est de remonter le plus haut possible, sans nous égarer, dans la filiation des phénomènes, de nous arrêter là où l’observation nous abandonne, de considérer ce point culminant comme la cause des phénomènes ultérieurs ; mais tout en lui donnant le nom de nature ou de cause première, sachons bien que luimême n’est qu’un effet. »

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